Chasse en terre frontiste
Officiellement, on nous l'avait assuré: la spectaculaire percée de Marine Le Pen dans les sondages n'inquiétait nullement l'hôte de l'Elysée. On nous jurait que l'hypothèse d'un 21 avril à l'envers n'inquiétait que quelques parlementaires de la majorité paniqués, à tort, à l'idée d'être emportés à leur tour par le tsunami annoncé. Zen, l'Elysée se disait zen !
On annonçait un nouveau revers aux cantonales de dimanche prochain pour la droite avec comme éventuelle conséquence le contrôle du Sénat par la gauche ? Le pouvoir répondait qu'il ne s'agissait que d'élections locales et que les résultats ne devaient pas être analysés à travers une focale plus large. Zen, l'Elysée se disait zen ! On aurait pu y croire.
Jusqu'à ce qu'hier Nicolas Sarkozy se rende à Aix-en-Provence et à Vitrolles. Pour montrer que, comme les Français, il aimait les pompiers ? Et qu'il les aimait tellement qu'il avait décidé - une «décision sans précédent» - qu'il allait nommer préfet un officier supérieur des sapeurs-pompiers ? Même si le Président est chez lui partout en France, même si cette annonce est bien en ligne avec sa pratique de la «rupture», l'explication est un peu courte. Et personne n'est dupe.
On ne peut en effet s'empêcher de penser que si Nicolas Sarkozy a pris Claude Guéant sous son aile pour leur première sortie en duo depuis que l'ex-secrétaire général est à l'Intérieur, c'est pour envoyer un signal fort aux Français. Dans un pays inquiet - et plus encore depuis que l'angoissante menace nucléaire au Japon est dans toutes les têtes - Nicolas Sarkozy chahuté dans les sondages et menacé d'une sourde rébellion de ses propres troupes entend revenir aux fondamentaux qui lui ont si bien réussi en 2007.
Hier, son évocation nostalgique de la période où il était lui-même place Beauvau en disait assez long... Comme en disait long le fait que cette escapade se soit déroulée en terre frontiste. Marine Le Pen, même pas peur ? La démonstration d'hier prouve l'exact contraire. Et démontre s'il en était besoin encore que Nicolas Sarkozy est en train de plus écouter ceux qui le poussent à droitiser sa campagne que ceux qui, tels Juppé et Fillon, l'inclinent à ne pas se laisser aller sur une pente aussi dangereuse.
Au jeu risqué de la surenchère avec Marine Le Pen, cette dernière semble d'ailleurs toujours gagnante comme l'indique encore le duel à distance qui l'a opposée hier au même Claude Guéant. Celui-ci avait lancé le matin sur Europe 1: «Les Français, à force d'immigration incontrôlée, ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux». Mais c'est Marine Le Pen qui a eu le dernier mot et a ramassé la mise en assenant, avec une causticité toute familiale, qu'elle constatait que Guéant avait dû être «touché par la grâce»...
Il serait urgent que Nicolas Sarkozy comprenne qu'il a intérêt à devenir - réellement - zen. Au risque, en 2012, de perdre bien plus que l'Elysée.