Dans les Hauts-de-Seine, le clan Sarkozy-Balkany est menacé

Publié le par DA Estérel 83

Mediapart

 

 

«Tout ce qui se passe dans les Hauts-de-Seine a un écho dans le reste du pays», a lancé le sénateur socialiste Robert Badinter, le 17 mars, lors d'un meeting à Montrouge. Dans le «92», fief de Nicolas Sarkozy et pépinière de ministres (5 sur 30 sont nés à Neuilly), deux clanss'affrontent: celui de Patrick Devedjian, patron du département, et celui des Balkany-Sarkozy. Pendant ce temps-là, l'opposition se frotte les mains et les candidatures sans étiquette se multiplient (lire notre article du 17 février).

En 2008, les élections municipales et cantonales avaient révélé quelques premières fissures dans l'empire bâti par Charles Pasqua et Nicolas Sarkozy (lire notre état des lieux). La citadelle Neuilly avait été conquise par le divers droite Jean-Christophe Fromantin. A Asnières, Manuel Aeschlimann, l'ancien «Monsieur opinion» du président, au pouvoir depuis 1999, avait été détrôné par une liste de rassemblement emmenée par la gauche. A Puteaux, tenue par la dynastie Ceccaldi-Raynaud depuis près de 40 ans, Christophe Grébert et sa liste d'union avaient recueuilli 25% des voix.

L'an dernier, aux régionales, la gauche l'a emporté dans le département avec 51,6% des voix. Elle espère bien gagner encore du terrain à l'occasion des cantonales. Le PS mène une campagne très offensive à coups d'affiches barrées d'un «le système UMP, ça suffit!»«Avant c'était une terre de mission pour la gauche, maintenant c'est une terre de conquête», explique Pascal Buchet, conseiller général et président de la fédé PS du 92. Martine Aubry n'a-t-elle pas choisi Clamart pour son discours sur le logement social, le 16 février?

Le département, à droite depuis 45 ans, ne devrait pas basculer. Mais le déverrouillage de Neuilly, la capitale du «92», fait bouger les lignes. Outre cette ville, où la victoire de Fromantin semble probable face à la sortante Marie-Cécile Ménard, successeur de Nicolas Sarkozy en 2007 et amie de Cécilia ex-Sarkozy, Christophe Grébert (MoDem) repart à l'assaut à Puteaux et Arnaud de Courson (divers droite) défie Isabelle Balkany à Levallois. Mediapart s'est rendu à Neuilly et Levallois, terres de Jean Sarkozy et des Balkany. Une partie de la population y conteste le «clan» du président et le népotisme sarkozyste.

 

J-C. Fromantin lors d'une réunion d'appartement
J-C. Fromantin lors d'une réunion d'appartement© M. Turchi

 

Ce vendredi soir, rue Pauline Borghèse, à Neuilly, ils sont une trentaine à s'être déplacés pour une «réunion d'appartement» autour de Jean-Christophe Fromantin. En trois ans, le maire a organisé une quarantaine de réunions de ce type. «En face, ils n'ont jamais eu à faire campagne, car le vote s'est toujours fait sur l'étiquette, donc ils sont un peu pris de court», explique-t-il. D'autant plus que son adversaire, officiellement soutenue par l'Elysée,«n'a pas le soutien de l'UMP locale», assure-t-il.

Devant son petit auditoire, un verre de Badoit à la main, Jean-Christophe Fromantin passe en revue les enjeux locaux et justifie sa candidature dans le canton de Neuilly-Nord: «Il faut avoir les deux manettes pour agir sur les deux dimensions, municipale et départementale.» Lorsqu'une question souligne les affrontements à droite dans les Hauts-de-Seine, il la balaye d'un revers de la main: «Ce qui se passe, c'est qu'un parti est en train de se faire la guerre publiquement, deux clans se battent à mort. Je ne veux pas passer mon énergie à jouer les snipers. Si demain je suis élu, je conserverai mon indépendance chevillée au corps», affirme-t-il, rappelant tout de même qu'«à la base (il est) de droite».

«En 2008, Sarkozy m'a dit: “Vous prenez le fils sur votre liste et je vous sponsorise votre campagne de député”. Quand je vois comment Devedjian a le fiston dans les pattes aujourd'hui, je me dis que ma liberté est unique...», ironise-t-il. Sourires dans la salle. Cette «liberté» revendiquée, c'est justement ce qui séduit dans cette ville gérée depuis 1983 par Nicolas Sarkozy puis son adjoint.

