Je suis radin et envieux, donc socialiste et anticapitaliste
Quelques messages hier sur Twitter et voici que je déboule sur un site libéral baptisé Contrepoint. L'article, déjà vieux de quelques mois, s'intitule "Radins, envieux, racistes, intolérants, socialistes & anticapitalistes". Il est écrit par un "jeune professionnel de tendance libérale classique".
Le billet vaut le détour. J'ai du lire quelques phrases à voix haute, comme celles ci-après, pour mieux en rire. Il fait le compte-rendu d'une étude d'un juriste américain (juriste ?) sur les "motivations des tenants de la redistribution et des anticapitalistes". D'après 25 années de sondages américains, "socialistes et anticapitalistes déclarent bien moins que les opposants aux politiques « sociales » de redistribution avoir un comportement altruiste ou donner régulièrement à des SDF."
Alexis, le jeune auteur, embraye ensuite sur un autre amalgame bien connu : gauchistes et fascistes, même combat. Et il y a quelques perles pour étayer l'argument : "Tenants de la société fermée, protectionniste, close, égalitariste, figée contre tenants de la société libre, ouverte, mobile, libérale." Et il appelle enfin à la rescousse une sociologue qu'il étiquette "de gauche", Anne Muxel, pour le "mot de la fin" : "il y a une plus grande difficulté pour les personnes qui se classent à gauche d’accepter la divergence politique dans la sphère privée. [..] La culture de la droite suppose la liberté, la liberté de l’autre de penser, de vivre et d’être comme il veut. Cela suppose une plus grande ouverture."
La vache, quelle déception, quelle cruelle révélation ! Il faut urgemment que je change de bord. Alexis m'y invite : "Tout individu de bonne foi qui veut réellement l’épanouissement de l’individu dans une société ouverte et tolérante ne peut vouloir qu’une société de liberté. Pas une société de redistribution forcée, d’égalitarisme forcené, logiquement aigrie, fermée sur elle-même."
Jamais, dans son article, le jeune Alexis ne s'imagine que la redistribution puisse être le levier fondamental de la liberté en société. Les libéraux critiquent qu'on puisse réduire leur position à la fameuse maxime du "renard libre dans un poulailler libre". Pourtant, devrait-on rappeler, il n'y a de liberté que consentie et réciproque. C'est la base même de la redistribution que de tenter de corriger des inégalités de nature ou d'héritage qui ruinent sans cesse l'utopie libérale.
Il y avait sans doute une autre façon de répondre au jeune Alexis, plus conforme à l'image qu'il se fait de "nous-les-méchants-radins-
Je la garde pour une prochaine rencontre.
Car évidemment, nous allons nous rencontrer.