Affaire Woerth: le PS a deux fers au feu
Le PS était sur toutes les radios ce matin : François Hollande sur RTL, Martine Aubry chez France Inter et Hervé Hamon sur Europe 1.
Frnçois Hollande a donné de son côté dans l'excès ... de modératoin. On perçoit comme un signe d'apaisement lorsque Philippe Corbé demande à François Hollande si, avec la publication du rapport de l'Inspection générale des finances, très favorable à Eric Woerth, « une page est tournée », le député de Corrèze, ne dit pas « non ». François Hollande préfère voir le verre à moitié plein en se satisfaisant des « deux aveux » de Nicolas Sarkozy. Le premier, l'annonce de la démission imminente d'Eric Woerth de son poste de Trésorier de l'UMP, le second de l'installation d'une commission multipartisanne sur les conflits d'intérêt. Sur ce dernier point, François Hollande prend le président au mot et rebondit: « Il y aurait une bonne manière de faire puisque les socialistes ont demandé une commission d'enquête sur l'affaire et sur les conflits d'intérêts. » Puis ce sera tout sur l'affaire Woerth-Bettencourt. Rien ne sera dit sur l'absence d'un juge d'instruction, et la mainmise du procureur Philippe Courroy sur l'enquête. François Hollande se livrera avec gourmandise à sa passion pour les bons mots: « je souhaite donc pour Nicolas Sarkozy qu'il puisse gagner de l'argent pour qu'il ne soit plus Président de la république. »
Contrairement aux membres de la majorité, qui invités lors des derniers jours, ont consacré 100% de leur temps de parole à la défense du ministre actuellement en charge du lourd dossier des retraites, sur France Inter, Martine Aubry a partagé le sien entre l'affaire et précisément le dossier des retraites. La première secrétaire a néanmoins reposé les questions qui restent encore pendantes et laissent émerger « une crise morale », réclamant à ce titre « que la justice fasse son travail ».
Elle est revenue, elle, sur la nomination d'un juge d'instruction pour clarifier les éventuels conflits d'intérêt nés de la double casquette d'Eric Woerth, combinée à la proximité de sa femme dans la gestion de la fortune de Liliane Bettencourt: « le juge, le juge, le juge, la commission d'enquête parlementaire, voilà ce que nous demandons. » Durant tout le long de son intervention, Martine Aubry a voulu garder la posture de la chef de parti de gouvernement: « nous sommes restés au niveau des questions (...) il reste beaucoup d'éléments troubles.»
Mais le plus mordant fut sans aucun doute Benoit Hamon. Le porte-parole du parti socialiste a clairement fait le lien entre l'affaire Woerth-Bettencourt et la question de la justice fiscale. Rebondissant sur l'affirmation du chef de l'Etat faisant de la France le pays ou l'on paye le plus d'impôt, Benoit Hamon a rappelé quelques chiffres:« le taux d'impôt pour les 1000 familles les plus riches en France, c'est 25% (...) les impôts pour les entreprises de plus de 2000 salariés, c'est 13%, c'est loin du taux théorique de 33%. par contre les PME payent 30 % »
En fait, tout se passe comme si la direction du PS avait décidé de se répartir le travail : d'un côté les futurs ministres qui jouent l'opposition responsable, de l'autre les opposants durs qui vont continuer à appuyer là où ça fait mal.