Fillon, Hollande, DSK, tous à côté de la plaque!
Philippe Cohen 25/11/2010
Les « zéditorialistes » et autres « experticules » qui peuplent les rédaction de notre pays ont soupiré d'aise :dans son discours de politique générale, François Fillon nous a appelés à une rigueur à l'allemande. C'est-à-dire que le même homme qui parlait de souveraineté, recommande l'alignement de Paris sur Berlin.
En face, Dominique Strauss-Kahn propose de donner plus de pouvoir à la Commission européenne au moment précis où l'on constate l'incurie des Traités de Maastricht et d'Amsterdam, qui se révèlent inapplicables comme cela avait été prédit par ses opposants.
Constatant l'impossibilité d'imposer des sanctions financières à des pays en quasi-faillite - un enfant de cinq ans pouvait le comprendre.. - le futur héros de la Présidentielle de 2012 prône l'abandon des prérogatives démocratiques en matière de budget en suggérant la création d'une autorité budgétaire indépendante. Le message est limpide : puisque les états sont incapables de mener des politiques économiques pertinentes, il faut centraliser à Bruxelles les budgets des nationaux et déposséder les parlements de l'une de leurs dernières prérogatives ! Vive la « Haushaltspolizei » (police budgétaire) qui, elle aussi, siège à Berlin !
Quant à François Hollande sur RTL, il s'est contenté de souligner les injustices de la politique de la droite et de prôner l'adoption d'une politique à la Cameron :
« La rigueur pour tous, donc ?», ajoute Aphatie. « La justice pour tous », a précisé l'ex patron du PS. L'austérité juste en quelque sorte. En somme, la droite soi-disant raisonnable, « filloniste », lorgne à l'est tandis que son vis-à-vis de gauche regarde, lui, à l'Ouest. C'est donc avec raison, qu'hier soir à l'émission Ce soir ou jamais, l'économiste Jean-Hervé Lorenzi le jugeait proche, dans l'esprit, du Premier ministre.
Nous voilà donc magnifiquement équipés pour affronter un nouveau ressac de la crise, qui s'annonce plus grave encore que ceux qui l'ont précédé. Nos dirigeants sont dans la seringue : sans aucune protection de nos économies, le plan de relance a profité aux pays émergents et permis à la Chine, le Premier ministre l'a reconnu lui-même dans son discours de politique générale, de prendre de nouvelles parts de marché, pendant que la désindustralisation s'accélère dans toute l'Europe continentale, comme le symbolisent les plans de Renault et Thales. Les politiques d'austérité adoptées après la relance nous exposent à un rebond de la récession comme Marianne ne cesse de l'annoncer depuis six mois.
On voit bien que l'austérité, irlandaise ou grecque, pratiquée à chaud, loin d'assainir les comptes de ces nations, leur impose de nouveaux tour de vis. On voit bien que l'économie espagnole plombée par la fin de la spéculation immobilière, ne se relève pas. Partout où les gouvernements vivent sous la menace de la sanction des marchés, chaque réajustement s'effectue par le bas, en diminuant à chaque étape un peu plus les salaires et les prestations sociales. A ce rythme, il ne faudra pas cinq ans pour mettre le pouvoir d'achat dublinois ou athénien au niveau de celui en vigueur à Pékin. Déjà, les prix de l"immobilier semblent converger.
Après la France, l'Irlande, la Grande Bretagne et le Portugal se réveillent. La colère des peuples peut-elle encore réveiller nos dirigeants et les remettre en contact avec le réel ? L'Europe ne dispose pas de 46 moyens pour sortir de cette nasse. Elle peut encore éviter le pire si l'Allemagne rompt avec sa politique économique qui écrase ses voisins. L'Allemagne doit relancer sa consommation intérieure diminuer ses exportations dans le reste de l'Europe.Berlin doit payer pour Dublin.
Et si Angela Merkel s'entête, il faut refuser la spirale de la récession et menacer l'Allemagne d'une sortie collective de l'euro par les 22 pays qui en souffrent.
La France doit, dans cette hypothèse extrême - mais nous en sommes peut-être plus proches que ce que pensent Jean-Michel Aphatie et Alain Duhamel - prendre la tête de cette « révolte logique », comme le suggèrent plusieurs personnalités aussi différentes que Frédéric Lordon, Jacques Sapir, Emmanuel Todd ou même Christian Saint Etienne.
La raison n'est prisonnière d'aucun camp politique.