Examen réussi, ennuis à venir
François Hollande a choisi. Sans surprise. Jean-Marc Ayrault a été nommé Premier ministre. Qui pouvait-il désigner sinon un homme avec lequel il est en totale confiance ? Un austère qui se marre peu et travaille beaucoup. Ils sont l'un et l'autre réformistes et pragmatiques, ils ont onze ans durant travaillé main dans la main, le premier en qualité de premier secrétaire du PS, le second en tant que président du groupe parlementaire socialiste à l'Assemblée. L'un et l'autre n'ont jamais exercé de responsabilités ministérielles mais partagent une longue expérience de député et d'élu de terrain, le premier en Corrèze, le second à Nantes. C'est suffisant pour constituer un tandem solide. Sous le joug du pouvoir, l'attelage Hollande-Aubry, souvent cité, eut risqué d'être moins coordonné. C'est un euphémisme. Seul bémol au tableau, l'opposition a déjà dénoncé un coup de canif dans la promesse «d'une République irréprochable». Jean-Marc Ayrault, dans sa responsabilité de maire, avait été condamné voici quinze ans pour délit de favoritisme dans un marché. Il a été, c'est le droit qui vaut pour tout citoyen, réhabilité en 2007. Le délit est effacé.
François Hollande a encore hier clairement exposé la ligne de son quinquennat. A l'exact opposé de celle de son prédécesseur. Réconciliation, confiance, rassemblement, justice sont les mots qui ont émaillé son discours d'investiture. Sa formule, «je fixerai les priorités mais je ne déciderai pas de tout, pour tout et partout», renvoyait évidemment à l'hyperprésidence assumée de Nicolas Sarkozy. Enfin devant la statue de Jules Ferry puis lors de l'hommage à Marie Curie, François Hollande a surligné sa première priorité, la jeunesse et l'éducation. Le voyage à Berlin illustre l'autre priorité, l'Europe et sa volonté d'ajouter un volet croissance à la rigueur du pacte budgétaire. «J'ai reçu mandat pour ouvrir une nouvelle voie», avait-il précisé le matin.
Le décor est planté. Les premiers acteurs sont en place. Les autres seront connus aujourd'hui. Il leur reste à jouer la pièce. Cinq ans pour faire passer le changement du slogan à la réalité. Cinq ans pour que les références appuyées aux grandes figures de la République servent un dessein et ne restent pas des figures de style flatteuses. Si les cérémonies d'investiture sont un examen, François Hollande l'a réussi. Mais c'est maintenant que les ennuis commencent. Ils sont légion: l'épine douloureuse de la Grèce et des risques qu'elle fait peser sur l'économie, le niveau du taux de croissance sans lequel rien ne sera possible, la demande sociale - emploi et pouvoir d'achat -, qui ne va pas manquer de monter dans les mois à venir. Ce n'est qu'un début...