Existe-t-il un vote Sarkozy honteux, celui de la majorité silencieuse ?

Publié le par DA Estérel 83

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Confrontés à une situation périlleuse à six semaines du premier tour de la présidentielle, les stratèges du clan Sarkozy ont décidé de faire campagne pour une majorité silencieuse qui se reconnaîtrait en Nicolas Sarkozy, mais qui se revendique pas directement du candidat. Cette majorité existe-t-elle ? C'est la question que pose notre contributeur Bruno Roger-Petit.

BRP

 

Le vote Sarkozy est-il devenu un vote honteux, silencieux mais encore majoritaire ? Voilà la question qui hante les discussions de ce début de semaine, à l'heure où pour la onzième fois depuis le début de l'année, les commentateurs de l'immédiateté nous annoncent que les jours qui viennent seront cruciaux pour le candidat Sarkozy.

 

Donc, depuis quelques jours, le message passe, ici ou là, tantôt par le biais de confidences anonymes des fameux "conseillers" de l'entourage de Nicolas Sarkozy, tantôt par l'entremise d'éditorialistes dévoués.

 

Nicolas Sarkozy interviewé à la télévision, le 29 janvier 2012 (AFP/TF1)

Nicolas Sarkozy interviewé à la télévision, le 29 janvier 2012 (AFP/TF1).

 

Soumis au pilonnage du "système politico-médiatico-sondagier" qui serait, parait-il, hostile au président sortant (l'expression de Guillaume Peltier, l'une des têtes pensantes de la campagne Sarkozy), les électeurs de Nicolas Sarkozy n'oseraient plus se revendiquer comme tels. Ils se cacheraient des yeux du monde, anonymes et indétectables, y compris et surtout des instituts de sondage, attendant le 22 avril et le 6 mai pour se regrouper en une vaste majorité silencieuse enfin politiquement identifiée.

 

C'est pour cette raison sans doute, que dans son discours de Bordeaux, Nicolas Sarkozy s'est adressé à cette "majorité silencieuse", qui serait terrorisée par les bien-pensants de la gauche bobo, France de la rue Oberkampf tyrannisant la France des clochers. D'un seul coup, voici que Nicolas Sarkozy se met à faire du Zemmour, maladroitement recopié par Henri Guaino. 

 

 

La masse silencieuse détiendrait ainsi entre ses mains un vote Sarkozy honteux, mais majoritaire. Le chiffre de cette majorité silencieuse ressemble à s'y méprendre à ce qu'est "le chiffre obscur" des criminologues : une réalité sans vérité. Le recours a ce qui n'est somme toute qu'une incantation permet, une fois de plus, de pointer les étonnantes similitudes mentales et psychologiques, donc politiques, de la campagne Sarkozy 2012 avec la campagne Giscard 1981.

 

Il y a trente et un ans, confronté à une situation comparable, à savoir la perspective grandissante d'une défaite, l'entourage de Giscard avait inventé le concept de "réflexe de l'isoloir".

 

Tout reposait sur l'idée, qu'au moment du vote, l'électeur censé, de centre droit ou de centre gauche, du RPR et assimilé, ne se risquerait pas à glisser un bulletin Mitterrand dans l'urne, effrayé qu'il serait par les nationalisations, les ministres communistes, les 35 heures, l'augmentation du SMIC, la liberté pour les radios libres, la dépénalisation de l'homosexualité, la retraite à 60 ans ou la fin de la peine de mort.

 

Aujourd'hui, la droite brandit la fin du nucléaire, les 60.000 postes dans l’Éducation nationale, la viande halal, les mineurs délinquants, la "désarkozysation" des médias et de la haute fonction publique, le mariage gay ou la volonté de mettre au pas la finance.

 

Les thèmes ont un peu changé, mais le principe de la théorie reste la même : l'électeur ne peut pas voter socialiste parce qu'il est censé en avoir peur.

 

Hélas pour les inventeurs, ou plutôt les repreneurs de cette vieille théorie : du "réflexe de l'isoloir" au "vote Sarkozy honteux" d'une "majorité silencieuse", c'est bien de pensée magique qu'il s'agit, et de rien d'autre. Il n'est nulle enquête, ni étude, ni statistique pour corroborer cette théorie de sociologie politique avancée. Et quand il ne reste plus que cela à brandir en guise d'analyse en science politique pour élaborer une stratégie électorale, c'est quand même très mauvais signe.

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Publié dans SARKOZY

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T
A Guauche, nous sommes bien placés pour savoir qu'il ne faut pas compter sur le "réflexe de l'isoloir": En 2007 les électeurs avaient le choix entre une personne sympathique, avec des idées neuves<br /> et un attachement irréfragable à la démocratie, d'une part, et, d'autre part un ministre de l'intérieur qui s'était rendu odieux à tout le monde depuis 2002 et qui avait entrepris la destruction de<br /> nos acquis sociaux et de nos services publics. Nous pensions que l'intelligence allait l'emporter sur la démagogie et que les électeurs, au dernier moment, apercevraient les grosses ficelles et<br /> démentiraient les sondages. On connaît la suite.
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