Descendre dans l’arène avec Sarkozy
Par ALIOCHA
On a beau dire, on a beau faire, tourner en rond et tenter de faire des carrés dans des cercles, quand faut y aller, faut y aller. Ainsi va une campagne présidentielle. Elle répond toujours au mêmes rituels car la France est un pays orthodoxe dans ce domaine. Une campagne, c’est un combat de gladiateurs !
Pour ne pas l’avoir compris et accepté, Lionel Jospin ne parvint jamais au second tour, tant il etait persuadé que ça supériorité morale, son pragmatisme, son sérieux et son excellent bilan de premier ministre suffirait à balayer le vieil animal Chirac, ” vieux, usé, vieilli et fatigué ” et tellement déteste par le bon peuple de France, traite de super-menteur tous les soirs dans les Guignols. Un ado parvint même à lui cracher au visage lors d’un déplacement à Mantes. Malgré cela, Chirac fut réélu, comme à la loterie.
Car Jospin fut incapable de combattre le gladiateur et sa rouerie de candidat perpétuel.
La loterie, c’est ce que cherche Nicolas Sarkozy. Ce mélange de circonstances exceptionnelles, le flottement de l’adversaire et cette incroyable crédit qu’il accorde à la ” fortune” comme le disait Machiavel. Cette bonne étoile qu’on dessine soi-même par la seule force de sa volonté.
Sarkozy est fait de ce bois-là, qui ne renonce jamais, se bat sur toutes les balles, par principe, par rage .
Disons-le tout simplement , il a très peu de chances d’y parvenir, plombé qu’il est par son bilan, il lui manquera probablement un mois ou deux de campagne pour l’attenuer au point de frapper d’amnésie temporaire une petite partie de l’électorat.
Face à lui, François Hollande ne commet aucune faute. Retranché sur son aventin, calme, maîtrisé, ne sortant pas de son couloir et porté par une tendance simple : la force va à la force et même les petites scories , les petits flottements passent comme une lettre à la poste .
Il faut se souvenir justement, pour reprendre la comparaison avec 2002, que tout passait pour Jospin, son manque d’empathie face aux salariés de LU, son programme pas socialiste, ses meetings ennuyeux, cette communication artificielle , propre et presque esthétisante . Tout passait jusqu ‘à ce que la machine se dérègle sur vieux usé vieilli fatigue. C’était le 10 mars 2002, à un peu plus d’un mois du premier tour. Et là tout se dérégla et ce qui était passé comme une lettre à la poste revint comme un boomerang. La presse est ainsi faite qu’elle brûle aussi vite ce qu’elle a encensé.
Rien de tel fort heureusement chez François Hollande qui garde un souvenir brûlant de 2002, de ces conseils judicieux qu’il n’a jamais pu donner, n’ayant même plus accès, à la fin, au candidat . Il sait le piège de l’évitement, de la non-confrontation, de l’avenir. Il le sait car il l’avait lui même évalué en 2002 et rageait de ne pas être entendu .
Ce danger ne le guette donc pas car contrairement à Lionel Jospin, François Hollande sait garder sa lucidité. C’est l’une de ses caractéristiques.
En revanche, il ne pourra pas s’extraire de la confrontation avec Nicolas Sarkozy. Ni lui. Ni son équipe. Comme l’écrivait l’excellent Intox2007,Ségolène Royal est en cela exemplaire qu’elle ne laisse pas respirer le candidat de l’UMP lorsqu’elle en a les moyens : mardi en Charente maritime mais aussi dans toutes ses interventions et ses prises de parole.
Ne pas laisser respirer Nicolas Sarkozy, ne pas laisser le champ libre, ne pas être trop bien élevés.
Ce que sont beaucoup trop les voix de la campagne. Lorsque Jean-Luc Melenchon déclaré : “il faut taper, taper et taper encore”, il a raison. Taper même au risque d’aboyer, taper même si c’est dans l’énormité, taper jusqu’au grotesque.
Le parti socialiste n’a jamais vraiment su faire cela et à quelques rares exceptions comme Claude Bartolone ( car le travail de sniper est ingrat ) les socialistes rechignent toujours au fond d’eux à adopter des comportement mal élevés, un peu voyous. C’est une culture mais elle doit changer car la stratégie de Sarkozy , très largement inspirée de Karl Rove, le mauvais génial de Georges Bush , consiste à cogner, salir, cogner, salir.
Alors oui, il est temps de descendre dans l’arène. Pour protéger le candidat .Et d’opposer au déroulement finalement assez tranquille de la campagne du candidat UMP un harcèlement de tous les instants. Ne pas le laisser respirer, et contrer le carpet-bombing de l’UMP.
Ça n’est pas une noble manière de faire de la politique certes, mais c’est en tout cas une manière efficace de s’assurer vraiment la victoire.