 

«On ne veut surtout pas du petit Sarkozy à Neuilly!»

Tous mentionnent «son absence d'étiquette politique», son«indépendance», sa «transparence», sa «modernité» et son «image de proximit黫Fromantin a dit merde à Sarko», se réjouit Fabrice, jeune cadre dans l'industrie de la santé, depuis dix ans à Neuilly. «Il va vers les gens. Il a créé “Neuilly dimanche”, un rendez-vous à 9h30 place de la Mairie pour aller courir, ça maintient le lien.» Nicolas, un trentenaire qui travaille dans la banque et habite la ville depuis sept ans, apprécie que le maire «ne soit pas accaparé par les querelles partisanes». «Je vote à droite, par tradition j'aime bien Sarkozy», sourit Nathalie, hôtesse d'accueil native de Neuilly. Mais je pense qu'il y a de bonnes idées dans tous les partis, et j'apprécie que Jean-Christophe Fromantin n'appartienne à aucun.»

«D'un point de vue électoraliste, tout était fait pour entretenir le vote Sarkozy», raconte Fabrice, qui a voté au centre pour les législatives et Sarkozy en 2007, «plus par défaut que par convictions»«Il n'y avait pas de politique pour les jeunes, il fallait juste s'assurer que la population âgée de Neuilly soit confortable et vote Sarkozy. Fromantin, lui, se bat pour les crèches.»

Nicolas, lui, se dit peu politisé, mais se réjouit de «voir Neuilly, la ville de Sarkozy, se rebeller». «En 2008, j'ai bien aimé le coup de gueule contre (David) Martinon (le candidat initialement investi par l'Elysée pour les municipales - ndlr). Aujourd'hui, on a d'un côté un type qui a loupé trois fois de suite son année de droit (Jean Sarkozy, conseiller général du canton de Neuilly-Sud - ndlr), de l'autre un chef d'entreprise. On ne veut surtout pas du petit Sarkozy à Neuilly!», ajoute-t-il.

Jean-Philippe, chef d'entreprise installé ici depuis vingt ans, électeur de droite, a voté Nicolas Sarkozy en 2007, mais avoue qu'il «aurai(t) du mal à remettre un bulletin pour lui dans l'urne»«Sur le fond, je suis satisfait. Sur la forme, il n'y a pas plus détestable. Sa personnalité, sa façon de s'exprimer, de s'adresser aux gens (“Casse-toi pauv' con”) ses réactions épidermiques, les Roms... Envoyer 300 CRS pour balancer les Roms ailleurs, ce n'est pas une solution...», s'agace-t-il.

Localement, il aimerait un changement. «On a eu le système Pasqua, le système Sarkozy... Tout ça est un clan. C'est cela qu'il faut faire changer avec Fromantin.» «Sarkozy tire les ficelles dans les Hauts-de-Seine, mais on a l'impression qu'il s'est un peu retiré depuis l'affaire de l'Epad», affirme-t-il. Le fils s'est fait griller avec ce népotisme. Jean Sarkozy est un vrai politicien, il a un discours, mais il n'a jamais été confronté à un budget.»

Nadia et Jean-Louis, à Neuilly depuis plus de 60 ans, sont venus à cette réunion «par curiosité». Et parce que Jean-Christophe Fromantin «est de droite, il l'a rappelé, il n'y a pas de doute». Lui a 61 ans, est directeur commercial chez Veolia. Elle travaille dans une société d'agent export. Jean-Louis aime raconter qu'il était «dans l'équipe de Sarkozy» quand, «un samedi sur deux» l'actuel chef de l'Etat «réunissait (celle-ci) dans une petite salle de la mairie pour tester ses idées». Il reconnaît que les Hauts-de-Seine souffrent d'une «mauvaise image» mais, dit-il, «je m'en fiche un peu du temps que tout se passe bien (à Neuilly)».

Nadia, elle, estime que «Jean-Christophe Fromantin fait bouger les choses. Les Neuilléens préfèrent le statu quo en général, du coup ça ne bougeait plus»«Sarkozy-Neuilly, c'est fini maintenant», intervient Jean-Philippe, espérant que «Fromantin fera des émules...»«Je suis juste sceptique sur sa capacité à dupliquer cette méthode à l'échelon national. Jusqu'où il peut aller?», interroge Fabrice.

