Comment le Medef nous régale
Dès l’abord, Laurence Parisot met réellement les « cartes sur la table », puisqu’elle affirme sans détour qu’en ce jour démarre la contribution du Medef au débat de l’élection présidentielle en 2012. Le patronat, c’est bien connu, anticipe, c’est une qualité des managers. Puis, c’est Pierre Nanterme, patron de la commission économie du Medef qui présente. Nanterme est une pointure : il estchief executive officer de Accenture, une multinationale de l’audit et du conseil.
Et nous assène une batterie de chiffres, très détaillés, et donc très ennuyeux. Résumons : la France va mal, les entreprises françaises perdent en compétitivité, et en part de marché, non seulement sur le marché mondial, mais à l’étranger. Evidemment ce n’est jamais de la faute des entreprises, mais de tous les autres : «Les coûts salariaux qui s’dilate, les impôts bien trop haut, et l’État trop rapia… ». Le Medef ne connaît pas l’autocritique, c’est sa seule vraie différence avec le parti communiste chinois.
Un collègue italien, craque au bout d’une heure et demi de lobotomisation collective. Avec un accent superbe, il se lève et a dit « avec les Français, c’est toujours pareil. Il n’y a rien de neuf… » Et il enfile son manteau. Un Allemand proteste sur le même thème. Pierre Nanterme, très ouvert, répond: «C’est un point de vue … »
A force de bouffer des chiffres (et un filet de poisson…), l’auditoire oublie de remarquer le principal : le Medef se convertit au protectionnisme ! Quoi ! Pas notre patronat si ouvert, si conquérant, si libéral ? Mais oui : regardez bien la couverture, lisez le titre : «Pour une compétitivité équitable ». C’est bien dit, non ? Si c’est équitable, c’est donc qu’on demande aux autres de faire comme nous dans la compétition. Le Medef suggère-t-il donc que les autres pays, la Chine par exemple, ouvrent totalement ses frontières, permette aux groupes étrangers de participer aux appels d’offres des provinces, ou aux États-Unis d’ouvrir les appel d’offre des états fédérés?
Pas du tout, le patronat organisé français exige que la société française paye le prix de la protection des entreprises. En clair : qu’on baisse les impôts et les coûts salariaux en France au même niveau que leurs concurrents. Et mieux encore, comme les entreprises françaises sont incapables de soutenir la concurrence dans leur pré-carré, elle demandent à l’État de lui céder des parts de marché. C’est ainsi que Laurence Parisot suggère que la future couverture dépendance soit essentiellement organisée autour d’une « cotisation obligatoire à une assurance privée » pour les autres, car cela permettrait « d’élargir l’espace de l’économie privée dans notre pays ». Il se trouve que c’est exactement le chemin que semble vouloir prendre Nicolas Sarkozy.
Au dessert, il y avait une vérine glacée. Laurence Parisot nous apprend que les chiffres permettant de comparer les coûts salariaux en France et en Allemagne ont « disparu du site d’Eurostat (l’Insee au niveau de l’Union) depuis quinze jours » Pourquoi ? On ne le saura pas (lire ci-dessous). Mais il faudrait s’inquiéter. Alors on a bu le café, mangé une mignardise. Enfin deux, elles étaient si délicieuses…
PS : Contacté parMarianne, l’Insee explique la disparition des statistiques sur les coûts du travail en France. « Nous avons demandé à Eurostat de les retirer, car nous avons un problème de cohérence. Entre 2004 et 2008, nous avons changé de méthode. De plus, les coûts salariaux horaires sont le résultat de la division de la rémunération mensuelle par le nombre d’heures travaillées. Or nous sommes aperçus que nous avions mal évalué le volume d’heures. La statistiques sera à nouveau publié dans le courant du mois de février ».
L’Insee n’a pas voulu nous dire dans quelle direction pencherait la rectification de l’erreur : des coûts salariaux plus ou moins élevés ? Mais on peut supposer que, comme pour les heures supplémentaires avant 2008, l’Insee a sous-évalué les horaires réels de travail, ce qui devrait, après re-calcul, faire apparaître des coûts horaires plus faibles… Antibobards promet de donner la réponse dès que possible.
PS 2 : j'ai failli intituler ce billet "comment le PS nous gave", mais on m'a appris à ne jamais cracher dans la soupe.
