Claude Guéant, porte-drapeau des thèses de l’extrême droite

Publié le par DA Estérel 83

Mediapart

 

 

 

Avec Claude Guéant, la droite majoritaire n'est plus qu'à un pas de l'immigration zéro prônée par le FN. Musulmans, immigration, France, croisade: depuis son entrée en fonction le 27 février, le ministre de l'intérieur braconne sur les terres de l'extrême droite. Méthodiquement: la récurrence de ses déclarations empêche de les considérer comme des dérapages. Mises bout à bout, elles construisent un paysage idéologique cohérent salué par Marine Le Pen qui a symboliquement délivré à l'ex-préfet le titre d'«adhérent d'honneur» de son parti.

Leur répétition ne permet pas non plus de penser que leur auteur fait cavalier seul. Avec l'aval de Nicolas Sarkozy, c'est le socle droitier de la campagne présidentielle de 2012 qui prend forme ici. En voici les grands traits.

Famille, travail: Guéant veut moins d'immigrés

Jamais le chef de l'État, y compris quand il était ministre de l'intérieur chargé des questions migratoires, ne s'était prononcé pour une baisse de l'immigration légale. C'est chose faite avec Claude Guéant, dans une interview au Figaro magazine à paraître vendredi 8 avril. Depuis 2002, la rhétorique officielle ciblait en priorité l'immigration irrégulière et l'immigration familiale qualifiée de «subie». Il fallait lutter contre la première et réduire la seconde, à l'inverse de l'immigration de travail dite «choisie» qu'il fallait favoriser.

À quelques jours de l'examen du projet de loi sur l'immigration, qu'il défendra en deuxième lecture au Sénat à partir du 12 avril, l'ancien secrétaire général de l'Élysée déclare qu'il a «demandé que l'on réduise le nombre de personnes admises au titre de l'immigration du travail (...). Et nous allons continuer à réduire le nombre d'étrangers venant en France au titre du regroupement familial». Outre le changement d'axe, la formulation est particulière puisqu'elle suppose l'existence de quotas, alors que les entrées d'étrangers sont censées reposer sur des critères valables pour tous sans plafond. 

Comme galvanisé par le tollé provoqué par sa proposition, le ministre surenchérit le 7 avril, affirmant à propos des Tunisiens débarqués à Lampedusa, et susceptibles de venir en France, que Paris ne veut pas «subir une vague d'immigration».

 

Expulsion des sans-papiers: «Très franchement, j'espère que nous ferons plus»

Concernant les expulsions des étrangers en situation irrégulière, justement, le ministre est en phase avec ses prédécesseurs en maintenant l'objectif de 28.000 reconduites à la frontière pour 2011, ajoutant: «très franchement, j'espère que nous ferons plus».

En matière d'asile, il trouve la France trop généreuse. Et se dit prêt à des«modifications» s'il «apparaît qu'il y a des anomalies dans nos pratiques». Dès sa première intervention à l'Assemblée nationale, le 1ermars, Claude Guéant s'illustre sur ce thème, confondant immigration et asile. En réaction au chaos en Libye, il met en garde, à la manière de Nicolas Sarkozy, contre «une immigration non contrôlée». «Les personnes qui se présenteront en France en situation irrégulière seront refoulées», menace-t-il, feignant d'oublier que les personnes fuyant des violences ont le droit de demander le statut de réfugié.

Musulmans, «accroissement», «problème»

Trop d'immigrés, trop de demandeurs d'asile, mais aussi trop de musulmans: c'est le positionnement implicite de Claude Guéant, qui, la veille du «débat» de l'UMP sur l'islam, parle de laïcité pour mieux focaliser sur les prières de rue. En 1905, année de la loi sur la séparation des Églises et de l'État, «il y avait très peu de musulmans en France. Aujourd'hui, on estime qu'il y a à peu près 5 ou 6 millions de musulmans en France», amorce-t-il le 4 avril lors d'un déplacement à Nantes, avant d'ajouter: «C'est vrai que l'accroissement du nombre des fidèles de cette religion, un certain nombre de comportements, posent problème.»

Sur l'hôpital et les signes religieux, là encore pour préparer le «débat» sur l'islam devenu «débat» sur la laïcité, il embarrasse jusque dans son propre camp. «Les agents des services publics évidemment ne doivent pas porter de signes religieux, manifester une quelconque préférence religieuse, mais les usagers du service public ne (le) doivent pas non plus», déclare-t-il le 24 mars, sur Radio classique et i-télé, alors même qu'il existe déjà une charte de la laïcité régissant la gestion de cette question à l'hôpital.

