Dans l'affaire Woerth, le PS veut prendre le temps de la riposte

Publié le par DA Estérel 83

  17 Juillet 2010 Par 

 

 

Ça sent les vacances, du côté de la rue de Solférino. D'après le parti socialiste, l'affaire Woerth/Bettencourt devrait passer l'été, alors rien ne sert de hâter les événements. Evoquée lors du bureau national (BN) de mardi par la vingtaine de présents autour de Martine Aubry, il a été décrété urgent d'attendre. Plus de questions d'actualité à l'Assemblée (le session est terminée), et un consensus assez général pour se laisser gagner par la torpeur estivale, avec le sentiment du travail bien fait jusqu'ici.

«Le PS a joué exactement son rôle: mettre en garde et demander des explications, demander une commission parlementaire et la nomination d'un juge d'instruction», explique le député Bruno Leroux, proche de François Hollande et porte-parole du groupe socialiste au Palais-Bourbon. Sa collègue Aurélie Filippetti, pourtant souvent critique sur la vie du groupe parlementaire, estime «que les compétences de chacun ont bien été utilisées, on a bien pris soin de coller aux faits sans partir dans tous les sens».

Un député proche de Royal nous confie même que «l'important durant cette séquence a été de tenir notre ligne d'unité. Ségolène a encore mis les pieds dans le plat, et on a encore vu que son intuition était la bonneen cognant contre la corruption. Mais c'est très bien aussi qu'elle n'ait pas joué perso par la suite et qu'elle se soit arrêtée…».

Le strauss-kahnien Jean-Jacques Urvoas se félicite aussi de «l'unité qui a régné chez les députés, personne n'a cherché à tirer la couverture à soi et tout le monde a su jouer collectif, ce qui n'était pas si courant dans nos rangs. On a été opiniâtre, sans donner prise aux accusations de chasse à l'homme. Bon, c'est sûr que par rapport au début de l'affaire, on n'a pas beaucoup avancé, hormis sur les questions de conflit d'intérêts».

Pour le sénateur David Assouline, proche de Vincent Peillon et secrétaire national à la communication, «la stratégie du PS est de permettre patiemment de dévoiler et souligner ce système “méta-UMP” qui repose sur la collusion politique et économique, tel qu'il est progressivement mis au jour par les révélations de la presse. Au fur et à mesure que les jours passent, on voit bien comment ce système est une toile tissée depuis la stratégie de conquête présidentielle, et comment elle ne pouvait que produire des dérives dans l'exercice du pouvoir».

En somme, le PS réagit au coup par coup, en fonction des événements, et devrait marteler à la rentrée son souhait de justice indépendante (via sa requête d'une nomination d'un juge d'instruction), avant éventuellement de pouvoir retrouver «son droit de tirage» début octobre à l'Assemblée, lui permettant d'obtenir une commission d'enquête parlementaire, jusqu'ici refusée par la majorité. Un conseiller de Martine Aubry explique l'état d'esprit de la direction du PS: «Rien de spécial, en fait. La vraie nouveauté depuis 2007, c'est que la presse fait son boulot, donc on n'a pas besoin de faire dans l'opposition la plus frontale. Juste se poser en opposant qui attend des réponses. Même si elles ne viennent pas… Tant que la presse continue, on suit et on continue à poser les questions.»

L'appel à un dépôt de plainte par le PS lancé par Arnaud Montebourg,dans un entretien à Mediapart, n'a pas franchement perturbé l'apparente quiétude socialiste, sur le thème du parti qui «doit rester à sa place et ne pas être partie prenante de cette affaire», selon les termes de Bruno Leroux. Selon lui, «il faut laisser le pouvoir être en situation de choisir le déroulement des choses, car si leur volonté d'enterrer les dossiers continue à se démontrer jour après jour, ce sera un piège pour eux».

Pour autant, certains entendent la proposition du député de Saône-et-Loire, même s'il la juge un peu prématurée. «Moi, je n'écarte pas cette hypothèse, estime ainsi Jean-Jacques Urvoas, mais il sera temps de s'interroger là-dessus à l'automne, en fonction de la suite des opérations.» Même son de cloche chez David Assouline, qui pense qu'«il serait ridicule de prendre une telle décision au cœur de l'été. Il faudra examiner à la rentrée les réponses au cocktail d'une crise politique qui pourrait en plus devenir une crise sociale».

Pour le secrétaire national aux droits de l'homme, Pouria Amirshahi, «s'il faut continuer à enfoncer des coins là où c'est possible, il va aussi falloir faire attention à être plus tranchant au bout d'un moment. Il faut faire gaffe à ne pas accréditer la thèse du “tous complices”». Ce proche de Benoît Hamon considère que «la proposition de Montebourg ne doit pas s'évacuer d'un revers de main, sous prétexte qu'elle nous ferait franchir un palier dans le rapport de force». Et d'alerter: «La gauche doit garder en elle une part de Robespierre et de Badinter: on doit se servir de ce qui se passe aujourd'hui pour faire de la morale en politique l'un de nos chevaux de bataille pour 2012, en étant très concret sur ce qu'on pourrait changer.»

Aurélie Filippetti pense également qu'«il va falloir s'interroger sur nos propositions en matière de financement de la vie politique, car il apparaît très clairement que les lois actuelles doivent être durcies».

D'autant plus qu'on ne cache pas au cabinet d'Aubry s'attendre «à des boules puantes en guise de contre-attaques. La droite va vouloir nous faire passer le même été qu'eux l'an prochain. Un peu dans le style “Si on tombe, on ne tombera pas tout seul”». Déjà, dans son tempo, la mise en examen de la députée Sylvie Andrieux pour «détournements de fonds» de subventions de la région PACA (lire ici), apparaît aux socialistes comme une tentative de les englober dans le “tous pourris”.«Ça n'a pourtant rien à voir, assure Filippetti. Elle a demandé à être mise en examen depuis un an maintenant, et, à ce que je sache, le nom de Sarkozy n'est cité par personne. C'est une affaire locale, avec des problèmes connus et regrettables, où la justice fait son travail, sans entraves.»

Un proche d'Aubry le certifie: «On demande que la transparence soit faite partout. S'il y a des choses répréhensibles dans notre camp, on ne sera ni inquiets ni solidaires, mais on prendra nos responsabilités.» Pour autant, on veut croire au PS que la morale est de son côté. «Ce petit jeu du “Tu me tiens je te tiens”, c'est peut-être leur façon de faire, à la droite, mais ça ne marchera pas avec nous!», affirme ainsi Jean-Jacques Urvoas.

Tandis que Pouria Amirshahi s'exclame, en espérant ne pas être démenti par la suite: «Au PS, on a peut-être des barons et des rois du clientélisme, mais on n'a quand même pas le même rapport à l'argent. C'est tout de même ce qui différencie aussi les valeurs de gauche avec celles de la droite, surtout celle qui est actuellement au pouvoir.»

Mediapart-copie-1 

 

 

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Publié dans PS

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