BUDGET: LES MOTS ET LES CHIFFRES
Jacques GUYON 30/09/2010
On ne sait si ceux qui le voient déjà remplacer François Fillon à Matignon sont devins mais une chose est sûre, c'est que François Baroin apprend vite! A 45 ans, ce récent transfuge de la Chiraquie, a administré hier la preuve de sa capacité de conversion et de son «réalisme» en politique en commentant le budget 2011.
Ainsi donc, si on en croit le ministre du Budget, qui a aucun moment ne prononce les mots qui pourraient fâcher de «rigueur» ou encore d'«austérité», la France va bénéficier d'une réduction du déficit publique «historique». Et comme pour donner la pleine mesure de cette avancée, le même Baroin explique - sans que son nez s'allonge - que dans ce même budget «il n'y a pas d'augmentation d'impôts». On aimerait bien le croire... Sauf que les réalités sont différentes.
D'abord parce que s'il convient d'appeler un chat un chat, ce budget va bien donner un gros tour de vis qui, s'il prévoit effectivement des économies drastiques sur les dépenses de l'Etat, n'épargnera pas, loin s'en faut, les ménages français. L'effort fait pour raboter les niches fiscales - 9,4 milliards d'euros l'an prochain avant une nouvelle coupe claire de 11,5 milliards l'année suivante - va frapper en effet très large et très fort.
Réduire les allégements de charges pour l'emploi d'un salarié à domicile, faire disparaître certaines déductions d'emprunts immobiliers, augmenter le forfait social ou mettre fin aux déclarations de revenus multiples pour les jeunes mariés, pour ne citer que ces quelques mesures, aura forcément un impact. La meilleure preuve que l'impôt va augmenter... c'est que le taux de prélèvements obligatoires passera de 41,9% du PIB cette année à 42,9% en 2011 et à 43,2% en 2012.
Pour mémoire et rafraîchir celles de François Baroin et de Christine Lagarde, rappelons qu'en 2012, les prélèvements obligatoires retrouveront le niveau qui était le leur en 2007 quand Nicolas Sakozy, en début de mandat, promettait... de le réduire de quatre points.
Aujourd'hui même revu à la baisse, son engagement à ne «jamais être le Président qui augmente les impôts», est démenti par les chiffres. Cruels. Comme est cruel le creusement du déficit budgétaire: il était de 56 milliards d'euros en 2008; il sera de 152 en 2010. Certes, la crise est passée par là et a pesé lourdement et continue encore à le faire sur notre économie et donc nos finances.
Reste que demander des efforts aux Français en épargnant, via le bouclier fiscal, ceux qui sont les plus privilégiés n'est pas la meilleure façon de mobiliser une nation. Reste aussi qu'en rognant sur les dépenses de l'Etat et le pouvoir d'achat des ménages, le gouvernement prend le gros risque de casser dans l'oeuf le début de redémarrage de la croissance qu'il nous annonce. Or l'équilibre déjà bien fragile de ce budget repose précisément sur le pari d'un rebond de cette croissance.