Comptes d'apothicaire
Il aura fallu attendre hier matin pour qu'une fumée blanche sorte du petit-déjeuner de l'Elysée qui réunissait les responsables du parti majoritaire et le gouvernement.
La rigueur est un combat ! Surtout quand il faut la conjuguer avec un renouvellement de bail à l'Elysée. Surtout lorsqu'il faut la concilier avec l'inquiétude d'une majorité qui ne veut pas y laisser trop de plumes au risque de ne pas retrouver autant de places en juin sur les bancs de l'Assemblée. Cela explique sans aucun doute le véritable concours Lépine auquel se livrent depuis maintenant deux mois le gouvernement et l'UMP afin de trouver la martingale qui permettra d'économiser 200 millions sur les dépenses de santé, principalement sur les arrêts maladie. Après avoir envisagé de toucher aux indemnités journalières -ce qui avait provoqué un tollé- le gouvernement avait pensé ajouter un jour supplémentaire de carence dans le privé.
Colère du Medef et des chefs d'entreprises qui, dans les grosses boîtes ou les PME, compensent en général le manque à gagner du salarié malade. Une colère patronale que le gouvernement avait pensé calmer en proposant l'instauration d'un jour de carence pour les fonctionnaires. Sans succès. Fillon avait donc fini par trancher: tout en instaurant la journée de carence pour les fonctionnaires, il donnait une semaine à sa majorité pour trouver la solution permettant de compenser le manque à gagner de la 4e journée pour le privé... Il aura donc fallu attendre hier matin pour qu'une fumée blanche sorte du petit-déjeuner de l'Elysée qui réunissait les responsables du parti majoritaire et le gouvernement. Une fumée qui, une nouvelle fois, aura une odeur acre pour les salariés. Après en effet avoir reculé il y a deux mois sur la baisse du montant des indemnités, voilà qu'on nous la ressert mais à une autre sauce.
Fin septembre, l'idée de retenir un euro par jour d'arrêt maladie avait effrayé. Difficile en effet de parler d'effort «justement répartis» quand c'était proportionnellement le smicard qui aurait été le plus pénalisé. Du coup hier, changement de braquet: c'est le plafond d'indemnisation qui va être baissé. Il était de 48,40 euros par jour; il sera de 40,40 pour les salariés rémunérés au-delà de 2.500 euros brut ! Et le rapporteur du budget de se féliciter que ce soient «les salariés les mieux payés qui seront touchés». Même si 2.500 euros brut, c'est plus que le salaire moyen en France, nul doute que nombreux vont être les salariés à découvrir à cette occasion la chance qu'ils ont d'être des privilégiés...
D'autant que, si on en croit le même rapporteur Bur, rien ne permet de penser qu'ils vont être touchés par une telle mesure...puisqu'«ils sont moins souvent malades que les salariés moins bien rémunérés». Dès lors, on se demande comment la Sécu va économiser 150 millions en 2012 ? Peut-être en intensifiant la lutte contre les arrêts maladie abusifs, cette nouvelle «mère de toutes les batailles» que s'est inventée la majorité et dont on attend pourtant -déjà- qu'elle rapporte les 50 millions manquants à l'ordonnance gouvernementale.