De Madrid à Varsovie: mouvement social ou barouds d'honneur ?
Régis Soubrouillard 30/09/2010
Plusieurs manifestations contre les mesures d'austérité ont été organisées mercredi en Europe, de la Grèce à l'Espagne, en passant par la Pologne. A Dublin, un homme est allé jusqu'à bloquer les portes du Parlement irlandais au moyen d'un camion pour protester contre le sauvetage onéreux des banques. Avant les manifestations contre les retraites, prévues ce samedi, en France.
l y avait 56.000 personnes selon la police, 100.000 selon les syndicats. A Bruxelles, comme à Paris, compter les manifestants est un art difficile. Quoiqu’il en soit, la capitale européenne est devenue mercredi le théâtre de la grogne sociale qui enfle dans les 27 pays membres de l’Union européenne. Des dizaines de milliers de manifestants réunis pour une euromanifestation pour dire « stop à l'austérité ».
Déjà les syndicats évoquent le plus vaste mouvement social européen jamais organisé contre des mesures envisagées par l’Union Européenne.
La dernière mobilisation importante de ce type remonte à décembre 2001, où la Confédération Européenne des Syndicats avait mobilisé 80.000 personnes dans la capitale européenne pour réclamer « plus d'Europe sociale ». Les syndicats espèrent peser sur la Commission européenne, qui présente ses plans pour sanctionner les pays de la zone euro trop laxistes d'un point de vue budgétaire.
UNE CONSOMMATION D'ÉLECTRICITÉ EN CHUTE DE 18% EN ESPAGNE
- Une grève générale en Espagne, la première de l’ère Zapatero. Les Espagnols protestaient mercredi, contre la réforme du marché du travail et le plan de rigueur du gouvernement. Même querelle de chiffres. Une goutte d’eau selon la police, un raz de marée pour les syndicats. Les syndicats espagnols ont estimé que dix millions de salariés, soit un sur deux, avait cessé le travail, mentionnant dans des communiqués des taux de participation de près de 100% pour l'industrie sidérurgique et un « arrêt total » pour les entreprises du secteur automobile. Indice de la baisse d'activité dans le pays, la consommation d'électricité était inférieure à la mi-journée de 17,6% par rapport à la normale, a tout de même reconnu le Ministre du Travail…
- à Varsovie, des milliers de salariés polonais ont manifesté sous la pluie pour protester contre les plans gouvernementaux destinés à geler les salaires et augmenter certaines taxes. Ils ont réclamé des garanties en matière de sécurité de l'emploi et l'abandon des plans prévoyant la hausse de taxes. Après des manifestations de camionneurs, des arrêts de travail de personnels médicaux et des employés de chemins de fer ont été constatés en Grèce.
- à Dublin, la police a annoncé l'arrestation d'un homme de 41 ans, après l'action d'un individu qui a bloqué les portes du Parlement à l'aide d'une bétonnière, pour dénoncer le plan de sauvetage onéreux des banques. Sur le véhicule, étaient inscrits en lettres rouges les mots « Toxic Bank », apparemment en référence à l'Anglo Irish Bank, nationalisée l'an dernier pour sauver l'établissement de l'effondrement, ainsi que la phrase tous les hommes politiques devraient être renvoyés ».
- au Portugal, la première confédération syndicale portugaise CGTP, proche du parti communiste, organisait des manifestations à Lisbonne et à Porto. Les deux principales centrales syndicales en Pologne, Solidarité et OPZZ, ont appelé à manifester devant le siège du gouvernement. D'autres rassemblements sont annoncés en Irlande, en Italie, en Serbie, en Lettonie. En France, enfin, des nouveaux rassemblements sont prévus samedi contre la réforme des retraites.
DÉMONSTRATION DE PUISSANCE OU PÉTARD MOUILLÉ ?
Une addition de mécontentements qui dit bien l’ampleur de l’abattement social des populations européennes. De là à annoncer l’émergence subite d’un mouvement social européen… Certes, les mouvements sociaux présentent tous indiscutablement un ensemble de traits communs qui leur donnent un air de famille. Pour autant, la mobilisation apparaît largement dispersée dans ses objectifs tant les revendications diffèrent d’un pays à l’autre.
Un flou artistique résumé par le Guardian qui estime que la semaine sera évidemment un« test de la puissance résiduelle des syndicats dans une ère de « capitalisme de casino » et de gouvernements en faillite » mais qui pourrait « tout aussi bien n’être qu’un pétard mouillé bruyant, une démonstration d'impuissance ». A double tranchant.