François Hollande : "50% de femmes au gouvernement"

Publié le par DA Estérel 83

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Intérrogé par le magazine Grazia, à l'occasion de la sortie de son livre Changer de destin, François Hollande est revenu sur la place des femmes dans sa campagne, dans son projet présidentiel et dans sa vie.

L'intégralité de l'entretien :

Un François Hollande zen, étonnamment peu accro au portable, un regard bleu attentif, dans un bureau d'une cordiale neutralité. Il a décidé de consacrer près d'une heure à notre conversation sur les femmes. On pouvait se poser la question de leur place dans sa vie, en lisant in extenso Changer de destin, l'opuscule en forme de manifeste qu'il publie cette semaine. Un livre très politique. Une vision du monde très personnelle, celle d'une gauche décomplexée. Son regard sur la France, la République, l'Europe, la jeunesse, et sur ses adversaires. Il se livre au compte-gouttes. La mère, la sienne, est là, dès le début, mais la femme, au sens générique, doit attendre la fin du livre pour faire son entrée. Avant, il parle de ces Français qui souffrent, ceux qui entreprennent, ceux qui paient l'impôt, ceux qui... On avait l'impression qu'elle n'avait donc pas vraiment de rendez-vous fixe, la femme, avec ce fils au destin présidentiel. On se trompait. Une lumière quasi prophétique rentre brusquement dans le bureau alors que François Hollande lance, bien campé : « Un gouvernement à 50-50, c'est un objectif.»

Aux questions précises, il répond, aux questions «privées» aussi. Car le « tabou Ségolène » ayant été signifié par l'entourage, il nous fallait en passer par quelques questions balancées «l'air de rien». Coincées entre parité, IVG, congés paternels et autres égalités salariales, les «femmes de sa vie » font, ça et là, des apparitions. Un homme proche des femmes et qui n'a pas besoin d'injections de testostérone pour ça. Interview.

Martine Aubry avait dit, lors de la primaire, que si elle avait été investie, l'égalité salariale entre hommes et femmes aurait été sa première mesure. Et vous ?

La loi existe mais elle n'est pas appliquée. Elle le sera sans faiblesse. Ce que je propose, c'est d'introduire une sanction, au moins dans les grandes entreprises. Un délai —un an, pas davantage— aux entreprises pour établir l'égalité salariale. Si, au terme de cette période, l'égalité n'est pas respectée, les exonérations de cotisations sociales seront suspendues.

En France, les femmes sont plus diplômées que les hommes, mais elles sont moins promues, moins valorisées... Ca coince, non ?

Ce sont toujours les mêmes préjugés qui s'opposent à l'égalité: «Les femmes s'absentent plus souvent», «Elles font des enfants », etc. Or nous sommes l'un des pays d'Europe où le taux d'activité féminin est le plus élevé et où l'absentéisme ne concerne pas plus les hommes que les femmes. Et il y a une spécificité française: c'est en France que le travail à temps partiel est aussi féminin, puisque 80% de ces postes sont occupés par des femmes. Le temps partiel doit être davantage choisi et ne peut plus être subi.

Les hommes ne s'occuperaient-ils pas plus de leurs enfants s'ils bénéficiaient d'un congé plus long à la naissance ?

Le congé paternel a fait évoluer les esprits, cela a été une avancée importante. Il peut être allongé d'une semaine, mais pas au détriment du congé maternité.

En ce qui concerne la parité, les partis doivent-ils revoir leur copie ?

Le PS présente 50% de femmes aux élections législatives, la parité a été totalement respectée.

Mais seules 30 ?i de ces femmes seraient en position réellement éligible...

Elles seront beaucoup plus nombreuses, je l'espère. Mais pour avoir des femmes élues, encore faut-il avoir des femmes candidates. LUMP préfère payer des pénalités plutôt que de respecter la parité et ne présente que 25% de femmes aux élections. Je propose d'aller plus loin dans les sanctions contre ce type de comportement : les dotations de l'Etat aux partis politiques qui ne présentent pas autant de femmes que d'hommes doivent être purement et simplement supprimées.

Vous vous engagez à composer un gouvernement avec 50% de femmes ?

Oui. Ce doit être l'objectif: promouvoir des femmes, mais aussi des personnes issues de la diversité. Bref, des parcours nouveaux mais pas des météores, comme on en a connu sous le quinquennat qui s'achève.

Vous proposez de créer un ministère dédié aux Droits des femmes. La femme n'est-elle pas un homme comme les autres pour mériter un ministère à part ?

Vos questions le prouvent : il y a des réalités qui concernent spécifiquement les femmes. La question du temps partiel, de l'égalité salariale, les violences, l'accès à la contraception, le droit à l'IVG. . . Ce ministère a déjà existé, c'est la gauche qui l'a créé avec Yvette Roudy, en 1981. Je souhaiterais qu'il soir rattaché directement au Premier ministre. Mais ce qui compte, c'est aussi les décisions qui seront prises. Augmenter de 25% l'allocation de renttée scolaire, c'est notamment penser aux mères de famille monoparentale qui subissent particulièrement la vie chère.

Vous évoquez l'IVG : êtes-vous favorable à ce qu'elle soit remboursée à 100% ?

