Hollande-Aubry : le match du dernier meeting

Publié le par DA Estérel 83

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L'un avait réservé la salle parisienne du Bataclan, l'autre le palais des sports de Lille, son fief. Chez François Hollande, la salle était déjà vidée peu après 21h15, comme si pour ses partisans, l'essentiel était déjà ailleurs, dimanche, 2012... Reportage dans les deux premiers et derniers meetings de l'entre-deux tour de la primaire socialiste.

 

  • La salle / l’affluence

A Paris, François Hollande a dû se contenter de la modeste salle du Bataclan. Et il ne l’a pas entièrement remplie jeudi soir, avec un bon millier de personnes qui ont très sagement attendu l’arrivée de leur champion avant de lancer des« François président ».

 

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Comme souvent, dans les rassemblements parisiens de soutien à Hollande, on y voyait beaucoup d’hommes, et beaucoup de costard cravates. « Cela change par rapport au meeting de Ségolène ici même la semaine dernière. On chantait, on criait !, soupire un partisan de la présidente de Poitou Charentes, venu avec une poignée de ses camarades afficher leur ralliement. Ici, c’est la fête aux cumulards et aux phallocrates ! »

« Il manque une touche d’enthousiasme et un aspect plus populaire, abonde Amine El Khatmi, l’écharpe rouge des ségolénistes autour du cou. Cela ressemble à un rassemblement de cadres et d’élus du parti… Tout l’enjeu sera d’amener la dimension populaire de Ségolène Royal à François Hollande. »

 

Dans la fosse, en contrebas de la scène, les grands élus ont assisté au dernier meeting avant le second tour de dimanche : les fidèles, comme Bruno Le Roux ou Jean Marc Ayrault, les ralliés de début de campagne comme Pierre Moscovici, Aurélie Filipetti, Jack Lang ou Vincent Peillon, mais aussi les très strauss kahniens Michèle Sabban et Jean Marie Le Guen, ou les alliés comme l’ancien communiste Robert Hue.

 

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A Lille Martine Aubry avait réservé le palais des sports, grand gymnase accueillant traditionnellement l'équipe de basket de la ville. En introduction, un clip musical sur l'action de François Mitterrand (déjà diffusé pour les 30 ans du 10-mai 1981). 3.500 personnes se pressent dans la salle, dont beaucoup de jeunes, mais pas autant que prévus, car des cars sont restés bloqués sur l'autoroute. Tout au long de la soirée, l'ambiance est survoltée à l'évocation du nom de la candidate, t-shirts, panneaux et drapeaux multicolore et multi-fonctions (MJS, Europe, arc-en-ciel, bleu-blanc-rouge).

 

  • La mise en scène

A Lille, people «à la sauce Martine» & cimetière des éléphants. Côté personnalités civiles, se sont succédés à la tribune la comédienne Sandrine Bonnaire (dont «le cœur de gauche s'est remis à battre avec Martine»), la féministe Martine Storti (appelant «à voter comme un seul homme pour cette femme»), la perchiste Vanessa Boslak ou l'ancien procureur de la République Jean-Louis Nadal. Assis dans l'assistance, on retrouve aussi l'ex-entraîneur du Losc et du PSG, Vahid Hallihodzic.

Stéphane Hessel a envoyé un message vidéo, comme l'actrice Virginie Ledoyen, tandis Jamel Debbouze s'est excusé. Côté éléphants, des prises de parole tendant à montrer que le rassemblement des socialistes est aussi de ce côté: Laurent Fabius, Henri Emmanuelli, Bertrand Delanoë, Benoît Hamon, sous le patronage de Pierre Mauroy assis au premier rang.

Chez François Hollande, tout l’enjeu était de mettre en scène les ralliements survenus dans l’entre deux tours. La salle a réservé une ovation à Manuel Valls, Dominique Bertinotti, ex-directrice de campagne de Ségolène Royal, et même à Jean-Michel Baylet, qui sont tous restés sur la scène durant le meeting.

 

Derrière eux, deux rangs de militants («  des jeunes », veut croire un collaborateur parlementaire acquis à Hollande) pour afficher l’ancrage dans la société civile. Et un slogan :« Le 16 octobre, faisons gagner la gauche ».

