Au PS, pacte, ticket, trio… Si seulement cela avait un sens!

Publié le par DA Estérel 83

Mediapart  Stéphane Alliès  26/11/2010

 

Après la synthèse molle, les remous mous. L'observateur désœuvré par les atermoiements des favoris socialistes aurait aimé voir dans la déclaration de Martine Aubry sur l'accord à trois avec Dominique Strauss-Kahn et Ségolène Royal une innovation institutionnelle.

 

 

Et si cette fameuse «candidature véritablement ensemble» évoquéemercredi sur France 2, après tout, n'était pas l'annonce d'une prise de risque à laquelle le PS ne nous a hélas jamais habitué? Encore plus fort que le ticket à l'américaine, le triumvirat collectif: un(e) président(e), un(e) premier ministre et un(e) président(e) de l'Assemblée. Ensemble pour une candidature commune osant enfin remettre en cause la si gaulliste incarnation du pouvoir et son corollaire infantilisant d'un destin personnel rencontrant le peuple de France.

 

 

Cet attelage, s'il était théorisé, revendiqué et présenté aux Français, aurait l'avantage de la nouveauté inattendue, là où le surplace commence à lasser. Il pourrait aussi représenter la promesse d'une réforme institutionnelle (par la mise en avant d'un membre du trio à la présidence d'une Assemblée aux pouvoirs renforcés), jusqu'ici rare point de convergence programmatique de toute la gauche. Enfin, il garantirait le respect et la continuité du travail collectif du Parti socialiste mené jusqu'ici, rompant avec la déprimante et récurrente perspective d'un projet socialiste déconnecté du programme personnel du candidat.

 

 

Last but not least, une telle candidature collective aurait l'avantage interne de “gauchir malgré lui” DSK, l'ancrant via Royal et Aubry à la réalité française d'une gauche ayant envie d'en découdre, et amenuisant les critiques et les velléités de l'aile gauche du parti, fidèle à la première secrétaire.

Hélas, là où on espérait une réflexion en amont sur une telle hypothèse, force est de se lamenter qu'il n'en est rien. C'est en tout cas ce qu'il ressort des discussions entretenues depuis jeudi avec les différents entourages des prétendants respectifs.

 

 

«Rouleau compresseur»? 

 

Chez Royal, on affirme surtout que les primaires devront avoir lieu, hors de question de se ranger à un accord d'appareil! Et que le «dispositif gagnant»appelé de ses vœux par la candidate de 2007 vaut surtout pour «l'unité à tout prix» affichée depuis La Rochelle, puis pour le lendemain du choix des sympathisants socialistes. Et ces primaires, elle n'exclut moins que jamais d'y participer.

 

 

Chez Aubry, on évoque surtout le ticket avec Strauss-Kahn, l'une apportant à l'autre la mise sous l'éteignoir de l'aile gauche, l'autre apportant à l'une le sérieux et la crédibilité gestionnaire. Quant à Royal, on lui trouvera bien une place.

 

Chez Strauss-Kahn, on fait surtout attention à ne rien commenter, se satisfaisant d'une évidence, que l'hypothèse affirmée par Aubry d'un ticket signifie: DSK ne quitterait pas le FMI pour Matignon. La sainte-alliance des éditorialistes et des sondages fera le reste, d'ici un dénouement prévu à la fin du printemps 2011.

 

 

Chez Hamon, on voit surtout dans la déclaration d'Aubry un moyen de gagner du temps et de se positionner au centre du parti, en point de rencontre évident des divers prétendants. Et on se contente de faire la moue en cas de retour strauss-kahnien, adoubé et secondé par la première secrétaire, assurant qu'il faudra alors que l'homme de Washington donne des gages.

 

 

Un nouveau coup pour rien, en somme, n'agitant que le landerneau médiatique, et qui donne peut-être raison aux trois outsiders déjà dans les starting-blocks, Valls, Montebourg et Hollande. Eux n'en peuvent plus d'attendre, et se disent que face au «rouleau compresseur» annoncé mais jamais assumé, il ne serait finalement pas si difficile d'enrayer une mécanique pour l'heure aussi improvisée.

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Publié dans PS

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