DSK, l'annonce et le «storytelling» du sauveur de Washington

Publié le par DA Estérel 83

Mediapart  Par 

 

 

A défaut de savoir quelles seront les idées d'un Strauss-Kahn candidat, on admire chaque jour un peu plus son aisance, volontaire ou non, dans le storytelling du prétendant mystère. Toujours en poste à la tête du FMI, le peut-être héraut socialiste parvient toujours à occuper les gazettes, malgré son silence forcé sur l'actualité nationale. Nouvel épisode ce mercredi, avec la «petite phrase» de son épouse Anne Sinclair, déjà promue porte-voix officieuse en novembre dernier (voir la vidéo). Dans un article «exclusif» du Point, l'épouse fidèle lâche: «Je ne souhaite pas qu'il fasse un second mandat au FMI.»

Ni une ni deux, la strausskahnie et les médias s'emballent. Chouette, un épisode de plus qui va permettre de s'exprimer en disant qu'on en a envie, et que là ça sent bon la décision prise. L'occasion pour Pierre Moscovici, Manuel Valls ou Gérard Collomb de répéter à qui veut les interroger qu'ils se retireront «si Dominique y va».

Et tant pis s'ils ont assuré la veille que leur candidature était sérieuse, après que le premier lieutenant strauss-kahnien Jean-Christophe Cambadélis a annoncé sur son blog, depuis Dakar et le Forum social où il se trouve, leurs retraits après celui de... Jean-Louis Bianco («La clarification et l'unité sont en marche»). En même temps, cela évite de se prononcer plus avant sur l'Internationale socialiste et ses mises à l'écart de la dernière heure, ou de s'attarder sur le «modèle économique tunisien» vanté par DSK en 2008, avant d'être décoré par Ben Ali.

Jusqu'ici, on passait le temps avec des sondages, toujours plus irréels ou biaisés, ou alors aux questions alambiquées (ah, la magnifique «Pensez-vous que DSK va se présenter?»), donnant un peu de grain à moudre aux grands éditorialistes pour trousser leur éloge de «l'inévitable-candidat-obligé-du-PS-sinon-c'est-la-catastrophe» (lire notre précédent décryptage).

Désormais, les soutiens locaux piaffent et ne parviennent plus à résister de clamer haut et fort leurs soutiens (comme par exemple les élus rhône-alpins autour de Michel Destot et Gérard Collomb), tandis que le Club DSK (composé d'anciens du MoDem ou d'élus radicaux) poursuit sa relative implantation sur le territoire.

Pendant ce temps, «la strausskahnie canal historique» (pour résumer, autour de Cambadélis, ceux qui ont soutenu Martine Aubry au dernier congrès) ressasse l'éternelle rengaine, destinée à bien faire comprendre que, vraiment, le phénomène DSK n'est pas ce que l'on croit: «Ceux qui parlent ne savent pas, ceux qui savent ne parlent pas.» Puis s'épanche dansLibération pour dédramatiser les premières baisses dans les sondages, tout aussi artificielles que la précédente hausse irrésistible.

La rumeur du 28 mai, pas si idiote

Le blogueur Romain Blachier (et élu strauss-kahnien lyonnais) a lui pris le risque de glisser un grain de sable «rumoral» dans la mécanique communicationnelle du retour de la revanche du sauveur de Washington,annonçant une «sortie du bois» de DSK pour le 28 mai. Tempête chez les différentes divisions de DSK, et démenti dans la foulée par les hautes sphères de l'entourage. Pour autant, le timing aurait toutes les raisons d'être celui-ci, si jamais l'ancien ministre des finances de Jospin disait oui.

Le 28 mai est ainsi la date prévue pour la convention des conventions socialistes, et quoi de mieux quand on est resté silencieux d'émerger le jour même du dévoilement du projet du parti dont on souhaite porter les couleurs.

En outre, le scénario du départ du FMI semble couler de source: les 26 et 27 mai aura lieu le G8 à Deauville, alors autant surfer immédiatement sur le sentiment du travail bien fait, plutôt que de continuer à grenouiller aux côtés de Sarkozy en vue de la préparation du G20, qui aura de toute façon lieu en novembre, après les primaires PS. Bonus non négligeable d'une telle hypothèse: organiser une passation de pouvoir avec un successeur venu d'un pays émergent, une idée que DSK défend depuis longtemps et qui serait une première pour le FMI. Et de rêver à une poignée de mains symbolique avec un Lula, qui vaudrait caution de gauche et permettrait presque de s'éviter un déjeuner avec Benoît Hamon, pour donner des gages à l'aile gauche du PS.

Quant au bilan du FMI, au-delà d'une «organisation de la gauche mondiale» qu'il a défendue sur France Inter, un livre va s'en charger. D'après les épreuves, l'ouvrage «vendu» comme un bilan de l'action de Strauss-Kahn ressemble davantage à une hagiographie où les petites anecdotes pipoles sont légion. «Récit exclusif» de la journaliste Stéphanie Antoine, «DSK au FMI. Enquête sur une renaissance» sera publié au Seuil le 17 février, à la veille du G20 des ministres des finances, réunion de préparation du G20 de Cannes, les 18 et 19 février à Bercy.

Pour le bouquin plus politique, c'est à Claude Askolovitch qu'a été confiée l'écriture d'une bio autorisée et intitulée «Un inconnu nommé DSK». Déjà reporté de janvier à avril, sa sortie devrait être reportée pour juin, peu avant l'ouverture des candidatures socialistes à la primaire. Peut-être y sera-t-il dévoilé quel corpus idéologique et programmatique Strauss-Kahn entend proposer à la France. Le sien propre, nourri par les notes de ses conseillers, ou celui du PS. Ou un peu des deux. Pour l'instant, on n'en sait rien. Mais peut-être qu'Anne Sinclair répondra avant à cette question.

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Publié dans PS

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