Eradiquer les vieux démons

Publié le par DA Estérel 83

DA-Nancy

 

Il est désespérant de voir certains candidats socialistes à la Primaire – déclarés ou supposés – flanqués des groupuscules qui les soutiennent recourir aux vieilles recettes politiciennes pour tenter de tirer leur épingle du jeu de concurrence qui les obsède et espérer rafler la mise en pensant qu’ils usent de quelques « bons coups ». C’est pourquoi, en écho aux mises en garde de Jean-Louis Bianco et Gaëtan Gorce sur leur blog, nous croyons indispensable de réaffirmer ce que la situation interne au Parti socialiste exige.

L’oubli du sens de la Primaire

Dans l’esprit de ceux qui prônent depuis belle lurette la rénovation en profondeur du PS (Ségolène Royal, Arnaud Montebourg, les deux personnalités nommées ci-dessus et quelques autres), et conformément à la volonté des militants qui l’ont agréée, la Primaire doit être le dispositif permettant notamment de dépasser les courants, les écuries, les clans, les manies d’oligarques (Gaëtan Gorce dixit). Entretenir les vieilles querelles, les rituels désuets, les zizanies fratricides, c’est sans l’ombre d’un doute conduire le PS à la défaite assurée, au moment même où la victoire redevient possible.

Qu’un candidat de premier plan distille ses sous-entendus (DSK) ou se déclare solennellement (François Hollande), qu’une autre fasse comme si elle y songeait tout en souhaitant être poussée (Martine Aubry), et le sens profond de la Primaire est perdu de vue ! Si bien qu’en ce moment, par ces pratiques inopportunes, Primaire et Présidentielle sont en train de se confondre.

Prenons la récente déclaration de candidature de François Hollande depuis la ville de Tulle. Nulle surprise en réalité, tant elle a pu être annoncée, sous forme rapide et allusive, par l’intéressé ! Mais sa mise en scène imitait celles de Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac, qui s’inscrivaient, elles, dans le cadre d’une Présidentielle. Tous les ingrédients, symboliques ou désuets, y étaient : le fief et le terroir d’ancrage, l’ostension du recours, le réseau des soutiens, la complicité médiatique poussée ici jusqu’au ridicule, avec sa focalisation sur le nouveau look du candidat. Le tout avec la gravité qui sied en la circonstance et l’évocation émue de la grande aventure qui commence. On a tant parlé de l’indécision du personnage qu’il lui fallait sans doute en donner un démenti spectaculaire, au point de jouer à saute-mouton avec la Primaire en enfourchant la cavale de la Présidentielle et booster ainsi les sondages à venir le concernant.

Prenons à présent ces appels en faveur de la candidature de Martine Aubry, ces listes de soutiens venant d’élus et de cadres fédéraux. On se croirait vraiment dans la droite ligne d’une Présidentielle, au moment où les candidats du dernier sprint sortent de leur besace leurs listes de supporters ! Sauf qu’en la circonstance présente, l’intéressée imite son maître en mutisme en ne se déclarant pas et que la campagne officielle de la Primaire n’a pas commencé, comme le sait parfaitement tout Premier Secrétaire informé.

Le dévoiement du sens de la Présidentielle

La Présidentielle exige du candidat qui aura l’honneur de représenter le PS et peut-être la plus grande partie de la Gauche une véritable hauteur de vue, une motivation exemplaire, la capacité à proposer un projet – individuel et collectif – adapté aux réalités du pays et de l’époque.

Or, la compétition suprême est maintenant encombrée, de la droite à la gauche – d’une flopée de candidatures. Au sein même du PS, cet excès de candidatures relève d’un comportement stéréotypé qui ne prête plus ni à sourire, ni à s’enthousiasmer. Du coup, l’épreuve en est considérablement dévalorisée et réduite à un petit jeu où triomphe le bal des égos.

Ce trop-plein de candidatures de tous bords enferme Primaire et Présidentielle dans une lutte entre individus qui ravit la presse touchée par les anecdotes people et les entreprises de sondages obnubilées par les images superficielles, les sautes de popularité, les indices de sympathie et autres considérations du même tonneau.

Nous voulons la dignité du politique

Est-il besoin de rappeler que l’essentiel pour l’avenir d’un pays démocratique se joue et se jouera toujours dans la pertinence d’un projet politique assortie à la force d’une personnalité et au réseau d’alliances mis en place ?

A gauche, il ne peut exister, avec la chance de l’emporter, deux grands types projets : un projet social-démocrate qui propose une régulation plus ou moins forte du capitalisme et un projet de rupture, que certains qualifient de révolutionnaire et que d’autres baptisent altermondialiste. Les deux peuvent émaner de candidats socialistes et se respecter mutuellement. Mais la seule question qui vaille est celle de l’alternative à la société actuelle, voire à la civilisation de la surconsommation et de la pollution généralisée. Sans une composante écologique et sociale importante, sans réduction significative de l’économie capitaliste, tout projet timide sur ces points n’engagera aucun véritable développement humain.

On peut tenter de faire croire que l’emportera celui ou celle qui proposera le bon thème porteur – éducation, jeunesse, fiscalité, etc. – avec les bonnes formules décisives et les quelques propositions symboliques sur les salaires et le pouvoir d’achat que les classes populaires et moyennes attendent. Il les faudra sans conteste, mais cela ne suffira pas, car c’est ce qui est fait par la gauche à chaque Présidentielle. Or, la mondialisation en ses aspects délétères et la crise de 2007-2008 ont imposé la nécessité d’un changement radical de société.

C’est cette nécessité de métamorphoser la vie qu’un candidat socialiste digne de ce nom doit mettre sur la balance. Tel est le grand enjeu. Il ne peut s’accommoder de ces jeux d‘image et de langage prisés par l’un, de ces appels précoces à soutiens sollicités par l’autre, de ces zizanies des coulisses multipliées par les groupies de tous poils. Il faut impérativement se purger de toute velléité de constitution de clans. Ecouter les Français qui souffrent, entendre leurs droits fondamentaux, tracer la voie du courage pour changer la vie, tel est le seul projet de gauche qui vaille d’être arboré.

Il doit bien exister au PS une personnalité politique capable de l’incarner ! 

Noël Nel 

 

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Publié dans PS

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