Borloo, le pire du centrisme

Publié le par DA Estérel 83

Ze Rédac

 

 

Par Beaumarchais

JL Borloo pendant le congrès du Parti Radical, Bld Blanqui à Paris - © Razak

JL Borloo pendant le congrès du Parti Radical, le 10 Mars 2012, Bld Blanqui à Paris - © Razak

Il se faisait attendre depuis plusieurs semaines. Au point que les naïfs commençaient à penser qu’un peu de courage lui avait poussé depuis l’humiliation subie de ne pas avoir été nommé premier ministre malgré les promesses reçues. Les lucides savaient, quant à eux, qu’il faisait sa danseuse et que les marchandages continuaient. 

Que ceux que le changement effraie se rassurent : tout est bien en place, rien n’a changé, Jean-Louis Borloo a annoncé ce matin dans le Figaro son “engagement auprès de Nicolas Sarkozy”, avant de le recevoir à la mi-journée dans sa bonne ville de Valenciennes.

Cette interview est une anthologie de ce que le centrisme a de pire. Décryptage.

D’abord le moment. Un centriste sait ne pas foncer tête baissée et patienter pour saisir l’instant opportun. Lorsqu’on a donné le sentiment de vendre chèrement sa peau avant de se rallier, il convient de bien choisir quand effectuer son annonce de soutien pour que celui-ci ne prenne pas l’allure d’une reddition de Sedan. Quoi de mieux que l’immédiat après-crise nationale au cours de laquelle le candidat UMP a pris la posture d’un président rassembleur et modéré ?

Sur le fond, l’interview donnée par Jean-Louis Borloo au Figaro est un modèle de langue de bois qui maquille en grands principes humanistes les petits arrangements entre amis et les marchandages de bas étages.

Le président du Parti radical met, nous dit le Figaro avec sa complaisance habituelle, cinq priorités sur la table : le surendettement des familles, le soutien aux élèves en difficultés, l’accès au logement pour les salariés précaires, l’accueil d’apprentis dans la fonction publique et l’aide aux territoires fragiles par un Grenelle – Jean-Louis Borloo adore les Grenelles – de la fiscalité. Avec des propositions pareilles, tellement consensuelles, il aurait pu signer de la même manière son ralliement à François Hollande. Passons.

Ce qui ne passe pas par contre, c’est l’absence totale de référence à la droitisation extrême de la campagne de Nicolas Sarkozy depuis sa déclaration de candidature pour séduire les électeurs du Front national. Oubliés, effacés, disparus les propos nauséabonds sur l’immigration tenus par le président sortant et ses porte-flingues qui avaient choqué jusque dans les rangs du parti radical.

A en croire Jean-Louis Borloo, il aura suffit que Nicolas Sarkozy s’engage sur les exilés fiscaux – protégés depuis 2007 par le gouvernement auquel il appartenait – et sur un plan de formation professionnelle pour que la France du candidat UMP qui était déjà forte devienne, comme par enchantement, juste. Sous des dehors affables, Jean-Louis Borloo n’est que mépris pour les Français qu’il prend pour des imbéciles. De la politique à l’ancienne, façon quatrième république lorsque les radicaux justifiaient leurs changements de coalition électorale par des désaccords de fond.

Pas à une contradiction prêt, notre radical plus caviar que cassoulet, n’hésite pas à piller le slogan de campagne et le projet politique porté par Ségolène Royal il y a cinq ans.

Mais peu lui chaut. Invertébré idéologiquement, souple politiquement – ce qui l’avait amené à proposer ses services à Lionel Jospin en 2002 lorsque celui-ci paraissait encore en mesure de remporter la présidentielle –, Jean-Louis Borloo avoue benoîtement au Figaro que les priorités que le parti radical défend ne sont en aucun cas des conditions posées et n’ont fait l’objet d’aucune tractation. On ne va tout de même pas se crisper sur de bêtes questions programmatiques.

Pire, dans un élan de franchise confinant à l’acte manqué, il se compare à Philippe Seguin en 1995, complémentaire de Jacques Chirac et Alain Juppé par sa sensibilité différente. Rappelons que la ligne Seguin, sociale et mettant en avant le volontarisme politique, ligne qui a fait la victoire, a été rangé au placard des illusions perdues moins de six mois après l’élection présidentielle. On ne saurait mieux, de la part de Jean-Louis Borloo, annoncer une nouvelle retraite en rase campagne, sur le plan des idées cette fois.

Le ralliement de Jean-Louis Borloo à Nicolas Sarkozy s’est en fait conclu en échange de la constitution d’un groupe indépendant de centristes et de radicaux à l’Assemblée nationale. Comment espérer avoir des députés en nombre suffisant si l’UMP est présente dans les circonscriptions où les radicaux présentent des candidats ? A la place du leader radical, on ne ferait que moyennement confiance à Jean-François Copé, celui-là même qui a étranglé financièrement son parti, pour tenir cet engagement.

Côté Nicolas Sarkozy, l’intérêt de ce nouveau soutien accroché à son tableau de chasse est double : conforter son image de rassembleur ; rassurer l’électorat centriste rétif à tous les positionnements extrêmes, et préparer un éventuel appel de François Bayrou à voter pour lui entre les deux tours.

Pas dupe, Jean-Louis Borloo se prête à la manœuvre. Un groupe parlementaire vaut bien une couleuvre de plus avalée. L’estomac des centristes a l’habitude.

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Publié dans Politique

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