Cantonales: les enjeux cachés

Publié le par DA Estérel 83

Mediapart

 

 

Considérées par l'UMP comme«essentiellement locales», au point que certains de ses candidats en viennent à cacher leur étiquette, les élections cantonales semblent promises à une forte abstention. Alors qu'en 2008, ce scrutin était couplé aux municipales, et en 2004 aux régionales, le risque de l'indifférence menace sérieusement les 20 et 27 mars prochains, d'autant qu'appareils politiques et presse parisienne sont tout occupés à 2012, à ses incertitudes et péripéties sondagières.

Pour autant, ce vote qui va concerner la moitié des cantons (soit 2.023) est l'occasion d'un «sondage réel» de l'opinion française, permettant de donner d'utiles et fiables enseignements quant à l'équilibre des forces politiques à un peu plus de douze mois de 2012, justement. Redoutant une rouste locale de plus, le pouvoir espère pouvoir maquiller les scores et minimiser la désillusion.

Le ministère de l'intérieur a déjà prévu d'annoncer des résultats qui ne tiendront pas compte de l'exacte représentation de chacune des forces politiques sur le territoire. Des mouvements comme le Front de gauche, les écologistes et le Front national, qui ne se présentent que dans 70% à 80% des cantons, verront ainsi leurs résultats amoindris au niveau national. Le Front de gauche pourrait en outre être défini comme «divers gauche».

1.- L'UMP prise au piège du FN?

Le relèvement du seuil de qualification pour le second tour à 12,5% des inscrits et non plus des votants (adopté sans bruit lors de la dernière réforme des collectivités territoriales) avait pour but d'empêcher les triangulaires avec le FN, ce seuil devenant quasi-impossible à atteindre dans des élections isolées, où l'abstention devrait flirter avec les 60%. Vraisemblablement, seuls les deux candidats arrivés en tête au premier tour seront alors qualifiés, indépendamment de la règle des 12,5%.

Mais vu le niveau d'impopularité du président et la dynamique actuelle du FN, le boomerang risque de revenir en pleine figure de l'UMP, le FN pouvant espérer dépasser dans de nombreux endroits le parti de la majorité présidentielle au premier tour. Dans une note récente, l'Ifop recense ainsi près de 150 cantons, seulement en se fiant aux résultats des régionales de l'an dernier (voir ci-dessous).

© IFOP

 

L'hypothèse n'est ainsi plus incongrue de voir nombre d'affrontements de second tour opposant PS et FN, ce dernier passant devant l'UMP, notamment dans la moitié est de la France. Ce sera aussi l'occasion de voir les attitudes locales de caciques UMP, ainsi que la réalité du report des voix de l'électorat de droite vers l'extrême droite. Conduit par Marine Le Pen, le Front national peut espérer élargir ses bastions historiques (Alsace, Rhône, PACA, Nord-Pas-de-Calais) et son emprise dans les quartiers populaires à d'autres zones plus rurales, où il viendrait braconner sur les terres de l'électorat chasseur du CPNT, ainsi que l'avait pronostiqué le sondeur Jérôme Fourquet il y a un an (lire notre article). 

2.- Quel rapport de force à gauche?

Le PS semble en mesure d'être le grand vainqueur du scrutin. Pouvant potentiellement flirter à nouveau avec les 30%, si le vote utile joue à plein et profitant de son implantation sur tout le territoire, il peut espérer gagner de nombreux départements (Côte-d'Or, Jura, Vienne, Pyrénées-Atlantiques, Rhône, Hautes-Alpes, Aveyron) et peut raisonnablement espérer n'en perdre aucun. Une telle victoire pourrait le mettre en position d'emporter la majorité au Sénat, lors des élections de septembre, ce qui ne s'est jamais produit sous la Ve République.

 Mais c'est surtout l'attitude d'après-cantonales du PS qui fait mystère. Va-t-on assister au retour (à la continuité?) d'un parti attendant tranquillement l'alternance, fort d'un test électoral intermédiaire confortant son poids territorial et récompensant ses élus gestionnaires? Quelles implications pourrait avoir un résultat positif sur les velléités socialistes de réaliser l'union avec le reste de la gauche?

Europe-Ecologie/Les Verts espère réaliser entre 9 et 12% dans les cantons où il sera présent. Mais le mouvement écolo vise surtout la prise d'une cinquantaine de cantons, notamment lors de duels avec le PS lors du second tour. Une perspective plus que probable en Bretagne, Loire-Atlantique, Isère, Rhône ou Gironde. Les écologistes ont d'ores et déjà exclu de se retirer en cas de duel avec le PS au second tour. Et il se murmure chez les dirigeants verts que même les soutiens aux socialistes pour le second tour pourraient se faire au cas par cas.

Le Front de gauche, enfin, vise «un score à deux chiffres», mais se contenterait sans doute d'être au-dessus des 7%, signe d'une dynamique qui ne s'essouffle pas, à défaut de réellement perturber le paysage politique à gauche, pour l'instant. Autre objectif: conserver le Val-de-Marne et l'Allier, les deux derniers départements du PCF, et résister en Seine-Saint-Denis aux offensives socialistes, à chaque fois allié aux Verts dès le premier tour. Enfin, le cartel mélenchonisto-communiste espère quelques prises dans la région du Limousin, où il est allié au NPA, comme des scores intéressants à Marseille (là encore avec le NPA), dans le contexte de «l'affaire Guérini». 

Cette semaine, la dernière avant le vote, Mediapart publie une série de reportages sur ces élections cantonales, d'Arras à Marseille, en passant par Saint-Nazaire, Avignon ou Dijon, la Haute-Loire ou les Hauts-de-Seine…


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Publié dans Elections

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