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Jean-Christophe Fromantin s'étonne lui-même de ces projecteurs braqués sur lui. Et se réjouit du concert de louanges médiatiques: un portrait dans Libération, qui le dépeint en «rocky altoséquanais», une page dansParis Match («l'indomptable de Neuilly»); la Une de l'édition régionale du Point; il est «à l'assaut du “système” sarkozyste» dans Le Monde,«l'homme à abattre» dans leJournal du dimanche,«toujours dynamique, jamais agressif» dans Valeurs actuelles.

«Je ne me retrouve pas du tout dans une guerre fratricide et je n'ai pas encore compris pourquoi ils se battaient. D'habitude, ce qui justifie une tel affrontement, c'est une guerre idéologique. Aujourd'hui, ce sont des ambitions de personnes qui sont extrêmement préjudiciables», nous explique-t-il. Il assure rester «zen» et s'être fixé comme «règle» de «ne pas rentrer dans les querelles»«C'est tentant de tacler, mais un discours positif fédère beaucoup plus.» La preuve, selon lui: «J'ai cent personnes pour tracter avec moi sur le marché, deux fois plus que l'UMP.» «Il y a un glissement générationnel, donc Internet est un levier formidable», dit-il, évoquant sa campagne sur son site et sur Twitter.

«Il y a une crispation dans les Hauts-de-Seine, un décalage de plus en plus flagrant avec les vrais débats. Ils ont besoin d'oxygène.» Il en veut pour preuve les «300 ou 400 courriers reçus disant: “Si vous avez déverrouillé Neuilly, ville du président, plus grosse fédé UMP avec 3.500 adhérents, tout est déverrouillable!”» «Neuilly a inspiré toute une série de candidatures divers droite. Beaucoup me demandent conseil, mais pour l'instant je me consacre à ma campagne.» Le maire de Neuilly a tout de même pris soin d'écrire un livre (publié le 7 avril). Il n'exclut pas de se présenter aux législatives de 2012. «On verra l'écho que rencontrera le livre.»

 

«Il ne faut pas qu'il oublie que sa victoire de 2008 est un accident électoral. Et que cela ne suffit pas à construire une carrière nationale»,assène son adversaire, Marie-Cécile Ménard, l'accusant d'être un «facteur de division». Pour le reste, elle se contente d'un «Je suis sortante, je suis légitime et je suis crédible».

 

«Tu es le dernier rempart face aux Balkany»

 

A. de Courson s'affiche avec J-C Fromantin, le 12 mars.
A. de Courson s'affiche avec J-C Fromantin, le 12 mars.© DR

 

La conquête de Neuilly a donné des idées dans le département. A Levallois, le divers droite Arnaud de Courson mise sur la recette Fromantin pour ravir le canton Sud à Isabelle Balkany. «Il y a de la place pour une droite qui n'est pas forcément UMP, une droite plus centriste, gaulliste», veut-il croire. Habitant de Levallois depuis 23 ans et adjoint en charge de l'emploi d'Olivier de Chazeaux (maire RPR de 1995 à 2001), il compte sur un ballottage pour l'emporter au second tour grâce à un front anti-Balkany.

Son argument numéro un est tout trouvé: «Cette élection n'aurait jamais dû avoir lieu. Notre canton devait être renouvelé en 2014. On avait une conseillère générale, Danièle Dussaussois. Elle a démissionné (contre un poste au Conseil économique et social - ndlr) pour qu'Isabelle Balkany puisse se présenter dans son canton (réputé plus “gagnable” par la droite - ndlr)».

Arnaud de Courson aime le raconter: «L'autre jour, un ancien premier ministre m'a dit: “Tu es le dernier rempart face aux Balkany Son colistier, Loïc Leprince-Ringuet, conseiller municipal divers droitedepuis 2008, ironise: «Ça fait trente ans que Patrick Balkany est maire, ça suffit! Lui et sa femme cumulent cent ans de mandat à eux deux! L'alternative c'est nous, car la gauche ne passera jamais ici.»

A. de Courson lors de sa réunion publique
A. de Courson lors de sa réunion publique© M. Turchi
L'ancien adjoint mène une campagne «de terrain» mais mise beaucoup sur Internet«parce que les Balkany n'y sont pas». Ce mardi soir, il enchaîne un tractage dans les rues commerçantes et une réunion de quartier dans un café. Mais la mayonnaise a du mal à prendre. «Ah oui, vous êtes le Front national?», croit savoir une passante à qui il tend son tract. Dans le café, ils sont à peine cinq à avoir fait le déplacement. Des retraités. «On aurait bien voulu avoir le maire de Neuilly ce soir...», bougonne une femme en arrivant.

