Ces électorats qui pourraient lâcher Sarkozy

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

«Les électeurs ne sont pas déçus par rapport à Sarkozy, mais par rapport à la crise», jure Claude Pracros, patronne de la fédération du Puy-de-Dôme.«Les gens sont inquiets de cette crise qui dure. Mais tout le monde s'accorde pour dire que si on n'avait pas eu Nicolas Sarkozy, ça aurait été la catastrophe», explique cette ancienne giscardienne, qui travaille «dans le milieu bancaire».

 

C. Pracros (Puy-de-Dôme)C. Pracros (Puy-de-Dôme)© UMP63
Quand on leur parle du bilan Sarkozy, tous les cadres et élus UMP interrogés (lire notre "Boîte noire") mettent au crédit du chef de l'Etat son action sur la scène internationale et sa gestion de la crise.«On a le président qu'il nous fallait pendant la crise, avec ses erreurs et sa personnalité. Il a fait bouger les lignes», estime Frédéric Peyronnet, secrétaire départemental de la Haute-Vienne.

 

Jean-Sébastien Vialatte, député et patron de la fédération du Var, estime qu'«en France ça va mieux qu'à côté. Regardez nos voisins européens et vous verrez que si notre pouvoir d'achat n'a pas augmenté, il est resté stable».

Pierre Esplugas, porte-parole de la fédération de Haute-Garonne, se félicite lui de «la réforme du service minimum, celle des régimes spéciaux, l'exonération des heures sup, la réforme territoriale».

«Sarkozy a incarné l'Europe, personne à l'échelle européenne n'a su l'incarner», estime Thierry Lazaro, député du Nord et ancien patron de la fédé UMP. «Je ne sais pas quel aurait été l'état de la France avec Royal!», lâche-t-il.

Le refrain est connu à l'UMP. Il n'empêche. Tous sont contraints de reconnaître que «les résultats escomptés ne sont pas là» et que Nicolas Sarkozy a «suscité des déceptions»«Entre le discours et les actes, il y a un malaise», résume un ancien conseiller régional et municipal de l'Essonne, qui a «tout arrêté avec l'UMP» l'année dernière. Sur la quinzaine de personnes interrogées, la grande majorité d'entre elles estiment que l'UMP «a loupé le rendez-vous avec les classes moyennes».

Qu'est-ce qui a déçu l'électorat de droite? Quelles franges de son électorat pourraient lâcher Sarkozy en 2012? Mediapart a fait le tour des fédérations de l'UMP.

Le pouvoir d'achat

 

J. Philippe (Eure-et-Loir)J. Philippe (Eure-et-Loir)
«Ce qui a déçu? Le pouvoir d'achat... Ça ne me fait pas plaisir de dire ça, concède Josette Philippe, secrétaire départementale d'Eure-et-Loir et conseillère régionale du Centre. Les militants de base disent:"Il va falloir qu'il fasse quelque chose."» «En septembre 2008, la crise a fait voler les dispositifs mis en place mi-2007. En conséquence, le "travailler plus pour gagner plus" n'a pas pu avoir autant d'impact que prévu», analyse Claude Pracros (Puy-de-Dôme).

 

Pour Jean-Antoine Moins, conseiller municipal, secrétaire départemental du Cantal et avocat, c'est surtout que «la loi TEPA (travail, emploi, pouvoir d'achat) de 2007 (ndlr - qui comprenait la défiscalisation des heures supplémentaires, le bouclier fiscal, le crédit d'impôt sur les intérêts d'emprunt, la suppression des droits de succession) n'a pas été comprise.Les classes moyennes sont déçues, elles ont l'impression que ce sont toujours elles qui trinquent. La perte sera là (en 2012). Il faut que les Français les plus riches payent».

«Le président des riches»

«Chez les classes populaires, on entend "C'est plus le président des riches que celui des Français". Le bouclier fiscal lui a été reproché», constate Frédéric Peyronnet. Dans son département, la Haute-Vienne, les revenus et l'activité économique sont faibles, la crise a été subie avec un décalage d'un an. «Depuis l'année dernière, quoi qu'il fasse, quoi qu'il dise, Sarkozy est critiqué. On a un président qui cristallise les problèmes sur sa personne.»

 

J-S. Vialatte (Var)J-S. Vialatte (Var)
«Il y a deux points d'exaspération,résume Jean-Sébastien Vialatte (Var): les salaires des grands patrons, des vedettes télé, des stars du foot; ceux qui abusent de notre système de protection sociale.» «Beaucoup de gens s'estiment lésés par rapport à la panoplie d'aides, ils estiment que l'UMP aurait dû faire quelque chose», estime Frédéric Peyronnet.

 

D'autres, au contraire, sont «déçus» que le président ne soit pas allé au bout de la libéralisation promise en 2007. «On a été floués sur un projet pas mis en œuvre, dit ce chef d'entreprise et ancien conseiller régional UMP. On devait libéraliser les choses, on ne l'a pas fait, il y a toujours autant de contraintes administratives. On taxe les entreprises, mais on ne peut pas être taxé et investir. La libéralisation du travail n'a pas été faite jusqu'au bout, on ne veut pas toucher aux sacro-saintes 35 heures!»