 

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Sinon, à l’image de ses partisans qui ne veulent pas se laisser gagner par l’euphorie avant dimanche, c’est une certaine sobriété qui dominait : quelques affiches sur le balcon, et une petite poignée de drapeaux. Quelques militants ont bien tenté de gonfler des ballons au début de meeting, mais sans grand succès.

 

  • Les mots des entourages

La confiance, mais pas d’euphorie prématurée : c’est l’ambiance qui règnait jeudi soir dans le camp Hollande, satisfait de la performance de leur champion lors de sa dernière confrontation télévisée avec Martine Aubry. Pour eux, quand le député « parle à la France », sa rivale s’est trop cantonnée à un discours de « ministre de Lionel Jospin », « trop technocratique ». Les ralliements de Royal, Baylet et Valls, vont aussi compter dans le résultat de dimanche, veulent croire les « hollandistes ». Mais « c’est un scrutin inédit, on ne peut rien prévoir… Il faut rester sérieux. Etre dans le rassemblement», prévient un collaborateur parlementaire.

Chez Aubry, à la tribune, les différences avec François Hollande ont été martelés: égalité salariale homme-femme, non-cumul des mandats, encadrement des loyers. La «volonté de changement réel» est revenue dans de nombreuses bouches. En coulisses, les mots d'ordre étaient de minimiser les ralliements («On n'est pas dans un congrès!»), comme d'affirmer qu'un «important réservoir de voix pouvait encore se mobiliser, notamment parce que ce n'est pas perdu pour Martine».

Même si une victoire n'est aujourd'hui espérée qu'à «50,5 ou 51%». Autre sport local hier en terre nordiste, cogner sur Montebourg. Ainsi, on oscille entre «Il a pété les plombs», «Désormais c'est Melontebourg», ou encore «De toute façon, il n'a jamais rien su construire, uniquement détruire, comme Peillon».

 

  • Le moment fort du discours

 

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Sans surprise, François Hollande a repris la veine qui fût la sienne mercredi soir : celle du rassemblement et de « l’apaisement ».« Chers amis, je veux rassembler. Rassembler encore et toujours sans rien perdre de l’identité et de la cohérence de ma démarche », a t il lancé à la salle. Déroulant les grands axes de son programme, il a veillé à n’oublier personne, offrant à chaque battu du premier tour son compliment (« la belle idée de l’ordre juste » pour Ségolène Royal, la nécessité de « dire la vérité » pour Manuel Valls ou la « grande histoire du radicalisme français » pour Jean Michel Baylet).

 

Pour le reste, il a répondu, par allusions, aux piques distillées par le camp de Martine Aubry (et qui ont agacé nombre des soutiens de Hollande). « La force n’est pas d’entretenir la discorde et la suspicion », a taclé le député de Corrèze. Ainsi, sur l’embauche de 60.000 fonctionnaires dans l’éducation, défendue par Hollande mais contestée par Aubry : «  Que la droite m’attaque sur ce sujet, c’est normal mais que certains d’entre nous nous disent que c’est déjà trop... Moi je dis qu’il faut faire ce plan. » Sur la critique de son contrat de génération, Hollande a répondu par une boutade : « On me dit : “on a essayé”. Mais on n’a jamais tout essayé ».

 

Le candidat s’est ensuite lancé dans un grand discours sur la nécessité « d’offrir un destin » à la France, évoquant à tour de rôle les corps de métier ou les catégories sociales. « Celui qui saura réunir, rassembler, apaiser, sera le vainqueur de l’élection présidentielle », a expliqué Hollande tout à sa stratégie d’après primaire.

 

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Aubry a, elle, choisi des sujets finalement peu abordés pendant toute la campagne des primaires. Ainsi, qand elle évoque la reconnaissance de l'Etat palestinien, la candidate se fait interrompre par une standing-ovation.

 

Puis quand elle appelle les «jeunes de France à rejoindre ceux de Tunis, du Caire ou de Damas». Enfin, salve d'applaudissement dans la salle quand elle conclut qu'il ne faut pas voter pour elle «parce qu'elle est une femme, mais parce que si une femme est présidente de la République, plus aucune femme ne pourra plus se voir refuser un poste au prétexte qu'elle est une femme».

