Du box aux urnes
Dominique de Villepin avait hier matin toutes les raisons d'arborer son plus large sourire. D'abord parce qu'après avoir été promis à la pendaison à «un crochet de boucher» et désigné comme «coupable» par Nicolas Sarkozy avant même l'ouverture de son premier procès, il venait de se voir relaxé pour la deuxième fois dans l'interminable feuilleton politico-judiciaire de l'affaire Clearstream.
Mais comment surtout ne pas imaginer la jubilation qu'a pu éprouver Dominique de Villepin en voyant avec quel empressement le secrétaire général de l'UMP s'est précipité pour lui déclarer que sa «porte» était «grande ouverte» et que l'UMP serait aux anges s'il pouvait au plus vite rejoindre cette «famille» à laquelle il manquait tant? Ainsi après six ans d'un combat d'une violence inouie entre personnalités du même camp, les couteaux seraient donc définitivement rangés?
A entendre Copé, on ne pouvait s'empêcher de penser à ces enfants rêveurs qui s'amusent à faire comme si. Comme si rien ne s'était passé et donc qu'on oublierait tous les coups bas, les manoeuvres, les perfidies pour ne retenir que les bons moments ...D'ailleurs, le Président renonçant à se porter partie civile pour ce procès en appel afin qu'on ne puisse en aucun cas le soupçonner d'acharnement, n'était-ce pas déjà un signal fort?
La mission confiée à l'ex-chef de la diplomatie cet été dans les pays de la révolution arabe ou la proposition -refusée - d'une circonscription de futur député des Français de l'étranger à l'ancien Premier ministre, n'étaient-ce pas là autant de gestes d'apaisement? Villepin allait-il être assez ingrat pour refuser la main tendue de ses «compagnons»? Eh bien, si on se base sur sa déclaration à la sortie de l'audience d'hier, on se dit que l'heure n'est pas vraiment encore au pardon des offenses...
Les dernières phrases de l'ancien Premier ministre sonnent comme un véritable acte d'accusation: «je veux croire que cette décision contribuera à rendre notre vieux pays moins vulnérable à la rumeur et à la calomnie, qui ne méritent que le mépris. Rappelons-nous: cette affaire été initiée à la veille de l'élection présidentielle de 2007. Comme j'aimerais que cela serve de leçon pour 2012».
Et pour enfoncer le clou si cela était encore nécessaire, voici que Me Metzner annonçant que son client demande à être entendu dans la nouvelle affaire des valises de billets de Robert Bourgi, s'interroge tout haut sur ce «dénonciateur qui était encore un collaborateur de Nicolas Sarkozy il y a un mois»...Voilà qui met fin à la manoeuvre de récupération de Jean-François Copé. Voilà surtout qui laisse entrevoir une élection dont l'issue -de procès DSK en procès Clearstream, d'éclosion accélérée d'affaires de tous genres en jets incessants de boules puantes- risque bien de se jouer autant dans les cabinets d'instruction que sur des projets, autant dans les box que dans les urnes.