Marine Le Pen apprécie peu que le ministre marche sur ses plates-bandes. Soulignant que le FN dénonce «depuis des années les atteintes à la laïcité dans les hôpitaux et à l'école», elle lui reproche de «tenir des propos électoralistes». «Il était où monsieur Guéant ces dernières années? Dans une cave?», insiste-t-elle.

 

«Les Français (...) plus chez eux»

À l'approche des élections cantonales marquées par l'omniprésence de la présidente du FN dans l'espace public, et notamment sa visite éclair à Lampedusa, il balise le terrain sur Europe-1 le 17 mars: «Les Français, à force d'immigration incontrôlée, ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux, ou bien ils ont le sentiment de voir des pratiques qui s'imposent à eux et qui ne correspondent pas aux règles de notre vie sociale.» Une variante de son entretien de la veille dans Le Monde, où il soutenait que les Français «veulent que la France reste la France» et que «les Français veulent que les nouveaux arrivés adoptent le mode de vie qui est le leur, ils veulent que leur mode de vie soit respecté».

La proximité avec «la France aux Français» n'échappe pas à Marine Le Pen, qui souligne que, «quand le FN est à 25%, les responsables de l'UMP parlent comme le FN», tout en reprochant à la majorité «l'absence de résultats».

La «croisade» en Libye

En mars, les éditorialistes et commentateurs de la vie politique française hésitent encore entre la maladresse et la formule choisie. C'est le cas lorsque, le 21 mars sur le Figaro.fr, il justifie l'intervention en Libye en ces termes: «Le monde entier s'apprêtait à contempler à la télévision des massacres commis par le colonel Kadhafi, heureusement, le président a pris la tête de la croisade pour mobiliser le Conseil de sécurité des Nations unies et puis la Ligue arabe et l'Union africaine.»

Quelques jours auparavant, Vladimir Poutine, le premier ministre russe, avait évoqué son scepticisme à l'égard de l'intervention, la comparant aux «appels à la croisade du Moyen Age», tandis que Guido Westerwelle, le ministre des affaires étrangères allemand, avait estimé qu'il était «essentiel que nous ne donnions pas l'impression qu'il s'agit (...) d'une croisade chrétienne contre des populations de croyance musulmane».

 

 

 

Malgré ces prises de position successives, Claude Guéant se fait passer pour une victime. Au Figaro magazine, il répète qu'«il est facile de sortir une phrase de son contexte et de déformer des propos». Pour le défendre, François Fillon dénonce des «méthodes dignes des procès staliniens», tandis que Jean-François Copé appelle au «cessez-le-feu» dans«l'acharnement».

Dérapages? Non. Maladresses? Non plus. Le premier flic de France agit en connaissance de cause quand il s'empare des questions migratoires et religieuses. Dans son genre, il n'est pas le seul à l'UMP, comme en témoigne la frise réalisée par Politis.fr (ci-dessus). Comme son mentor, il lance des polémiques, convaincu d'en tirer profit. II sait qu'il n'a pas été élu, mais avoir été choisi par Nicolas Sarkozy lui suffit pour aller chercher, à l'extrême droite, les voix dont le chef de l'État a besoin pour espérer rester président cinq ans de plus. Le poste même de ministre de l'immigration a été créé dans cette optique. Ce qui explique peut-être le crescendo à sa tête depuis 2007.

 

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«Les Français, à force d'immigration incontrôlée, ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux, ou bien ils ont le sentiment de voir des pratiques qui s'imposent à eux et qui ne correspondent pas aux règles de notre vie sociale.»

Mr Guéant à l'air d'oublier que depuis pratiquement 10 ans, c'est lui et Mr SARKOZY qui pilotent les politiques d'immigration dans notre pays avec comme porte-paroles des ministres fantoches comme HORTEFEUX et BESSON. Comme on dit communément, il se tire une balle dans le pied.

De plus, étant le ministre des cultes en sa qualité de ministre de l'interieur, il est aussi en charge de l'ordre public. Mais s'il interdit les dites manifestations (les prières dans la rue), il faudra aussi qu'il interdise les processions catholiques type chemin de croix et autres pélerinages divers (Chartres).

 

Signature Serge

 



 



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Publié dans Politique

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