GB: Cameron liquide les vestiges de l'état-providence. Gare à la contagion !
par Hervé Nathan le Lundi 11 Octobre 2010
Il est fort possible que le laboratoire britannique nous produise une nouvelle surprise, avec le gouvernement conservateur-libéral-démocrate dirigé par David Cameron. La presse française a rapporté incomplètement les propos du Premier ministre devant le congrès du parti à Birmingham, le 6 octobre. Bien sûr, le Premier ministre a repris le thème des efforts nécessaire pour sortir le pays de l’impasse budgétaire (-11% de déficit public !). Bien sûr les journaux ont été séduits par le retour de la référence à Lord Kitchener qui en 1914 s’écriait« your country needs you ! ». Cela fait de belles images de personnages à moustache.
Mais la presse britannique, notamment le quotidien de centre-gauche The Independant a bien noté le caractère révolutionnaire du discours de Cameron devant les conservateurs (an english paradox ?). «L’état de notre nation n’est pas seulement déterminé par le gouvernement, mais aussi par des millions d’actions individuelles, […] Trop de gens pensent: j’ai payé mes impôts, je laisse l’Etat s’occuper des problèmes. Mais l’Etat centralisé, qui dépense beaucoup, a été défait. L’étatisme a perdu. La société a gagné», explique Cameron
Le Premier ministre de sa Majesté propose rien de moins que de remettre les clés des principaux services publics à des groupes de citoyens. Les écoles publiques aux parents d’élèves, le système de santé NHS, (National Health System, auquel Maggie Thatcher n’avait pas osé toucher) aux médecins et aux infirmières regroupés en coopératives. La« grande société » se substituerait au « gros Etat ».
Bien sûr, le laboratoire britannique n’en est pas à son coup d’essai en matière de démantèlement de la puissance publique, puisque le recours à la justice privée, religieuse (arbitrage par les imams ou les rabbins, par exemple) est déjà admis outre-Manche. Mais la programme de « grande société » a des intentions qui frise le « libertarisme », jamais mis en œuvre en Occident, qui vise au dépérissement de l’Etat. Les citoyens seraient les maitres d’œuvre du projet : « If you've got an idea to make life better - tell us what you want to do et we will try to give you the tools to make this happen » (« Si tu as une idée pour améliorer la vie, dis nous ce que tu veux faire et on essaiera et on te donnera les outils pour réaliser cette idée »), expliquait Cameron avant les élections. Autrement dit : l’Etat n’est plus acteur, il ne fait que soutenir les efforts individuels, la somme de ces efforts individuels tendant spontanément au bonheur commun. Cela ne vous rappelle rien ?
Le plus cocasse, c’est que le projet de destruction de l’Etat providence qui commence par la suppression du caractère universel des allocations familiales (suppression au-delà d’un plafond annuel de revenu de 44000 livres, lire infra), sera mis en oeuvre par un gouvernement où cohabitent conservateurs et libéraux-démocrates. Or les lib-dems sont les héritiers politiques de Lord William Beveridge, le théoricien et praticien du « welfare state », qui doit se retourner dans sa tombe…
Le projet libertarien de Cameron, s’il est mis en œuvre, va clarifier le clivage droite-gauche. Car ce genre d’élucubrations séduit non seulement les ultra-libéraux britanniques, mais aussi leurs cousins des Pays-Bas. Geert Wilder, leader du parti de la liberté, avant d’être « populiste » est surtout un ultra libéral.
En France, le lobby anti-fiscal, influent à l’UMP. « Contribuables associés » est sur la même ligne. Ceux qui on assez de mémoire se souviennent que le programme du Front national est xénophobe mais aussi ultra-libéral puisqu'il souhaite l'augmentation des inégalités (en 1980, il prônait la suppression de l’impôt sur le revenu.
Aujourd’huiil réduit les taux de moitié, à 20%, quelle aubaine pour les riches ! ).
On verra donc nettement la différence entre la nouvelle droite bien de droite dont le programme est de démantèler l’Etat social, et la social-démocratie, même la plus molle !
NB : Le cas britannique illustre les avantages et inconvénients de l’individualisation et de la retenue à la source des impôts. A l’avenir, une personne seule avec trois enfants et un revenu annuel de 45000 livres perdra les 2500 livres d’allocations familiales. Mais un couple ayant trois enfants et deux salaires 43000 livres les conserveront. A méditer, non ?