  • Les autres intervenants

A Lille, Laurent Fabius a vanté la clarté et les réponses immédiates d'Aubry lors du débat face à son adversaire.«Avec toi, c'est clair: on rétablit l'ISF et une tranche d'impôt sur le revenu supplémentaire à 50%. Ça n'a peut-être pas la longueur ni le brillant de certaines phrases, tellement longues qu'on ne sait plus vraiment ce qu'elles veulent dire à la fin».

Henri Emmanuelli a, lui, appelé à ne pas «se laisser embrumer par les sondages», tandis que Bertrand Delanoë rappelait que «le coup du mauvais caractère, on me le fait depuis 15 ans. Oui, il faut du caractère pour affronter les privilèges». Enfin, Benoît Hamon a estimé que la maire de Lille était la plus à-même de «lever une espérance» et et non une femme qui «ne prendrait pas mille précautions pour donner des gages aux marchés et au sérail». 

Au Bataclan, après une très courte introduction musclée de Jean-Michel Ribes (« On a entendu hier soir un débat où il y avait d’un côté un raisonnement et, de l’autre, une pensée »), ce sont les ralliés de la semaine qui ont précédé François Hollande au micro du Bataclan.

 

Le radical Jean Michel Baylet d’abord, puis la maire du 4e arrondissement de Paris, Dominique Bertinotti a lu le communiqué de Ségolène Royal, diffusé mercredi pour expliquer son ralliement à Hollande. « François Hollande est arrivé en tête et il est légitime d’amplifier cette avance », a notamment dit Bertinotti.

 

Puis c’est Manuel Valls qui a fait le chauffeur de salle :« Pour moi il n’y avait aucune hésitation… François Hollande peut réconcilier les Français, apaiser le pays. La France n’a pas besoin d’une gauche dure après une droite dure. Elle a besoin d’un président de la République qui rassemble, qui apaise », a t il lancé, évoquant également un de ses thèmes fétiches, « la fierté d’être français » qu’il faudrait retrouver.

 

  • L’appel du pied à Arnaud Montebourg

Outre un discours marqué à gauche et axé sur le social (allusion au quartier lillois de Fives où est né Pierre de Geyter, le compositeur de l'Internationale ; encadrement des loyers ; «mise au pas des banques» ; relèvement du Smic ;«changement du système européen» ; situation d'Airbus) et un rappel de son travail au PS («Rénovation, unité et projet») et de son travail avec les partenaires européens du PS, Aubry a évoqué une seule fois Arnaud Montebourg, en redisant que sa «démondialisation» n'était qu'une variante de son «juste échange».

Selon elle, si «la mondialisation, elle existe», elle «ne supporte pas que le libre-échange casse nos entreprise et abîme le pouvoir d'achat des Français». Mais ses signes à la gauche sont surtout adressés à Benoît Hamon et au MJS, déclinant les conclusions de la convention sur l'égalité réelle menée par le premier, comme l'allocation d'autonomie sur les jeunes, mesure emblématique du second.

 

Au moment de parler de nouvelle république, elle a remercié les «militants socialistes, je dis bien les militants socialistes» pour avoir imposé le non-cumul des mandats («à l'automne 2012 et pas à la saint-glinglin!»), sans citer son secrétaire national à la rénovation. Elle a également évoqué la lutte contre la corruption, de façon tout aussi évasive. En revanche, elle a repris l'idée de Ségolène Royal d'un blocage des prix de cinquante produits de première nécessité, renommé «rayon de prix citoyens».

 

Sur la scène du Bataclan, Arnaud Montebourg faisait évidemment office de grand absent parmi les ralliés. Même pour Manuel Valls, qui avait pourtant taclé chez le chantre de la démondialisation le supposé archaïsme des propositions :« Nous n’attendons plus qu’Arnaud Montebourg», a t il lancé à la salle.

 

François Hollande y est ensuite revenu longuement, suscitant des « Arnaud, avec nous » dans la salle… « Il vous entend, j’en suis sûr », a souri le député de Corrèze. Avant d’expliquer : « Je sais qu’il a des idées qui ne sont pas les miennes mais j’entends aussi ce que les électeurs ont voulu nous dire. (…) Il me revient de traduire ce qu’il a dit dans cette campagne, l’idée d’une protection contre les excès de la mondialisation, les excès du système bancaire… J’entends aussi cette exigence de moralisation de la vie politique, de renouvellement, de changement d’une partie de nos institutions », a détaillé Hollande.

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Publié dans PS

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