François Hollande s'installe à gauche

Publié le par DA Estérel 83

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Se présidentialiser, et s’ancrer à gauche: c’est le défi qu’a voulu relever dimanche François Hollande pour son premier grand meeting de candidat. Avec l’espoir de reléguer définitivement Nicolas Sarkozy dans les sondages, comme l’actuel chef de l’Etat était parvenu à le faire lors de son discours du 14 janvier 2007 à la porte de Versailles.

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Sur la forme, l’exercice était incontestablement réussi, faisant penser au professionnalisme des grands messes sarkozystes de la campagne de 2007. L’affluence a dépassé les espérances, puisqu’ils étaient au moins 15.000 (répartis dans deux salles) à s’être déplacés jusqu’au parc des exposition du Bourget. Parmi eux de nombreux jeunes socialistes, tous drapeaux dehors, et plus de 70 bus venus de toute la France (30 départements différents). Dans une salle disposée en carré, avec les VIP (people et dirigeants socialistes) au centre, et les supporteurs sur les trois côtés, la scène est immense et affiche seulement le slogan du candidat Hollande, en lettres rouges et blanches sur fond bleu: «Le changement c’est maintenant».

De grands écrans au plafond diffusent les images produites par six caméras dont une louma démesurée, faisant jongler les apparitions de personnalités diversement applaudies, tout comme les différents clips provoquant tantôt cris de joie (quand ils retracent la vie du champion socialiste), tantôt huées à la seule vision de Nicolas Sarkozy. Pour parfaire le dispositif, au timing impeccable, Yannick Noah a chauffé l’ambiance, tout comme la sono hurlante. Et la personnalité préférée des Français de résumer l’ambiance devant un auditoire exultant: «Bonne chance à votre chef!»

Sur le fond, Hollande s’est d’abord attaché à se démarquer, point par point, de l’actuel chef de l’Etat -dont il n’a jamais cité le nom tout au long de son heure et demie de discours- pour illustrer sa vision du «président normal». Commençant ses phrases par«présider la France, c’est...», le candidat socialiste a par exemple affirmé que «la République, c’est refuser que tout procède d’un seul homme, d’un seul parti qui risque de devenir un clan». Il a aussi fait allusion aux «faveurs pour les proches» et aux récentes révélations sur le chef de la DCRI, Bernard Squarcini. «Présider la République c’est être impitoyable avec la corruption, et malheur aux élus qui y succomberont», a aussi dit Hollande, devant un Arnaud Montebourg ravi. 

«Une page est en train de s'effacer», a annoncé François Hollande (son discours intégral en vidéo ci-dessous).

 

Circulaire sur les étudiants étrangers, discours de Dakar, accueil en grande pompe à Paris des dictateurs: c’est à chaque fois par l’allusion qu’Hollande s’est attaqué au bilan de son prédécesseur. Tout comme sur le plan personnel, alors que nombre de dirigeants socialistes sont convaincus que la détestation de l’homme Nicolas Sarkozy est profonde dans le pays: «Je n’ai pas besoin de changer en permanence pour être moi-même», a tonné Hollande, répondant ainsi directement au fameux «j’ai changé» du candidat Sarkozy en 2007. Plus tard il reviendra sur cette idée : «Le quinquennat ne sera pas une volte-face, un zig zag, une contradiction»«Je n’aime pas les honneurs, Je revendique une simplicité qui est la marque de l’authentique autorité. Mon secret: j’aime les gens, quand d’autres sont fascinés par l’argent, a encore dit Hollande. Je ne m’exhibe pas, je reste moi même. Je veux conquérir le pouvoir mais je ne suis pas vorace.» 

Depuis de longs mois, le président du conseil général de Corrèze est persuadé que s’il est parvenu à reconquérir l’opinion, remporter la primaire et faire aujourd’hui figure de favori pour mai 2012, c’est parce qu’il incarne «un moment». Une «attente» qu’il a ainsi définie dimanche au Bourget: «Les Français attendent un rassemblement sur l’essentiel, une considération, un respect, un apaisement, une confiance. Je veux redonner confiance aux Français.»

Incarner la gauche

Mais au-delà de la posture personnelle et de la critique de Nicolas Sarkozy sur sa présidence dont le PS considère qu’elle a «abîmé» la France, Hollande s’est attelé à incarner une espérance. Une manière de rassurer ceux qui s’alarmaient depuis plusieurs semaines du flou programmatique du candidat et, plus précisément, d’une ligne jugée trop centriste (lire ici notre note de veille).

Sans que l’on sache si la manœuvre était préméditée, le candidat socialiste a fait l’exact contraire annoncé par son entourage, qui avait laissait croire à un discours de politique générale, sans propositions. Au lieu de cela, Hollande a déroulé les grands axes de son programme, qui doit être dévoilé dans le détail jeudi prochain. Et a même distillé quelques mesures concrètes et totalement inédites et symboliques, comme l’inscription de la loi de 1905 sur la laïcité dans la constitution, ou la baisse de 30% de la rémunération du président et de ses ministres.

