De l'art de récupérer les fuites...
Alors que les Français avaient hier le nez en l'air, partagés entre inquiétude et humeur printanière selon qu'ils redoutaient la nocivité ou l'innocuité du nuage radioactif débarqué au-dessus du pays à la suite de la fuite de la centrale de Fukushima, c'est une autre fuite, d'origine médiatique celle-ci, qui les a ramenés à une réalité plus terre-à-terre. Selon le journal économique «Les Echos», EDF a présenté aux pouvoirs publics un dispositif qui devrait amener à augmenter le tarif de l'électricité des particuliers de 5,1 % à 6,5 % par an jusqu'en 2015. Soit une hausse de 28 à 37 % en cinq ans !
Un véritable tsunami pour les finances des ménages français qui viennent déjà d'«encaisser» une hausse de 6 % de cette même électricité depuis le 1er août. Sans compter l'envolée du prix du gaz et les records battus par ceux du carburant et du fioul.
Sale coup aussi pour le gouvernement qui se serait bien passé de cette annonce entre deux tours d'élections. Pour faire face à la levée de boucliers qu'a provoquée une telle perspective de hausse, le ministre de l'Industrie a évidemment démenti «catégoriquement». Pas question de telles augmentations a martelé Eric Besson ! Mais c'était juste quelques heures avant que le même Besson soit obligé de concéder qu'il y aurait, malgré tout, une «légère augmentation» de l'électricité cet été...
A dire vrai, la révélation des «Echos» ne surprendra que ceux qui avaient oublié qu'à l'été 2009 - c'est ce qui d'ailleurs lui avait coûté son poste... - l'ancien PDG d'EDF, Pierre Gadonneix, avait demandé le premier et sans doute trop fort une augmentation des tarifs sensiblement du même ordre. La question n'est donc pas de savoir si l'électricité va augmenter mais de combien...
Le comble c'est que ces augmentations sont liées à l'ouverture du marché de l'énergie à la concurrence et à la fameuse loi Nome. Pour comprendre ce paradoxe - ne nous a-t-on pas répété que la concurrence avantageait toujours le consommateur ? - il faut savoir que cette loi oblige EDF à vendre un quart de sa production à d'autres opérateurs. Mais parallèlement elle prévoit que les tarifs des particuliers seront alignés sur le prix de gros consentis à ceux-ci. Or EDF, qui doit investir et seule, n'entend pas faire de cadeaux à ses concurrents...
Et voilà comment l'Etat, qui est pourtant actionnaire à plus de 80 % d'EDF, se retrouve pris à son propre piège idéologique. Et voilà comment après nous avoir expliqué ces derniers jours que le choix du nucléaire français était «stratégique» car il nous garantissait des prix d'électricité inférieurs de 40 % aux autres Européens avec les centrales les plus sûres du monde, on nous prépare à des augmentations record. Tout ceci en nous expliquant que ce rattrapage tarifaire par rapport à nos voisins est incontournable si on veut continuer à avoir des centrales sûres.
Un argument réversible qui tombe à pic le jour où le Japon nous envoie un petit panache de sensibilisation.