Oui, parce qu'une femme qui a recours à l'IVG. ce n'est pas pour son confort. Pour les mineures, un effort considérable est à engager en matière d'éducation sexuelle. Chaque jeune doit pouvoir accéder chaque année à une consultation médicale gratuite.

Vous êtes-vous déjà surpris dans votre vie politique à avoir une attitude macho?

Quand je vois que, dans certaines réunions, il y a plus d'hommes que de femmes et que ces réunions, c'est moi qui les préside. . . Je me pose cette question.

On a l'impression qu'il y a, à travers les surnoms qui vous ont été donnés, une remise en question par la droite de votre virilité. Vous êtes sensible à ça?

Non. (Il rit.) La droite, ça ne date pas d'aujourd'hui, a toujours voulu dénigrer tout candidat qui se présentait devant elle. Tous ceux qui ont incarné la gauche, de François Mitterrand à Ségolène Royal en passant par Lionel Jospin, sont toujours jugés irresponsables, illégitimes, menteurs. La droite est toujours dans un rapport de dureté pour montrer qu'il n'y aurait qu'elle qui serait en droit de diriger le pays.

Vous vous prononcez en faveur de l'assistance médicale à la procréation et du mariage gay. Vous avez une conception de la famille qui n'est pas exactement la même que celle de vos adversaires...

La famille a évolué. Nos grands-parents se mariaient à 20 ans, finissaient leur vie ensemble ; le divorce était rare. Aujourd'hui, c'est très différent, et il convient d'accotder —j'y veillerai — un statut aux beaux-parents. Us doivent avoir des droits en cas de disparition du père ou de la mère naturelle, pouvoir adopter, transmettre une partie de leurs biens. Je ne porte pas de jugement de valeurs, je ne fais pas de hiérarchie entre les familles. C'est pour ça qu'en matière de procréation médicale assistée, une femme doit pouvoir y recourir, soit parce qu'elle ne peut pas avoir d'enfant, soit parce qu'elle ne souhaite pas avoir une relation avec un homme.

Si vous êtes élu, vous serez le premier président non marié de la Ve République.

Aujourd'hui, les Français sont libres, ouverts et tolérants. Ils jugent les personnes, pas les choix matrimoniaux.

Vos enfants ne vous ont jamais demandé pourquoi vous ne vous étiez jamais marié ?

Non

C'est très moderne, finalement.

C'est devenu très banal. Les Français élisent un président, ils veulent connaître sa vie. Ils y sont d'ailleurs attentifs mais ils n'élisent pas une famille, encore moins un conjoint

Votre fils Thomas Hollande vous donne un coup de main pour la campagne. Pourrait-on voir naître une dynastie de politiques?

Il est militant, mais n'est candidat à rien. A aucune fonction. A aucun mandat.

Pas d'effet Jean Sarkozy à prévoir?

Mieux vaut réussir par soi-même. Il est avocat. C'est un beau métier.

Si on faisait un roman avec votre famille, ce serait invraisemblable. Deux conjoints successivement candidats à une élection présidentielle...

Je laisse ça aux romanciers. Nous avons chacun refait nos vies.Je vis aujourd'hui avec Valérie. Et c'est un bonheur.

Ce n'est pas si banal, quand même...

J'essaie d'écrire une page d'histoire. Ce n'est pas ma vie que je fais, c'est celles des autres que je veux changer

On sait que votre compagne a un bureau ici. Exerce-t-elle une fonction particulière ?

Elle m'accompagne, elle est présente. Elle m'est précieuse.

Vous l'écoutez beaucoup?

Oui

Elle prend du plaisir à tout ça ?

Pas forcément, parce que ce n'est pas facile, mais en tout cas, pour moi, c'est un appui.

Vous débriefez avec elle ?

Oui. D'abord parce que c'est ma compagne, et je lui fais confiance. Ensuite, parce qu'elle est une journaliste politique particulièrement avertie.

Elle ne vous dit jamais: « Ah bon, tu as encore prévu un meeting aujourd'hui, on devait aller dîner chez ma grand-tante » ?

Si, ça peut arriver. (Il rit.) Mais pas chez la grand-tante.

Au début du livre, vous parlez de votre mère. Quelle importance a-t-elle eu dans votre vie ?

Les premières valeurs qu'elle m'a transmises sont essentielles : la joie de vivre et la confiance. Elle m'a transmis une conception optimiste de l'existence. C'est important. Mais qu'est-ce qu'une mère ou un père peut vous donner de mieux ? De croire en vous.

Elle croyait en votre destin présidentiel ?

Pas forcément présidentiel. Elle avait la force d'âme de penser que je pourrais réussir.

Elle y croyait plus que vous ?

Non, elle me laissait faire. Elle m'encourageait. Elle voulait le bonheur de ses enfants, pour mon frère comme pour moi. Et c'est ce qui me paraissait essentiel.

Votre père n'aurait-il pas préféré avoir un fils dans la vie civile, normal, de droite, plutôt qu'un fils candidat de gauche à la présidence ?

Si. Il aurait préféré que je ne fasse pas de politique.

Il va voter pour vous quand même?

Il aime son fils.

Vous pensez beaucoup à votre mère en ce moment?

Oui, j'y pense régulièrement. J'aimerais savoir comment elle vivrait ça. Avec inquiétude et espoir, sûrement. Et optimisme.

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Publié dans HOLLANDE

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