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Alors que l’ancien premier secrétaire du PS a toujours fait de la rigueur en matière budgétaire une de ses marques de fabrique, il a largement mis cet objectif en sourdine -tout en le rappelant- pour insister tout au long de son discours, parfois difficilement audible tant la salle s’époumonait en encouragements, sur «la justice» et«l’égalité». Des «marqueurs» solides, selon son équipe, de différenciation avec la droite.

«Il n’y a jamais une seule politique possible quelle que soit la gravité de la situation. l’histoire n’est pas l’addition de fatalités successives. il y a toujours plusieurs chemins. La voie que je vous propose c’est le redressement dans la justice», a ainsi expliqué François Hollande. Le candidat socialiste a bien entendu rappelé ses objectifs, maintes fois répété, de réduction du déficit à 3% du PIB en 2013 et d’équilibre des comptes publics à la fin du quinquennat.  Encore une fois, il a voulu «dire la vérité» et ne «pas faire de promesse qu’il ne pourrait pas tenir».

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Mais, fait nouveau, Hollande a trouvé des accents mitterrandiens pour en appeler à la lutte contre la finance. Le candidat socialiste a pourtant débuté son discours par la critique des «puissances d'argent», retrouvant les accents du Mitterrand du Congrès d'Epinay en… 1971. «L'argent doit être un serviteur et non un maître». «Mon adversaire n'a pas de visage, il ne sera jamais élu (…) C'est le monde de la finance. Sous nos yeux en en 20 ans la finance a pris le contrôle de l'économie, de nos sociétés et même de nos vies».

 Sur le fond, rien de nouveau cela dit: le candidat avait déjà amendé son programme à l'issue des primaires socialistes. D'Arnaud Montebourg, il a notamment repris la proposition d'une «loi sur les banques obligeant de séparer activités de crédit par rapport a actions spéculatives».

François Hollande promet aussi l'interdiction pour les banques françaises d'avoir une «présence» dans les paradis fiscaux, l'interdiction des produits toxiques et la «suppression des stock-options, sauf dans les entreprises récentes», ainsi que l'encadrement des bonus et la création d'une taxe européenne sur les transactions financières, plus substantielle que celle annoncée par Nicolas Sarkozy — comparée au simple rétablissement de «l'impôt de bourse».

Réindustraliser

Mais le candidat socialiste a aussi situé son action au niveau européen: avec l'Allemagne, premier pays qu'il visitera s'il est élu président, il entend signer un «nouveau traité franco-allemand» en janvier 2013, cinquante ans après celui de l'Elysée de 1963 et«ouvrir un nouveau cycle en Europe». Au menu: création d'une agence publique de notation européenne (le projet vient d'être abandonné), d'euro-obligations «pour mutualiser la dette souveraine et financer de grands projets», «coordination des politiques économiques», rôle accru de la BCE, mise en place d'«une contribution écologique aux frontières de l’Europe».François Hollande propose aussi de «renégoc[ier] le traité issu de l'accord du 9 décembre», qui prévoit notamment des sanctions pour les Etats dépassant le seuil des 3% de déficit, la création d'une "règle d'or" pour plafonner les dépenses publiques et une forme de contrôle des budgets nationaux par Bruxelles. Autant de bonnes intentions suspendues à un accord avec Berlin.

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Logiquement, François Hollande a également présenté plusieurs pistes pour la «réindustrialisation de la France», présentée comme une «priorité», alors que «notre pays a abandonné son industrie». Là encore, pas de nouveautés spectaculaires, mais la confirmation de propositions qui n'ont jamais été expérimentées par la gauche socialiste au pouvoir, comme la création d'une «banque publique d'investissement» ou d'un livret d'épargne spécial PME et entreprises innovantes.

Les entreprises «qui délocalisent» devraient également rembourser les aides publiques reçues, tandis que des financements ciblés iraient aux entreprises qui «investissent sur notre territoire» ou«relocalisent leurs activités». Le candidat promet aussi deux grands chantiers: la couverture totale en très haut-débit de la France d'ici 10 ans, et un plan d'isolation thermique d'un million de logements neufs et anciens pour faire des économies d'énergie et créer «des milliers d'emplois».

François Hollande a aussi précisé ses plans en matière fiscale: outre la fusion annoncée de la CSG et de l'impôt sur le revenu, et la suppression de l'allègement de l'impôt sur la fortune décidé par Nicolas Sarkozy, les revenus du capital seront «taxés comme ceux du travail», a promis Hollande, avec une formule qui fait mouche:«Qui peut trouver normal qu'on gagne plus d'argent en dormant qu'en travaillant?». Par ailleurs, la tranche supérieure de l'impôt sur le revenu sera portée de 41 à 45% pour ceux qui touchent plus de 150.000 euros. «Et qu'on ne me fasse pas croire qu'avec 150.000 euros ce seront les classes moyennes!», a-t-il martelé, contrant par avance l'argumentaire de l'UMP qui lorgne elle aussi vers cet électorat. Les niches fiscales seraient plafonnées à 10.000 euros par an. Hollande a une nouvelle fois redit son opposition à laTVA dite "sociale" à laquelle l'exécutif réfléchit actuellement.

