Des chiffres et... des chiffres

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

Les Français ont déclaré avoir été victimes de quatre millions  de vols en 2010 soit... près de trois fois plus que les chiffres officiels faisant état de 8,5 millions de personnes ayant porté plainte.

 

Alors qu'il ne fait aucun doute que l'un des principaux axes de campagne de Nicolas Sarkozy portera sur la sécurité, voici une étude qui vient sérieusement contredire les déclarations répétitives et tonitruantes sur le recul de la délinquance.

 

L'enquête de victimation publiée hier pour la cinquième fois en France par l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) tranche en effet assez nettement avec les chiffres officiels.

C'est ainsi, par exemple, que les Français ont déclaré avoir été victimes de quatre millions de vols en 2010 soit... près de trois fois plus que les chiffres officiels faisant état de 8,5 millions de personnes ayant porté plainte. Même si certaines personnes ont pu jouer de malchance et être volées à plusieurs reprises, à l'évidence, il y a un loup...

Or comme ces chiffres officiels sont par ailleurs publiés mensuellement par ce même observatoire, chacun comprendra qu'il va être difficile pour le gouvernement de mettre en cause l'impartialité de celui-ci. Alors où est le loup ? Selon l'un des membres de l'Observatoire, l'écart viendrait d'un taux de plaintes déclarées très faibles.

Négligents les Français ? Peut-être. A moins que découragés par l'absence de résultat après avoir déposé plainte lors d'un premier vol, ils se découragent à l'occasion du second. Ou pire: qu'on ne les décourage de porter plainte pour des faits jugés véniels. Ou encore que ces plaintes soient rapidement classées sans suite et disparaissent ainsi des statistiques. Résultat: selon l'un des responsables de l'Observatoire, il y a «pour certains types de délits dix fois plus de victimes que de plaintes enregistrées et moins d'un Français sur dix déclarant déposer plainte».

D'où l'intérêt de ces enquêtes de victimation pour compléter des statistiques un peu trop optimistes pour être tout à fait honnêtes. Cette analyse de l'Observatoire qui s'appuie sur une enquête menée auprès de 17.000 personnes met également en évidence la montée d'un sentiment d'insécurité chez les personnes interrogées.

Parallèlement à cette montée de l'angoisse du cambriolage, de l'intrusion violente de cambrioleurs à leurs domiciles ressentie aujourd'hui par près de 15,8 % des interviewés (13,3 % en 2008), les Français perçoivent la délinquance comme «préoccupante» pour 16,4 % d'entre eux. Presqu'autant que la pauvreté (19 %) même si le chômage arrive nettement en tête (36 %).

Nul doute que cet éclairage de l'ONDRP sera largement utilisé lors de la bataille de chiffres à laquelle ne vont pas manquer de se livrer les candidats. Une bataille déjà commencée d'ailleurs avec ce tract de l'UMP diffusé à 3 millions d'exemplaires où il est écrit que l'insécurité a reculé entre 2002 et 2019 «de 17 % avec la rétention de sûreté qui permet de maintenir en prison les délinquants les plus dangereux».

Dommage que la loi votée le 25 février 2008 ne soit applicable qu'en 2023. Encore un loup ?

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Publié dans Société

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