Éric Brunet, très sarkozyste et peu journaliste

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

 

La campagne 2012 se joue aussi en librairie. Parmi les nombreux ouvrages fustigeant le bilan du quinquennat Sarkozy, une poignée de titres parient sur la contre-publication en misant sur une nouvelle victoire du président sortant. Outre les éternels soutiens politiques (parmi lesquels l'ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin qui signera, début février, Je marcherai toujours à l’affectif, chez Flammarion), quelques auteurs font leur entrée dans le cercle fermé des farouches défenseurs du sarkozysme. En attendant le prometteur Foncez président ! de Louis Uberti (Éditions de l’Onde), c’est Éric Brunet, et sonPourquoi Sarko va gagner (Albin Michel), qui démarre la partie.

 

Depuis une semaine, celui qui anime une émission quotidienne baptisée « Carrément Brunet »sur RMC et aime à se présenter comme un « polémiste », se déplace de plateaux télé en studios radio pour prêcher la bonne parole du chef de l'État. Il y répète quelques-uns des arguments qu'il développe dans son nouveau livre, louant l'efficacité redoutable du président Sarkozy, victime, si l'on en croit Brunet, des « lestes déontologues sarkophobes »qui n’ont eu de cesse de s’acharner contre le personnage sans jamais se soucier de son action.

Dans Pourquoi Sarko va gagner, l'auteur pointe du doigt les« maîtres censeurs » que sont, selon lui, les journalistes« sûrs d'eux, à la limite de l'arrogance, persuadés de leur mission salvatrice face au despote. Des cohortes baveux menant la guérilla des mots » qui accusent sans savoir. Ce n'est pas la première fois qu'Éric Brunet étrille la profession. Dans un précédent ouvrage, intitulé Être de droite, un tabou français (Albin Michel, 2006), il s'attaquait déjà aux « 90 % de journalistes qui votent à gauche » et réduisent leurs confrères de droite au silence.

Aujourd'hui, il éreinte ces mêmes journalistes qui raillent à tort «l'inculture de Nicolas Sarkozy» – oubliant par ailleurs qu'il déclarait lui-même dans le magazine Transfuge en octobre 2010 que «Sarkozy n'est manifestement pas un intellectuel» – et atteignent «bien des fois, le point Godwin»– sans mentionner ces autres fois où les proches de Nicolas Sarkozy ont évoqué les «méthodes fascistes» de la presse.

«Je n'ai pas souvenir de telles déclarations», assure-t-il aujourd'hui à Mediapart.

La prise de position «à contre-courant» de l'auteur dePourquoi Sarko va gagner n’explique pas, à elle seule, l’aura médiatique dont il jouit depuis peu. Le 1er janvier dernier, soit quelques jours seulement avant la sortie de son livre, Éric Brunet a été promu chevalier de la légion d’honneur en qualité de «journaliste et essayiste ; 24 ans de services»«Une malheureuse coïncidence» selon lui, qui n'a pas échappée aux observateurs qui l'ont commenté ici ou.

 

A ceux qui s'étonnent qu'un journaliste puisse accepter d'être décoré, Éric Brunet rétorque: «Je ne suis plus journaliste. J'ai quitté cette profession dans laquelle j'ai trop souffert au début des années 2000 en ne renouvelant pas ma carte de presse. Je trouvais que ce monde était un peu monotone, terne. Je souhaitais faire autre chose et RMC m'en a offert l'opportunité. D'ailleurs, les deux-tiers des gens qui sont à l’antenne de RMC ne sont pas journalistes.»

 

Dans un billet publié sur Atlantico et sobrement intitulé«Pourquoi j’ai accepté la légion d’honneur… Lynchage pour une médaille», Brunet explique que la récompense lui a été proposée en octobre 2010 par le député UMP de l’Oise, Edouard Courtial - devenu depuis secrétaire d'État aux Français de l'étranger - en remerciement de sa «contribution au rayonnement de la France à l’étranger». Depuis quatre ans, Éric Brunet anime en effet l’émission «Le Plus Grand Musée du monde», sur France 3 Paris Ile-de-France. Lui-même avoue que ses précédents livres - Être de droite, un tabou françaisÊtre riche, un tabou français (Albin Michel, 2007) ou encore Dans la tête d'un réac (Nil, 2010) - , dans lesquels il clamait déjà «son amour pour le territoire émotionnel et englouti de la droite» , ne sont certainement pas étrangers à cette proposition.

 

 

«Polémiste» pour l'un, «journaliste» pour les autres

Éric Brunet se dit cependant «très embarassé» que le ministre de la culture qui lui a remis la légion d'honneur n'ait pas fait la nuance entre «journaliste» et «polémiste». Mais cette nuance, que l'auteur de Pourquoi Sarko va gagners'emploie à marteler à longueur d'interviews, n'a visiblement pas échappé qu'aux seuls services de la rue de Valois. SurAtlantico qui a publié les bonnes feuilles de son dernier livre, sur BFM TV où il tient une chronique, à l'Institut de formation politique (IFP) où il est intervenant, sur les sites des responsables UMP qui l'ont invité à plusieurs reprises pour parler de ses derniers ouvrages... Partout, Éric Brunet est présenté en qualité de journaliste.

