Aubry assure qu'«on ne s'engueule plus au PS»
Lénaïg Bredoux 12/12/2010
Jouer le jeu, le jeu du parti et le jeu de l'unité: tel était le mot d'ordre du Parti socialiste samedi à Paris, réuni en convention nationale sur l'égalité réelle, un texte qui doit contribuer à tracer le programme des socialistes pour la prochaine présidentielle. Et le jeu, ils l'ont tous, ou presque, joué, de Ségolène Royal à Manuel Valls en passant par Arnaud Montebourg et bien sûr la première secrétaire, Martine Aubry.
Le pari était pourtant risqué tant les dernières semaines ont ravivé les tensions, sur le fond du positionnement politique comme sur l'identité du futur candidat, tant l'utilité même du parti semblait remise en cause par la multiplication des candidatures aux primaires, qui bouleverse de fait le calendrier établi par la direction du PS. Des tensions qui ont culminé en milieu de semaine quand, sans concertation préalable, Royal et Aubry se sont rendues séparément, le même jour, en banlieue parisienne.
Mais au-delà de ce redoutable effet de calendrier, le texte même, proposé au vote des délégués et qui contient toute une panoplie de propositions pour réduire les inégalités, a cristallisé les désaccords au sein de l'appareil socialiste. Ces dernières semaines, les partisans de François Hollande, probable candidat aux primaires ou encore Manuel Valls, candidat déclaré, avaient fait entendre leurs différences en critiquant vertement le projet préparé par Benoît Hamon, chef de file de l'aile gauche du parti.
Un texte qui manquerait, selon eux, de «réalisme» et de «hiérarchisation» des priorités, et qui serait trop coûteux eu égard aux déficits publics.
Samedi, le maire de Lyon, Gérard Collomb, soutien à la candidature de Dominique Strauss-Kahn, l'a d'ailleurs redit à la tribune de la halle Freyssinet, pleine de monde. Pierre Moscovici, député du Doubs, et lui aussi candidat aux primaires, a également émis de «sérieuses réserves», notamment sur le poids trop important donné à l'Etat pour refonder l'égalité. François Hollande, lui, était absent.
En conclusion des débats, Hamon leur a rétorqué que «la crédibilité se pose par rapport à ceux vis-à-vis de qui on veut être crédibles. Et ce n'est pas la même chose par rapport à Moody's que par rapport aux ouvriers de chez Renault. Ce texte, on ne l'a pas fait pour Moody's», cette agence qui note la solvabilité des pays.
Au final, le texte a été adopté par une très large majorité des délégués présents et par 80% des militants. Cette quatrième et dernière grande convention thématique (avant la convention des conventions au printemps) est même celle qui a, finalement, «le plus mobilisé les adhérents socialistes», avec près de 65.000 votants, selon Christophe Borgel, secrétaire national en charge des fédérations. Hamon, tout sourire: «Le texte a été adopté à 80%. J'en espérais pas tant... Et puis, il y a du débat, de l'électricité même, mais l'électricité, ça fait de la lumière...»
Comme la majorité de la direction du PS, il est pour sa part persuadé que tout le travail mis en place par le parti, et sur lequel insiste tant Martine Aubry, est indispensable et qu'il doit être le préalable à la désignation du candidat. A l'inverse des partisans d'une accélération du calendrier qui jugent que, sans un nom, le PS va rester paralysé.
«Un homme seul avec cinq experts ne peut pas produire un programme plus intelligent que l'ensemble des militants socialistes et tous les experts consultés. D'une manière ou d'une autre, ce texte sera l'armature du programme du candidat. Nicolas Sarkozy, voilà ce qu'est un homme providentiel...», martèle Hamon.
Dans son long discours, Martine Aubry a elle aussi indiqué que le texte«permet d'avoir un socle du projet pour parler aux Français». «Le projet des projets», qui doit être validé en mai, «doit être le patrimoine commun de nos camarades qui partiront aux primaires», a-t-elle aussi dit. D'autant que, d'après un dirigeant parisien, le PS peut profiter dans les mois qui viennent des «divisions de la droite. Dès que vous désignez un candidat, vous ressoudez le camp d'en face».
Résultat, en attendant la désignation du candidat, il faut maintenir à tout prix l'unité du parti. Visiblement agacée par les commentaires dans la presse, Aubry a ainsi lâché devant l'assemblée: «On ne s'engueule plus au Parti socialiste! (...) Aujourd'hui le parti est uni... Et s'il y a trop de propositions, tant mieux! On en a tellement manqué!» Avant de prévenir:«Pour réussir 2012, il nous faut réussir 2011. (...) Cela suppose de respecter le calendrier, cela suppose que les idées précèdent les ambitions.»
Royal, arrivée en début d'après-midi, a suivi la même partition à la tribune:«La principale question qui taraudait ceux qui nous accueillaient (les journalistes, ndlr) était de savoir si on serait assises l'une à côté de l'autre. Voilà tout le monde rassuré! (...) Contrairement à une droite caporalisée, les socialistes ont toujours su faire la convergence entre liberté de parole des uns et des autres et la volonté d'union. Unis nous sommes, unis nous resterons», a-t-elle proclamé. Selon son entourage,«personne n'est suicidaire. En 2002, en 2007, on a perdu par manque d'unité. Personne ne veut refaire la même chose».
Il n'empêche, le PS, contraint par Dominique Strauss-Kahn, reste pris dans une contradiction: il place beaucoup d'énergie dans la production de «boîtes à outils», tout en sachant très bien qu'elles ne seront pas utilisées de la même façon en fonction du candidat choisi, qui, outre sa personnalité, incarnera une sensibilité particulière du parti.