«Il faut supprimer une bonne fois pour toutes les 35 heures, que Sarkozy aille au bout de sa logique de revalorisation du travail», plaide Jérôme Dumont, secrétaire adjoint de la fédération de la Meuse.

La sécurité et l'immigration

Autre déception pour certains: les fondamentaux, sécurité et immigration. «On le voit dans nos réunions avec les adhérents, constate Frédéric Peyronnet. A Limoges, on a eu une vague d'immigration ces dernières semaines avec l'arrivée de centaines de familles africaines de Paris, donc les gens estiment que la politique d'immigration est un échec. Ce qui gêne, ce n'est pas tant l'immigration régulière, mais l'immigration irrégulière.»

«On a créé les GIR (Groupes d'intervention régionaux, mêlant policiers, agents du fisc et douaniers - ndlr), on devait taper sur le portefeuille, aujourd'hui il y a une insécurité constante. Le discours de Grenoble n'a pas été suivi d'effets localement. Les gens du voyage sont toujours là, avec leurs caravanes, leurs grosses voitures», estime notre ancien conseiller régional de l'Essonne. «Plus personne ne se sent chez lui», ajoute-t-il, sans pourtant «adhérer aux idées de la Droite populaire», dit-il.

Le président bling-bling

 

B.Thiébaut (Bas-Rhin)B.Thiébaut (Bas-Rhin)
Ce qui fait consensus chez nos interlocuteurs, c'est le grand loupé du chef de l'Etat par rapport au style présidentiel. Pas une seule interview sans que «le style m'as-tu vu» de Sarkozy, la «soirée au Fouquet's»,«les vacances sur le yacht de Bolloré» ne soient condamnés.«Horripilant», selon Frédéric Peyronnet (Haute-Vienne), «des erreurs de casting» pour Claude Pracros (Puy-de-Dôme), «un agacement qui a donné lieu à un questionnement de notre électorat» selon Bernadette Thiébaut (Bas-Rhin), «un condensé de bêtise, inutile, puéril», pour Jean-Antoine Moins (Cantal).

 

«Les deux premiers mois, ça a marqué. Les gens n'acceptent pas ce côté bling-bling. Aujourd'hui, ça lui colle aux baskets. Ça choque tout le monde», ajoute le secrétaire départemental du Cantal.

L'ancien conseiller régional UMP va plus loin: «Sarkozy a désacralisé la fonction présidentielle avec son côté paillettes, le "casse-toi pauv' con" (ndlr - adressé à un visiteur du salon de l'agriculture en février 2008), le "descends si t'es un homme" (ndlr - lancé à un pêcheur breton en novembre 2007)...»

Le népotisme et les pistons

 

T. Lazaro (Nord)T. Lazaro (Nord)
A cela s'ajoute la dénonciation de la République des «privilèges» de Nicolas Sarkozy. Le même ancien élu de l'Essonne s'insurge contre «les passe-droits, les nominations, les parachutages aux élections, au détriment de la compétence et du militantisme», et cite notamment l'exemple de la «promotion éclair de Chantal Jouanno» sur les listes d'Ile-de-France et au gouvernement.

 

«L'affaire de l'Epad avec Jean Sarkozy, c'est la République monarchique. Il y a manque d'humilité de nos dirigeants», déplore également le député Thierry Lazaro, qui n'a pour l'instant pas renouvelé son adhésion à l'UMP.

«On a loupé le rendez-vous avec les classes moyennes»

Ces déceptions émanent d'autant de franges de l'électorat que la droite a sans doute – en partie – perdues. Les classes moyennes, le monde ouvrier, les agriculteurs et les centristes se sont éloignés de Nicolas Sarkozy.

Les classes populaires et moyennes

Une étude de la Fondation Jaurès publiée fin août (et dont Mediapart s'est fait l'écho) l'a mis en évidence: le FN progresse dans les milieux populaires et grignote désormais les classes moyennes. L'enquête fait aussi état d'une«véritable colère» dans le monde ouvrier, où «Marine Le Pen règne aujourd'hui sans partage». La conséquence d'une corrélation entre «fragilité économique» et «sentiment d'insécurité physique». Quant à ces électeurs du FN aspirés par Sarkozy en 2007, ils repartiraient vers Marine Le Pen. Sur le terrain, la base de l'UMP établit le même constat.

 

M. Aphatie (Landes)M. Aphatie (Landes)
Le député Thierry Lazaro estime que son parti «a loupé le rendez-vous avec les classes moyennes». «On a donné l'impression de ne pas comprendre leurs préoccupations. Le problème, ce n'est pas les chefs d'entreprise qui ont de l'argent. C'est plutôt le chèque de 30 millions d'euros à Mme Bettencourt... En termes d'images, c'est dévastateur!», assène-t-il.