Enfin, le candidat a confirmé que seuls les actifs ayant cotisé 41 ans pourront partir à 60 ans — un recul par rapport à ses premières déclarations. Il a également annoncé la création d'un «tarif progressif» de l'eau, du gaz et de l'électricité permettant une tarification plus juste (plus on consomme, plus le tarif est élevé), une loi sur l'égalité salariale hommes-femmes dans les entreprises, et l'existence de dispositions sur le handicap dans toutes les lois votées.

Les jeunes au coeur de sa campagne

Pour les questions de société, François Hollande s’en est tenu au fil directeur de l’égalité, effleurant le plus souvent les thèmes les uns après les autres. Un classique de la gauche socialiste revisité à la sauce Hollande pour ne pas effrayer le centre et les «classes moyennes»: «l'égalité, ce n'est pas l'égalitarisme. L'égalité, ce n'est pas l'assistanat», a dit le candidat socialiste. 

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Convaincu que la peur du déclassement est l’un des sentiments les plus partagés par les Français, sa principale promesse, en tout cas assumée comme telle et sur laquelle il a demandé à ses électeurs d’être jugé, a été que les jeunes vivent «mieux en 2017 qu’en 2012»«Changer leur vie serait pour moi la plus grande des fierté», a-t-il lancé en toute fin de meeting, après avoir évoqué le nouveau contrat destiné aux jeunes.«Aucun jeune de 16 à 18 ans ne restera sans solution de formation, d’emploi, de service civique (…). Personne ne sera laissé de côté, abandonné, oublié», a-t-il ajouté, s’engageant à diviser l’échec scolaire par deux en cinq ans. Revenant sur sa proposition de recréer 60.000 postes dans l’Éducation nationale, il a précisé qu’il ne s’agirait pas que d’enseignants. «60.000 postes, on me dit c'est trop je dis non c'est peut-être pas assez», a même ajouté Hollande, qui affirme pourtant ne pas vouloir augmenter le nombre de fonctionnaires. 150.000 emplois d’avenir (remake des emplois-jeunes des années Jospin) seront crées pour les jeunes, en priorité ceux issus des «quartiers diffciles». Pour les étudiants, il a avancé l’idée d’une allocation d’autonomie sous conditions de ressources, sans en dire davantage. Il a confirmé le projet d’ouvrir le mariage et le droit à l’adoption aux couples de même sexe. 

Outre l’égalité, dans le «récit républicain» qu’il souhaite faire réentendre, François Hollande a aussi parlé de laïcité, sujet qu’il avait encore peu abordé jusqu’ici. Se disant «viscéralement attaché» à ce principe de séparation de l’Église et de l’État, il a annoncé son intention d’inscrire la loi de 1905 dans la Constitution. Fustigeant le communautarisme, il a réaffirmé son souhait d’accorder le droit de vote des étrangers aux élections locales.

En même temps, soucieux de ne pas apparaître trop laxiste, il a proposé, en réponse à l’insécurité, de créer des «zones de sécurité prioritaires là où il y a les taux de délinquance les plus élevés», avec des effectifs de police et de justice supplémentaires. «La République vous rattrapera», a-t-il lancé aux «petits caïds», mais aussi aux «fraudeurs» et aux «délinquants financiers», manière de montrer, encore une fois, que tout le monde devra être logé à la même enseigne.

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L’égalité sur les territoires se décline, selon le candidat du PS, en une forme de discrimination positive puisqu’il faut, a-t-il estimé,«cesser d'aider de la même façon le quartier difficile d'une ville riche et le quartier difficile d'une ville qui n'a que des quartier difficiles».

En matière de logement, plusieurs annonces. Il s’est engagé à«doubler» le plafond du Livret A afin d’augmenter les ressources du logement social. Quant aux communes (de plus de 3.500 habitants) qui ne respecteraient pas le quota de 20% (la loi SRU), il les a prévenues qu’il multiplierait par cinq les sanctions. Rappelant que l’accès pour tous au logement était un gage d’égalité, François Hollande a par ailleurs indiqué que l’État mettrait à la disposition des collectivités locales «tous ses terrains disponibles» et cela, « dans un délai de cinq ans », pour construire des habitations. «Nous manquons de logements en France. Ils atteignent des prix insupportables et pas seulement dans les grandes villes. Il faut donc plus de logements», a-t-il insisté.

Et de conclure son discours de plus d’une heure et demie: «Le changement c'est maintenant, la justice c'est maintenant, l'espérance c'est maintenant, la république c'est maintenant... Le changement j'y suis prêt».

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Publié dans HOLLANDE

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