 

Le candidat a rencontré à plusieurs reprises Jean-Christophe Fromantin, etl'affiche comme un label de garantie. «Sa démarche est courageuse, dit un élu neuilléen. Mais son problème, c'est qu'il était l'adjoint d'Olivier de Chazeaux et qu'il est associé à un élu municipal qui a voté le budget de Balkany. Si on veut du neuf, il faut de nouvelles dynamiques.»

«Les gens ont oublié, assure Arnaud de Courson. Avoir la connaissance des dossiers est un atout. On n'est pas des bleus et heureusement!», estime-t-il, rappelant au passage que «l'équipe de Fromantin est à 50% composée de celle de David Martinon». Loïc Leprince-Ringuet le reconnaît tout de même, «l'histoire pèse sur nous: La seule alternative que les gens ont connue (Olivier de Chazeaux - ndlr) a beaucoup déçu».

Comme le maire de Neuilly, Arnaud de Courson déplore qu'on parle «de Levallois pour ses frasques et cette gué-guerre»«On encense un gamin de 24 ans pour être à la tête de l'Epad, le président du conseil général se retrouve insulté dans les médias!», s'insurge-t-il. Mais, comme Fromantin, il veut miser sur un «discours positif». Pas question, donc, d'agiter les casseroles du couple Balkany (lui a été condamné à quinze mois d'emprisonnement avec sursis, 200.000 francs d'amende et deux ans d'inéligibilité pour avoir payé trois de ses employés de maison sur la caisse de la mairie, puis plusieurs fois épinglé pour sa gestion de Levallois).

Alors quand un Levalloisien débarque à sa réunion publique avec le rapport de la chambre régionale des comptes à la main et quelques potentielles affaires, le candidat lui recommande de remettre ces documents à la justice et tranche: «Qu'on ne nous attende pas pour aller faire un procès aux Balkany, on sera décrédibilisés. Les procès viendront eux-mêmes. Nous, nous proposons des solutions alternatives.»

 

Place de Verdun, à Levallois
Place de Verdun, à Levallois© M. Turchi
Quelques heures plus tôt, dans les rues de Levallois, le duo nous détaille la gestion Balkany en distribuant des tracts. Arrêt place de Verdun, l'un des quartiers populaires de la ville, où l'on vote Balkany à 45%«car il y a beaucoup de logements sociaux»«Notre discours ne parle pas trop à cette population», dit Arnaud de Courson. «Les Levalloisiens votent comme des consommateurs, car ils sont traités comme tels. Les personnes âgées sont emmenées au Lido, en balade sur la Seine, on distribue des cadeaux, etc.» 

 

 

Le nouveau conservatoire Maurice Ravel
Le nouveau conservatoire Maurice Ravel© M. Turchi

Nouvel arrêt, devant le tout nouveau conservatoire Maurice Ravel. «Les Balkany ont mis Mathieu Gonet de la Star Academy à la tête du conservatoire. Ils donnent dans le clinquant, offre des services, de la variété, donc ils satisfont la population», se désole Loïc Leprince-Ringuet. En six ans, trois équipements sont sortis pour 120 millions d'euros: le conservatoire, le stade Louison Bobet, la piscine avec un double bassin. «Et pendant ce temps-là, le palais des sports, n'est toujours pas accessible aux handicapés!,s'agace Arnaud de Courson. On aurait pu être la ville pilote pour l'accessibilité aux handicapés, c'est Issy-les-Moulineaux qui a été choisie, à cause des tensions (des Balkany) avec le président du conseil général.» 

 

«Avec les Balkany, on sert une royauté»

 

La permanence UMP d'I. Balkany
La permanence UMP d'I. Balkany© M. Turchi

 

Levallois a surtout gagné un titre dont elle se serait bien passée: celui de la ville la plus endettée de France (800 millions d'euros). «La dette a été multipliée par cinq depuis 2001. On est au bord de la mise sous tutelle et obligé d'emprunter chaque année. On est dans le “toujours plus”», se désole Loïc Leprince-Ringuet.