 

 

Partout ou presque. Car il est un domaine, moins connu, où l'animateur de RMC revêt aussi la casquette de communicant. Depuis 2006, il travaille notamment pour Vitalia, propriétaire d'une cinquantaine de cliniques privées, comme l'a révélé Rue89. Ancien directeur de la communication du groupe, il se contente aujourd'hui, «faute de temps», de rédiger «tout seul» un magazine de 120 pages. «C'est un magazine grand public, avec des interviews et tout, explique-t-il à Mediapart. Pas du tout un truc de lobbyiste du monde de la santé comme le sous-entend le papier de Rue89.» La preuve selon lui ? «J'ai également des activités de communicant avec d'autres organismes comme la Fédération française du bâtiment et l'Union sociale pour l'habitat.» Un tour rapide sur le site internet de cette dernière permet d'ailleurs de constater qu'elle aussi a oublié de faire la nuance entre «journaliste» et «polémiste».

«Je suis en train de considérablement réduire mes activités de communicant, précise Éric Brunet. Et dans tous les cas, je n'ai jamais été une sorte de Thierry Saussez ou de Jacques Séguéla. Je ne fais pas de lobbying auprès des parlementaires, je ne fréquente pas le monde politique.» Interrogé sur ce point par Rue89, l'auteur avait déjà assuré n’être «pas du tout dans le marigot politique droitier». Certes. C’est pourtant auprès de ce marigot qu’il a assuré une partie de la promotion de ses livres.

En janvier 2007 par exemple, il partageait une galette des rois autour de son ouvrage Être de droite, un tabou françaisen compagnie de l’UMP La Garenne-Colombe. Trois ans plus tard, il répondait à l'invitation des jeunes UMP de la 11ème circonscription des Hauts-de-Seine, pour parler de son livre Dans la tête d’un réac, à la permanence UMP de Montrouge«Oui, j’ai fait deux/trois prises de parole avec l’UMP, affirme-t-il. Je suis en empathie avec ce parti, mais je ne suis pas militant. Si on m’avait invité à gauche, j’y serais allé. Et puis pour tout dire, j’aurais rêvé que les gens de l’UMP me réserve un meilleur accueil. A chaque fois, c’était un peu petits bras, il y avait une quinzaine de militants tout au plus.»

 

 

 

«Si l'UMP m'avait commandé un livre, je leur aurais vomi dessus»

 

S'il se défend de fréquenter «les gens de l'UMP» et les proches de Nicolas Sarkozy, Éric Brunet indique cependant avoir connu dans sa jeunesse le conseiller en communication du chef de l'État, Franck Louvrier. C'est d'ailleurs lui qu'il a contacté pour rencontrer le président en commencant à travailler sur son livre. «Je le voyais à Nantes quand j'avais 20 ans et je l'ai recroisé vingt ans plus tard lorsque j'ai fait une émission sur l'histoire du Palais de l'Élysée. J'ai passé trois jours à l'intérieur et je n'y ai même pas vu Sarkozy.» Quant à Edouard Courtial qui lui a proposé la légion d'honneur, il l'avait «croisé plusieurs fois dans l'exercice de (son)métier», mais dit ne jamais l'avoir fréquenté par ailleurs.

 

Des rencontres avec l'UMP, un livre qui défend farouchement le bilan de Nicolas Sarkozy... Éric Brunet serait-il le nouveau porte-parole du président ? «C'est humiliant que l'on puisse le penser !, se défend-il. Je ne suis pas le dir'com' de Sarkozy, mais je le défends. Vous, journalistes, avez été cruels avec lui. Et contrairement à ce qu’on croit, il n’est pas bon en communication, il est mal entouré, ses experts en com' auraient dû faire le boulot que j’ai fait dans mon livre.» L'auteur de Pourquoi Sarko va gagner fait donc, à leur place, le job. Bénévolement et sans que personne n'ait rien eu besoin de lui demander. Une aubaine ou un calcul ?

«Je suis vexé que l’on puisse penser que mon livre est une commande, poursuit Éric Brunet. Je ne pourrais pas assumer une telle chose: je suis un anar de droite. Si l'UMP m'avait commandé un livre, je leur aurais vomi dessus. C’est mon éditrice chez Albin Michel, Lise Boëll, vexée que j'aie signé mon précédent ouvrage chez Nil, qui m'a demandé de faire quelque chose sur Sarko. J'ai d'abord dit non et peu à peu, le projet a emergé dans mon esprit. J'ai commence à bosser et j’ai appelé Franck Louvrier en lui demandant de m’organiser un rendez-vous avec le président Sarkozy. Il ne m'a pas répondu tout de suite et quelques jours après, j'ai reçu un coup de fil d’Alain Carignon que j'ai rencontré. Suite à cette entrevue assez courte, il m'a dit que c’était possible de voir Sarkozy. J'en étais même étonné.»

Cette rencontre a lieu un vendredi de juillet. Éric Brunet y consacre tout un chapitre de Pourquoi Sarko va gagner. Depuis, l'auteur dit ne plus avoir croisé le président. A peine a-t-il reçu un mot-type, «tapé à la machine, mais signé de sa main», pour le remercier de lui avoir envoyé son livre. «Je ne suis pas certain que mon ouvrage soit dans l’orthodoxie des militants. Je crois qu'il donne un coup de main aux gens de l’UMP, mais mon but sur le plan éditorial n'est pas militant. Je voulais juste dire aux confrères qu'ils ont déconné en oubliant la pluralité.» Aux confrères ? Les journalistes ?

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Publié dans Politique

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P
Bonjour, votre livre int"Pourquoi Sarko va gagner" n'est plus d'actualité!!! il faut en écrire un autre int:"Pourquoi Hollande a gagné"!!!je vous encourage à le faire, vous aurez des lecteurs!!!<br /> Sarko c'est fini, vous avez perdu tant de temps, pour rien!<br /> Cordialement
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D
<br /> <br /> Effectivement, Mr Brunet sarkolêtre émérite officie toujours sur RMC et n'a pas été sanctionné lui par les suffrages des auditeurs de cette station<br /> <br /> <br /> <br />