Des roses et des épines
Trente et un ans après François Mitterrand, un socialiste va entrer à l'Elysée. Hier soir, à Tulle, François Hollande a fêté sur l'air de la «Vie en rose» cette victoire historique. Moment de fête provinciale avant celle qui l'attendait quelques heures plus tard à la Bastille. Instants rares de félicité à savourer sans modération tant l'avenir, lui, est bien loin d'être rose pour le nouveau président, comme le lui avait rappelé quelques minutes plus tôt un Nicolas Sarkozy, parfaitement digne dans la défaite.
Celui qui se veut un «Président normal» sait en effet parfaitement que son chemin pour redresser le pays est parsemé d'épines. Thomas Hollande, premier à réagir à la victoire de son père hier soir, a aussi, après avoir dit sa fierté, été le premier à noter que «cela allait être dur»... Ségolène Royal n'a pas dit autre chose en notant: «On aura besoin de tout le monde». Face à une France et à une Europe en crise, François Hollande dispose d'armes solides.
Son tempérament de rassembleur, de conciliateur, son esprit d'ouverture, son volontarisme tranquille peuvent aider à réconcilier un pays aujourd'hui fragilisé par trop de «ruptures», trop de «coupures», éreinté par le chômage mais aussi par les injustices. François Hollande a demandé hier soir à être jugé sur deux «engagements majeurs»: la justice et la jeunesse. Son combat, il devra d'abord le mener en Europe. Si «l'Europe nous regarde», comme s'en est félicité hier soir François Hollande, c'est à lui de convaincre nos partenaires, à commencer par l'Allemagne, que si cette Europe entend représenter un avenir elle doit marcher sur ses deux pieds: pas seulement celui de l'austérité, mais aussi celui de la croissance.
Et puis, dès ce matin, un autre combat attend le nouveau pouvoir: mener à bien la bataille des législatives. Pour enraciner le «changement» et amplifier le rassemblement.