Patrick Balkany se défend en invoquant la «modernisation» de la ville«depuis qu'(il) l'a prise aux communistes» et assure qu'ils n'ont «jamais eu le moindre problème de remboursement avec qui que ce soit». Il a mis sur pied un argument qu'il étale sur ses tracts: «Vous nous payez 100 euros, on vous en donne 900» (ratio entre la taxe d'habitation et les dépenses de fonctionnement). Autre parade, la création d'une taxe (municipale) de balayage pour éviter d'augmenter la taxe foncière. «Nous, on veut montrer qu'on fera mieux et moins cher, avec une gestion plus rationnelle», explique Loïc Leprince-Ringuet. 

 

L'Hôtel de ville de Levallois
L'Hôtel de ville de Levallois© M. Turchi
La majorité des Levalloisiens, parce qu'elle craint de perdre ces services en cas d'alternance, n'est pas contre le statu quo. En face de l'hôtel de ville, le vendeur d'un petit magasin de jouets, la soixantaine, commente: «Les Balkany ont un monopole sur la ville, ils veulent posséder. (Patrick Balkany) est un homme à femmes, hautain, imbu de sa personne. Mais toutes ces histoires, ce qu'ils font, ce n'est pas mon problème. Ils font quand même des choses pour Levallois. Et moi je ne veux pas des socialos, ni des extrêmes ici!»

 

Plus loin, on croise un policier en service. Lui aussi aurait à redire au«système Balkany». Mais sa première exigence, c'est de «protéger (sa) ville». Il hausse les épaules: «Je fais mon travail, ça me va...»

«Les Balkany, ce n'est pas un couple banal, ça fait parler, c'est sûr...», soupire un jeune caviste dans le centre-ville. «Mais moi je suis commerçant, je fais du business, ma clientèle est plutôt pro-Balkany. Alors, très égoïstement, de la sécurité, des crèches pour mes enfants, une ville propre, ça me convient.»

D'autres, en revanche, ne se reconnaissent pas du tout dans la gestion des amis de trente ans de Nicolas Sarkozy. «C'est pas Balkany ici!», ironise un coordonnier trentenaire, en posant les tracts d'Arnaud de Courson sur son comptoir. «Nous voterons pour vous pour nous sortir de ce gang Balkany!, dit fermement une retraitée. Ils sont capables de tout. C'est pour cela qu'il faut une association de contribuables, de citoyens.»

Un ancien employé municipal raconte être «parti en retraite» après douze ans de service «car (il) n'était pas d'accord avec le maire»«Derrière les communistes, il y avait tellement à faire que ça a été la porte ouverte à tout», dit-il. Levalloisien depuis 40 ans, il décrit «une mainmise (des Balkany) sur un système»«Je n'ai pas de reproches à faire sur l'entretien de la ville. J'en avais marre de servir la soupe. A un moment, on s'éloigne de notre objectif – servir une population – et on sert une royauté. Les employés communaux ne sont pas les valets du roi, se plaint-il. L'intérêt général, ça ne représente rien pour eux, ils veulent que ça brille!» En s'éloignant, il lance: «Il ne faut pas qu'on me reconnaisse dans votre article, je vais avoir des problèmes, et mon gamin est au chômage.»

La voiture de fonction de P. Balkany devant la mairie
La voiture de fonction de P. Balkany devant la mairie© M. Turchi
«Les gens ont peur, affirme Loïc Leprince-Ringuet. Vous avez toujours un beau-frère dans un logement social ou un neveu employé communal, donc vous ne pouvez rien dire. Ce n'est pas évident de s'opposer.» Et l'élu municipal de rapporter cette anecdote:«Lorsque j'ai pris rendez-vous avec Patrick Balkany pour me faire l'écho de l'opposition de la population à cette taxe de balayage, plusieurs adjoints sont venus me voir en disant: “Loïc, tu pourrais lui dire que c'est n'importe quoi cette taxe?”» Arnaud de Courson renchérit:«Trois adjoints sont proches de nous, ce n'est pas impossible qu'ils votent pour nous. Ils veulent envoyer un avertissement à Balkany.» Le candidat mise sur la proximité du couple Balkany avec le chef de l'Etat pour susciter un réveil. «A chaque fois qu'ils ont été trop proches du pouvoir, la relation avec la population s'est dégradée. Ils sont repartis dans ce rythme-là, ils tutoient les étoiles, ils ont la grosse tête, ils n'écoutent plus.»

Ils n'écoutent plus mais ils parlent. A Arnaud de Courson, qui, croisant Isabelle Balkany dans la rue après ses énièmes vacances au soleil, lance un ironique «Magnifique bronzage, Isabelle!», la candidate répond: «Toi, t'as une sale gueule!»
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Publié dans Politique

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