Ils carburent à l'à peu près

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

Les courbes se croisent. Les commentaires s'enflamment. Hollande jouait hier soir à Marseille la scène de la réplique au Villepinte de Sarkozy.

Le (faux) suspense des parrainages est quasiment levé. Scènes rituelles d'une campagne présidentielle qui file à grand train vers son échéance. Et ça consomme combien une campagne qui s'emballe? La question passionnera le Français ordinaire, «normal», dont le porte-monnaie s'évapore de plus en plus quand il passe à la pompe.

Avant-hier le prix symbolique du litre d'essence sans plomb a passé la barre des deux euros dans une station-service parisienne. Le symbole, sonnant et trébuchant, a eu le mérite d'inviter le sujet dans le débat électoral. Le président-candidat, Nicolas Sarkozy, a trouvé la mesure la plus économique pour les finances publiques, «il faut que les consommateurs fassent jouer la concurrence». Merci. Suivant.

François Hollande veut bloquer les prix pour trois mois. Et après? Il propose de rétablir la TIPP (1) flottante. La mesure a déjà été expérimentée par le gouvernement Jospin, elle porte sur un à trois centimes au litre. Une aumône.

Marine Le Pen promet de réduire cette taxe de 20% et annonce «20 centimes de moins au litre». Ça commence par une erreur de calcul. La TIPP est à 0,609 euro au litre sur l'essence et 0,428 sur le gasoil, soit 12 et 8 centimes de moins, pas 20.

François Bayrou estime lui «qu'il faut travailler sur le raffinage, pas assez concurrentiel». Les salariés de Petroplus à Petit-Couronne que l'actionnaire trouve déjà trop chers apprécieront.

Eva Joly s'était emparée du sujet dès janvier, s'engageant à fabriquer des voitures qui consommeraient deux litres au cent.

Enfin Jean-Luc Mélenchon a redit hier ce qu'il avait déclaré en février, il faut nationaliser Total.

On ne demande pas aux candidats de faire des miracles. Mais qu'au moins ils ne carburent pas à l'à peu près ou aux promesses fumeuses. Depuis le premier choc pétrolier en 1973, personne n'ignore que le carburant est une épée de Damoclès permanente sur le pouvoir d'achat et sur la compétitivité, qu'il pose des problèmes quasi-insolubles aux gouvernements, de droite comme de gauche. La politique énergétique et la politique des transports méritent mieux que des propos de préau et des invectives entre candidats. Le drame, c'est que demain, après-demain au plus tard, le sujet du prix de l'essence sera déjà balayé par un autre. Tel est la conséquence désastreuse d'une hyperélection qui, sous le feu permanent de l'immédiateté, grossit et déforme la chose politique.

Demain, à la pompe, le Français trouvera toujours le carburant au même prix.

(1) TIPP, taxe intérieure sur les produits pétroliers, devenue en 2011, TICPE, taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques

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Publié dans Elections

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