Accoyer et la guerre de 2012: des propos «indignes» et «choquants» pour le PS
Après avoir critiqué des propositions de Hollande, le président de l'Assemblée a laissé entendre que rater le rendez-vous de 2012 aurait des «conséquences comparables à celles provoquées par une guerre.»
«Chez nous, c’est massacre à la tronçonneuse», glissait ce matin Jean-François Copé, selon des participants à la réunion à huis clos du bureau politique de l’UMP. Si le patron du parti présidentiel parlait de la promptitude de son camp à riposter au projet de réforme du quotient familial étudié par l’équipe de François Hollande, cette stratégie très offensive s’est encore vérifiée dans la journée. Aux voeux de Bernard Accoyer. Evoquant une«année de vérité», le président de l’Assemblée nationale estime que la situation «ne saurait s’accomoder ni de flou ni de valses hésitations». Aux troupes UMP, il ajoute: «Ne nous y trompons pas: si nous ratons ce rendez-vous de la responsabilité et du courage, les conséquences économiques et sociales pourraient être comparables à celles provoquées par une guerre.»
Echaudés par la polémique «sale mec» et par l’attaque de Nadine Morano qui a jugé, ce mercredi, François Hollande «dangereux» pour la France, les socialistes ont condamné la sortie d’Accoyer, exigeant des excuses. Dans une interview à Libération.fr, la porte-parole Delphine Batho, rappelant que le président de l'Assemblée est «le quatrième personnage de l’Etat», déplore:«Le pouvoir actuel est en train de dévoyer les institutions.» La députée suspecte des «consignes depuis le bureau de Nicolas Sarkozy pour transformer les voeux de toutes les institutions en tribune politique».Allusion aux critiques formulées par François Fillon qui, lors de ses voeux lundi, avait dénoncé la «diabolisation infantile» du bilan du quinquennat par Hollande.
Lire l'interview de Delphine Batho
Jointe par Libération.fr, Najat Vallaud-Belkacem, autre porte-parole de Hollande, se dit choquée par le fait que Bernard Accoyer «utilise le prestige de ses fonctions pour exercer une menace sur les Français. Sait-il seulement ce qu’est une guerre? La guerre en ce moment-même tue des Français, en Syrie par exemple.»
La polémique a amené Bernard Accoyer à faire une mise au point, dans un communiqué dans l’après-midi. Il assure n’avoir voulu que «faire état d’un constat et d’une analyse qui ont vocation à s’appliquer quelle que soit la majorité qui sera en place à l’issue des prochaines échéances électorales».
«Vous dites avoir été mal compris. Mais la phrase que nous incriminons venait en conclusion d’un réquisitoire des propositions et des positions défendues par le parti socialiste et son candidat», notamment sur le quotient familial et le nucléaire, remarque Jean-Marc Ayrault. Dans une lettre qu’il adresse à Accoyer, le chef de file des députés PS lui demande des excuses pour ce «parallélisme aussi outrancier et caricatural» tandis que le président du Sénat, Jean-Pierre Bel (PS) regrette un «dérapage verbal» et appelle son homologue du Palais bourbon à «plus de retenue». Olivier Faure, secrétaire général du groupe PS à l’Assemblée, assure à Libération.fr que la sortie d’Accoyer «est aussi grossière que lorsque Valéry Giscard d’Estaing, en 1981, expliquait qu’une victoire de la gauche amènerait les chars russes à Paris. Dans la bouche du président de l’Assemblée nationale, la maison de la démocratie, ce registre de l’anathème est très choquant.»
«M. Accoyer s’honorerait en retirant ces propos indignes de sa haute fonction», réclame, à son tour, Laurent Fabius. «Dire qu’une alternance à gauche aurait des "conséquences économiques et sociales comparables à celles d’une guerre" donne une idée précise de la vision qu’a, de l’opposition, Monsieur Accoyer», fustige encore le député (PS) Henri Emmanuelli. «Dans ces moments de crise, on a besoin d’hommes et femmes intelligents et pas d’hommes et de femmes qui profitent d’un perchoir pour brailler», renchérit le porte-parole du PS, Benoît Hamon.
En réaction aux propos de Bernard Accoyer
En comparant une alternance démocratique et républicaine aux conséquences d’une guerre, Bernard Accoyer utilise le prestige de ses fonctions pour exercer une menace sur les Français : c’est tout simplement intolérable.
On voit se développer au plus haut niveau de l’UMP une véritable «stratégie de la terreur» qui ne fait pas honneur à la politique, encore moins à l’intelligence des Français.
La démocratie est une chose fragile qui se respecte : il faut que les hommes et les femmes de bonne volonté à droite, s’il en reste encore, se réveillent et lancent un appel à la raison pour faire cesser le massacre.
La «moranisation» des esprits doit s’arrêter aux frontières de Twitter et de Facebook : les tribunes et les institutions républicaines doivent être respectées.
C’est le genre de petite phrase outrancière qui ne sert qu’une chose : le vote pour Marine Le Pen.
Sait-il seulement ce qu’est une guerre, Monsieur Accoyer ?