 

«Les artisans, les commerçants, les agriculteurs, les professions libérales, sont moins attirés par Nicolas Sarkozy qu'en 2007», note Jean-Pierre Marcon, député centriste (apparenté UMP) de la Haute-Loire et suppléant de Laurent Wauquiez. Les ouvriers? «Un certain nombre ne revotera pas Sarkozy», croit-il. «Ils pensaient que leur sort allait s'améliorer, qu'ils allaient travailler plus pour gagner plus, mais ils n'ont constaté aucune amélioration et risquent de voter FN.»

«On a perdu une partie du monde ouvrier, il ne repenchera pas à gauche mais dans le désespoir», déplore Thierry Lazaro, député du Nord. «J'entends beaucoup d'ouvriers dire qu'ils vont voter "Marine"», constate Marie Aphatie, secrétaire départementale des Landes et ouvrière elle-même.«Ils s'abstiendront ou voteront pour les extrêmes», craint Josette Philippe (Eure-et-Loir).

Jérôme Dumont (Meuse) s'inquiète des scores du Front national dans son département (25% dans certains cantons en mars dernier). Mais surtout de la manière dont le parti de Marine Le Pen les obtient. «Le thème porteur ici, ce n'est pas l'immigration, c'est l'assistanat. J'ai des retours d'agriculteurs, d'artisans, de commerçants, classes moyennes, chefs d'entreprise. Ils sont déçus par Sarkozy par rapport à la revalorisation du travail, le "travailler plus pour gagner plus". Ils pensaient qu'il taperait davantage sur les assistés. Ils ont le sentiment qu'eux travaillent beaucoup et subissent la crise. Qu'ils sont coincés entre d'un côté les multinationales qui se débrouillent pour ne pas payer d'impôts et de l'autre ceux qui ne travaillent pas et profitent du système.»

Dans les Landes aussi, l'UMP est gênée par les arguments du FN. «Marine Le Pen parle de sujets qui intéressent la base, comme la lutte contre l'assistanat. Ici son discours nous gêne car ceux qui ramassent les fruits, ce sont les Espagnols... Les gens gagnent autant en restant à la maison avec les aides», raconte Marie Aphatie, qui souhaite que l'UMP soit en pointe dans la lutte contre «l'assistanat». 
 

Les agriculteurs

En mars 2010, une étude réalisée par l'institut de sondages Ifop rendait compte du malaise des agriculteurs vis-à-vis du chef de l'État. L'enquête montrait que, si cette profession reste acquise à la majorité, au même titre que les artisans et les commerçants, les agriculteurs se montrent nettement moins enthousiastes qu'au début du quinquennat. Aucun de nos interlocuteurs ne le nie, Nicolas Sarkozy «n'est pas Chirac»et il s'est «éloigné» des agriculteurs durant son mandat. Son absence à l'inauguration du salon de l'agriculture, en février 2010, était d'ailleurs très mal passée.

«On est passé de Chirac qui lui vouait un amour incroyable à Sarkozy qui ne le maîtrisait pas et n'avait jamais vu une vache. Il a mis du temps à comprendre l'importance du salon de l'agriculture, il était temps car cet électorat est un véritable porte-voix», explique Thierry Lazaro, élu dans une circonscription rurale du Nord. «Sarkozy a été très mauvais en termes de communication, d'autant qu'il a une image de citadin. Bruno Le Maire (ministre de l'agriculture) rame pour inverser la tendance. On n'a pas encore récupéré les voix des petits éleveurs qui voient la taille de leur exploitation fondre comme neige au soleil», explique Josette Philippe (Eure-et-Loir).

Bernadette Thiébaut, secrétaire départementale du Bas-Rhin, assure qu'«il est train d'inverser la tendance. Il est venu la semaine dernière voir les jeunes agriculteurs, c'est la deuxième fois en un an et demi». Pour Jean-Antoine Moins,«dans le Cantal, c'est oublié, il s'est rattrapé avec la gestion de la sécheresse».

Les centristes

 

J-P. Marcon (Haute-Loire)J-P. Marcon (Haute-Loire)
Enfin, il y a cette frange centriste de l'UMP, qui a plaidé pour davantage de justice sociale pendant la crise et qui s'est sentie trahie par le virage sécuritaire entrepris à l'été 2010 (lire notre article). «Il y a des choses qui ne passent plus comme en 2007, il y a eu des déceptions par rapport à certains textes, comme le bouclier fiscal, auquel les centristes n'étaient pas favorables», raconte Jean-Pierre Marcon, lui-même député centriste.

 

«Les chrétiens démocrates ne sont pas satisfaits par le discours de Grenoble, effectivement. Certains disent "ça va trop loin", "il exagère"», explique Jean-Antoine Moins, issu lui des rangs du RPR.

Mais tous veulent croire que «quand il faudra voter, ils reviendront»«Au moment des élections, il faudra s'unir», répète Bernadette Thiébaut. «Tout dépend de la campagne de Sarkozy, de ses thèmes, de la position de l'opposition», nuance Jean-Pierre Marcon.

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Publié dans Politique

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V
<br /> indéfendable !!!<br /> <br /> <br />
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