Dur à avaler !
A trois semaines de la journée internationale de la femme, voici un rapport qui démontre que la France, patrie des droits de l'Homme, a encore bien du chemin à faire pour être également celui du droit des femmes. Commandée par Jeannette Bougrab, dirigée par Israël Nisand, chef du service gynécologique du CHU de Strasbourg, cette étude portant sur la sexualité des adolescents tire la sonnette d'alarme sur l'échec de notre politique de contraception.
Un échec qui saute aux yeux quand on regarde la courbe de progression de l'avortement chez les jeunes. Depuis 30 ans, celle-ci ne cesse de s'envoler. En 1990, on comptait moins de 9.000 IVG de mineures. Les derniers chiffres relèvent près de 12.000 avortements chez les 15-17 ans. Un chiffre affolant auquel on pourrait ajouter celui de 70.000 IVG chez les 18-24 ans...
Pourquoi un tel échec ? A deux mois de l'élection présidentielle, Israël Nisand n'hésite pas à mettre les pieds dans le plat: «C'est un sujet dont tout le monde se fout parce que cela concerne des jeunes filles démunies et qu'il n'y a pas d'enjeu électoral». On se souvient quel accueil avait été réservé à l'initiative de Ségolène Royal lorsqu'elle avait, la première, proposé de mettre en place un pack contraceptif dans les infirmeries scolaires de Poitou-Charentes.
Outre le niet sec et outragé du ministre de l'Education, elle avait dû faire face au conservatisme de nombreuses associations de parents. A l'évidence l'idée est en train de faire son chemin puisqu'aujourd'hui Jeannette Bougrab n'hésite pas à défier sa collègue de la Santé, Nora Berra, en plaidant pour une contraception gratuite et confidentielle pour les mineures. Et pas seulement dans les plannings familiaux mal répartis sur le territoire et donc inaccessibles aux jeunes. Il est en effet paradoxal que la contraception d'urgence (pilule du lendemain, IVG) soit gratuite pour les jeunes filles et pas la contraception régulière...
Il est clair que le tabou de la sexualité des adolescents est loin d'être encore levé. En témoigne, malgré le vote d'une loi sur le sujet en 2001, l'étiolement régulier des cours d'éducation à la sexualité devenus au fil des ans une variable d'ajustement des programmes... Or dans les pays où cette information est régulièrement faite, on observe parallèlement une baisse du nombre d'IVG. Inverser la triste tendance française exige surtout de réagir au plus vite à ce «vent de conservatisme» observé avec inquiétude par Jeannette Bougrab.
Un vent alimenté par les traditionalistes. Ceux des banlieues qui entendent régir la vie de leurs «soeurs». Ceux des catho intégristes qui sur un de leurs sites n'hésitaient pas hier à proclamer que «la mentalité contraceptive mène de facto à l'avortement» ou encore que «la contraception a pour conséquence de réduire la femme à un objet». Il est décidément plus que temps de rallumer les Lumières.