Douche écossaise
Encore une minute, Monsieur le bourreau... Renvoyée au coin par l'agence de notation Standard and Poors avec une note dégradée, la France vient de bénéficier hier d'un sursis assez inattendu. Voici en effet que, 72 heures après le coup de tonnerre de vendredi soir, l'agence Moody's, deuxième agence de notation mondiale, maintient pour sa part le triple A tricolore. Et du même coup voilà Nicolas Sarkozy qui, après avoir été affublé tout un week-end d'un bonnet d'âne en forme de double A, - ce qui lui donnait toutes les raisons de se faire du mouron à moins de cent jours de la Présidentielle - retrouve un peu le sourire.
Oh certes cette nouvelle notation moins pessimiste est bien loin de faire sortir notre pays de la zone de turbulence dans laquelle toute l'Europe se trouve embarquée. Mais elle laisse un répit de trois mois à la France... Pour le président, le sursis pourrait même être prolongé... de trois nouveaux mois. Ce qui ferait évidemment bien l'affaire du candidat.
Moody's donne même crédit à Nicolas Sarkozy - ce qui n'était pas le cas pour Standard and Poors - de sa volonté de réduire le déficit public à 3% en 2013 et juge «positives» les mesures prises par le gouvernement pour y parvenir. Une bonne nouvelle n'arrivant jamais seule, la bourse de Paris, comme les autres places européennes, est restée de marbre face à ces appréciations contradictoires. L'euro, lui, est resté ferme. Et l'Agence France Trésor qui gère la dette de la France n'a pas boudé son plaisir d'annoncer avoir levé hier après midi plus de 8 milliards et demi d'euros de bons du Trésor à un taux en baisse par rapport à celui qu'elle avait obtenu pour une pareille opération avant la dégradation de vendredi !
Il ne faudrait pas que cet épisode et les divergences entre agences de notation, accusées déjà de tous les maux - à commencer par les politiques qui pourtant semblent être obnubilés par elles - fassent oublier l'essentiel. A savoir que le poids de la dette dans les pays européens est certes devenue insupportable mais que son remboursement à marche et à taux forcés ne peut que tuer dans l'oeuf toute perspective de redémarrage de l'économie, donc de l'emploi. Que la rigueur si elle est nécessaire ne peut être acceptée que si les efforts qu'elle réclame sont équitablement répartis. Que ce n'est pas dans moins d'Europe mais dans une plus grande intégration européenne que nous pouvons espérer le salut.
L'épisode d'hier qui après le froid fait souffler un peu de chaud, n'est sans doute que l'annonce d'une longue séquence où nous n'avons pas fini d'être soumis à un phénomène de douche écossaise. Car, n'en doutons pas, les temps qui s'annoncent vont être durs. Seuls les illusionnistes peuvent prétendre le contraire. Espérons que les candidats sauront hausser leur niveau de pédagogie et leur exigence de vérité pour éviter le piège de la démagogie et du populisme. Un piège qui lui se paierait cash.