Cantona annonce-t-il le printemps des banques non spéculatives ?

Publié le par DA Estérel 83

Marianne2-copie-1  Elodie Carcolse - Jeudi 9 Décembre 2010 

 

 

Le 7 décembre, le casse du siècle n'a pas eu lieu. Pourtant le cash-day a eu le mérite de mettre l'économie au centre du débat et de faire naitre l'idée de privilégier les banques dites «vertueuses» dont l'activité principale ne consiste pas à spéculer sur l'argent de leurs clients. A suivre ?
Mardi 7 décembre, le système devait sauter ! C’était le « cash-day », Eric Cantona devant même mettre la main à la patte - l’acteur personnifiant, malgré lui, le mouvement. Le responsable de l'agence BNP Paribas d'Albert dans la Somme, affirmant que l'ex-footballeur a prévenu qu'il effectuera un retrait de plus de 1.500 euros et de préciser que l'agence sera « prête à le recevoir aujourd'hui comme n'importe quel client ». Las, la révolution n’a pas eu lieu. 

Bien entendu, une nuée de journalistes l’attendait, fébrile, mais il n’a pas pointé le bout de son nez. Pour faire discret c'est préférable. 
 

Tout au long de la journée du 7 décembre donc, où le système bancaire a failli s’arrêter, les dépêches allaient bon train sur le retrait éventuel d’Eric Cantona.
Selon le site financierWansquareEric Cantona aurait décidé de faire virer 750.000 euros (!) – montant juste inférieur à la première tranche imposable de l’ISF – quelques jours plus tôt, de la prestigieuse banque Leonardo vers un compte ouvert à son nom au Crédit Agricole. 
Geste symbolique pour lui, mais geste tout de même. A 18h, les journalistes amassés devant la petite agence BNP ont dû se rendre à l’évidence : Eric Cantona ne viendra pas. 

Pourtant en fin de journée un communiqué de ses avocats, Christophe et Jean-Jacques Bertrand, tombe : « Eric Cantona tient à faire savoir que, contrairement aux informations parues, il a participé au mouvement citoyen suscité et qu’il a, à l’écart de l’emballement médiatique, à Péronne dans la Somme, effectué, aujourd’hui 7 décembre 2010 un retrait bancaire symbolique » Christophe Bertrand se refusant à communiquer la somme exacte, signale qu’ « il y a un cadre légal, on ne peut pas retirer comme ça 10.000 euros ».

On l'aura donc compris Eric Cantona doit rendre des comptes, ce « cash-day » lancé par quelques internautes c'est donc SON cash-day alors qu'« il n’a jamais appelé à un quelconque mouvement le 7 octobre » rappelle son avocat. Si bien que Rachida Brakni, la femme du footballeur-acteur, se trouve elle même épinglée pour avoir tourné dans un spot pour la banque LCL datant d'avril 2010.
Et Roseline Bachelot - prenant à coeur de défendre « les Français les plus modestes qui morfleraient si l'appel d'Eric Cantona à retirer l'argent de leur banque était entendu » - de tacler l’acteur sur France Info : « Eric Cantona, il fait de la publicité pour des voitures, des rasoirs. Son épouse fait de la publicité pour un système bancaire. Je trouve qu'il faut avoir un peu de responsabilité dans la vie quand on est justement un des chantres de la société de consommation à travers ses activités commerciales ».  
 
 
Même si la perspective d’une ruée dans les banques n’était pas crédible, cet appel et le buzz engendré a eu le mérite de mettre le sujet sur la table. Pour une idée « grotesque et irresponsable » dixit Baroin, elle a tout de même fait réagir politiques, économistes, historien, journalistes et… citoyens. 
Libération rappelait justement, dans sa Une de samedi, que « l’appel de l’ex-footballeur à mettre le système bancaire en péril cristallise la colère des français face à la crise. » On peut voir derrière cet engouement à mettre à mal le système bancaire, le ras le bol général des citoyens envers ces banques qu'il a fallu renflouer et qui renouent avec les profits et les bonus.

Devant l’impossibilité de réaliser une telle opération et conserver ses économies sous le matelas, quelques solutions alternatives se sont fait mieux connaître. Le collectif «sauvons les riches » a ainsi profité du buzz pour encourager les gens à changer de banque en retirant leur argent pour le transférer vers des banques plus «responsables » car « toutes ne se valent pas ». Karima Delli, eurodéputé d’Europe Ecologie et cofondatrice du collectif considère que « les citoyens peuvent choisir un établissement qui a des pratiques plus vertueuses » que les banques traditionnelles. 

Parmi ces banques plus « vertueuses », la Banque Postale, la Nef (nouvelle économie fraternelle), le Crédit Coopératif. Le Crédit Mutuel qui se fait le chantre de la banque responsable dans ses dernières publicités a t-il perçu un mouvement particulier de nouveaux clients depuis quelques jours ? Contacté par Marianne2, le siège de la banque affirme n’avoir remarqué « aucun mouvement anormal », il y a de nouveaux clients « mais pas suite à l’appel de Cantona ». Chez les « trois vertueuses » (Banque Postale, Nef et Crédit Coopératif) idem. Au Crédit Coopératif on ne veut pas prendre position sur le sujet et à la Banque Postale on considère l’appel encore « trop récent » pour pouvoir percevoir « un mouvement significatif quantifiable » mais il est « peu probable qu’il soit suivi d’effet. »
 
 
Pourtant à défaut de faire « s'écrouler le système bancaire », cet appel d'Eric Cantona pourrait générer un nouvel écho pour une finance plus éthique et des banques non spéculatives. Cette perspective semble séduire bon nombre de personnes.
 
Mardi soir, dans son émission « Ce soir ou jamais », Frédéric Taddei recevait Yann Sarfati, le jeune homme à l’origine du buzz sur internet avec son groupe Facebook : « Révolution 7 décembre, retirons notre argent des banques ». Le jeune homme expliquait les raisons de son mouvement et encourageait les gens à se diriger vers son site bankrun2010.com. Il appelle à «la création d’une banque citoyenne, au service des citoyens, une banque qui mettrait notre argent à l’abri des fièvres spéculatives, à l’abri des bulles financières toutes condamnées à exploser un jour,  à l’abri des opérations qui transforment nos emprunts en actifs et se servent de nos dettes pour acheter d’autres richesses. »

La romancière et journaliste Kenizé Mourad présente sur le plateau se disait même prête à changer de banque pour mettre son argent dans une banque plus éthique qui ne spéculerait pas dessus. Et sur Internet beaucoup se disent prêt à faire de même. Acte beaucoup moins risqué et d'autant plus faisable. 

La révolution aura t-elle finalement lieu ?
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Publié dans Société

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