Donné pour "mort" fin 2008 , le PS se réinvente en faisant appel aux intellectuels
29/08/2010
A la fin de 2008, le Parti socialiste était laissé pour mort. "On est à la fin d'un cycle. Le PS est dans la situation du PCF de la fin des années 1970, quand la désintégration s'amorçait et qu'on tentait de la conjurer par des formules incantatoires sur - déjà - la "refondation" et la "rénovation". Martine Aubry est sûrement quelqu'un de très bien mais elle est dans le rôle de gardien de la maison morte et elle n'y peut rien", déclarait alors le philosophe Bernard-Henri Lévy dans un entretien au Journal du dimanche.
Au sein même du parti, des voix s'élevaient pour déplorer son état critique. Le député-maire d'Evry, Manuel Valls déclarait dans Sud Ouest, à l'issue des élections européennes 2009, que "le mot socialisme est sans doute dépassé" et proposait de rebaptiser son mouvement.
Après deux ans de crise économique, après un été qui a commencé avec l'affaire Woerth-Bettencourt et qui s'achève par un débat musclé sur la sécurité, les expulsions de Roms et la bataille des retraites, le vieux PS semble retrouver des couleurs. Les derniers sondages donnent gagnants à la présidentielle de 2012 deux de ses leaders, Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn. Le signe est encourageant, mais le chemin ne fait que s'ouvrir devant eux.
Car la bataille des idées, si elle est engagée, n'est pas encore achevée. 57 % des Français pensent que la gauche au pouvoir ne ferait pas mieux que la droite. A peine lui reconnaît-on un sens social plus aigu et une relative éthique, ce qui est d'ailleurs en phase avec le travail interne du parti qui, à ce jour, n'a rédigé que deux chapitres de son projet présidentiel, justement consacrés le premier à l'économie et le second à la rénovation.
Pour aider à cette rédaction, le PS a créé un outil, le Laboratoire des idées, présidé par le député de la Nièvre, Christian Paul. A La Rochelle, il doit faire la démonstration du chemin parcouru depuis deux ans. Trois personnalités invitées à l'Université d'été nous ont expliqué leurs points de vue sur l'état de santé du parti.
Michel Wieviorka, sociologue, directeur du Centre d'analyses et d'interventions sociologiques à l'Ecole des hautes études en sciences sociales "Je peux affirmer que le PS a cessé d'être un objet mort, une figure inexistante aux yeux de nombreux intellectuels. Ne me faites pas dire qu'il y a vers lui un afflux massif de chercheurs, mais beaucoup d'entre eux estiment que c'est là que ça peut se passer.
On ne leur demande plus des notes de deux pages, ou de plancher une demi-heure devant quelques responsables. Ce sont des collaborations au long cours. Cela permet au PS de disposer de documents de travail approfondis sur des questions que beaucoup de gens se posent, comme l'invention de politiques publiques que le PS entend désormais centrer, c'est une rupture dans sa doctrine, sur des personnes singulières et non plus des groupes d'individus."
Myriam Revault d'Allones, philosophe, professeur à l'Ecole pratique des hautes études "Je suis invitée à La Rochelle à un débat intitulé "Faire société", après la publication de mon livre, Pourquoi nous n'aimons pas la démocratie (Le Seuil, 13 €). Il sera évidemment question de philosophie politique, de lien social, d'expérience démocratique, et même de dé-démocratisation, phénomène inquiétant né de la politique de la droite en France ces dernières années, auquel chacun doit sérieusement réfléchir. Ces raisons m'ont amenée à accepter cette invitation comme d'autres qui ne sont pas encartés au PS.
Je n'ai jamais cru à la mort clinique de ce parti. Mais j'ai longtemps regretté que le PS ne se lance pas dans le débat d'idées. Il faut voir maintenant comment le parti arrive à faire le lien entre la réflexion approfondie et l'action concrète. Je suis donc prudente mais intéressée."
Camille Peugny, sociologue, maître de conférences à l'université Paris-VIII "J'ai été contacté après la sortie de mon livre, Le Déclassement (Grasset, 15,50 €). Le PS était alors au fond du trou. En tant que chercheur, j'étais le premier à pester que la gauche ne s'intéresse pas aux travaux des sciences sociales. Après m'être demandé si ce genre d'endroit était bien ma place, j'ai estimé que rejoindre le Laboratoire n'était pas vendre mon âme, mais l'occasion d'interpeller le politique sur un certain nombre de questions et de réfléchir avec lui aux moyens de traduire nos réflexions dans l'action politique concrète.
J'ai ainsi participé à un groupe de réflexion sur le partage des richesses, rassemblant sociologues, philosophes et représentants des entreprises. En tant que chercheur, je dirai que le Parti socialiste réfléchit intelligemment ; en tant que citoyen, je dirai qu'il se porte mieux."