Au QG de Ségolène Royal: «Non, c'est dingue!»

Publié le par DA Estérel 83

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«Non, c'est dingue ! Elle est derrière Arnaud !» À la Maison des Polytechniciens, le QG de Ségolène Royal situé rue de Poitiers (Paris VIIe), à seulement 300 mètres de Solférino, l'annonce des premières tendances des résultats de la primaire socialiste a fait l'effet d'une bombe. Alors que, à l'instar de Najat Vallaud-Belkacem, les fidèles de la candidate se disaient encore «très confiants» en fin d'après-midi, l'atmosphère et les sourires se sont crispés en l'espace de quelques minutes.

«C'est une déception, il faut bien le reconnaître», confie le maire de Laval et porte-parole de Ségolène Royal, Guillaume Garot. Derrière lui, les images des chaînes d'informations, diffusées en boucle, créditent sa candidate de 7%. Et d'une toute petite quatrième position, loin derrière Arnaud Montebourg qui rassemble 17% des voix.

 

Militants pro-Royal © ESMilitants pro-Royal © ES
Tandis que Ségolène Royal reste invisible, retirée dans une salle attenante depuis près d'une heure, ses plus proches fidèles jouent les porte-parole auprès des journalistes, essayant d'expliquer à chaud des résultats qui les laissent encore cois.

 

«Le système médiatique consomme de la nouveauté. En 2007, Ségolène Royal était l'événement, elle ne l'est plus aujourd'hui, affirme le député Jean-Louis Bianco. Aujourd'hui, la nouveauté est incarnée par Arnaud (Montebourg) et Manuel(Valls). Ce n'est pas un constat d'échec, mais les premières tendances ne sont vraiment pas bonnes.»

Martha, professeur à la retraite, militante au Parti socialiste depuis une dizaine d'années et pro-Royal depuis 2006, se dit tout simplement «abasourdie, assommée» par la nouvelle. Elle qui a tenu un bureau de vote dans le XIVe arrondissement pendant toute la journée, avant de rejoindre la rue de Poitiers, a rapidement vu le vent tourner en défaveur de sa candidate: «La pile des bulletins de François Hollande et de Martine Aubry baissait, tandis que celle de Ségolène Royal restait intacte. C'était absolument terrible.»

Mais malgré les premiers résultats, Martha ne veut pas entendre parler d'échec. Et continue à soutenir«farouchement» sa candidate. Pour elle, Ségolène Royal a pâti de l'image qu'on a voulu lui donner après sa défaite en 2007. Le revers, sans doute, de sa «politique par la preuve», alors même que c'est «elle qui a fait le triomphe de la primaire, qui a lancé toutes les idées. Les autres n'ont fait que suivre.»

Ségolène Royal a été l'initiatrice d'un dispositif démocratique qui a largement fait ses preuves ce dimanche 9 octobre: l'argument est assené par tous les fidèles de la candidate.«C'est une partie des idées de Ségolène Royal qui l'a emporté aujourd'hui, affirme sa directrice de campagne, Dominique Bertinotti. Le succès de la primaire, qui est une idée que Ségolène porte depuis 2007, est de toute façon une très bonne chose.»

Un constat partagé par Guillaume Garot: «C'est une déception, mais en même temps c'est la victoire des idées de Ségolène Royal, se réjouit-il. Elle continue à porter la voix de beaucoup de Français, issus le plus souvent des quartiers populaires.»

Pour M. Garot, nombreux sont ceux à défendre les mêmes idées que Ségolène Royal, mais «peut-être ne se sont-ils pas déplacés pour aller voter», regrette-t-il. Si la plupart des fidèles restent prudents, préférant remettre à plus tard les explications fermes et définitives, chacun a sa petite idée pour justifier les faibles résultats de leur candidate. Et les coupables sont rapidement désignés: les sondages. 

La faute aux sondages

Jean-Louis Bianco, le premier, fustige ce qu'il appelle «le fonctionnement sondagier-éditorialiste» qui, selon lui, a poussé les Français à voter «utile». De son côté, Guillaume Garot déplore que «nous (soyons) dans une société médiatique où les gens sont assommés toute la journée par les sondages»«Les Français se sont dit qu'ils allaient soutenir les mieux placés dans les sondages et voilà le résultat.» Un argument qui, s'il explique les bons scores de François Hollande et Martine Aubry, ne justifie en rien qu'Arnaud Montebourg, donné quatrième par la plupart des études d'opinion, devance aujourd'hui Ségolène Royal.

«Arnaud a exprimé une forme de radicalité que je sens forte dans le pays, poursuit M. Garot. Et c'est cette originalité qui l'a servi.» Mais pour Philippe, militant pro-Royal depuis 2007, le «challenger» de la primaire socialiste a surtout bénéficié d'un plan com' tiré au cordeau: «Les clichés ont la vie dure et Ségolène en a été victime, confie-t-il. Elle n'a pas été assez lisse. La vraie différence entre elle et tous les autres candidats, c'est qu'elle n'a pas joué le marketing politique. La sincérité, ça ne paie pas.»

Peu avant 22h00, les militants se regroupent autour de l'estrade au-dessus de laquelle a été tirée une toile où l'on peut lire «La force citoyenne», version participative de la célèbre «force tranquille» de François Mitterrand, dont Ségolène Royal avait fait l'une de ses marques de campagne.«Elle arrive», murmure-t-on dans la salle où l'atmosphère s'alourdit à mesure que les premières estimations se confirment. Dix minutes plus tard, la candidate malheureuse fait son entrée sous les applaudissements de ses militants qui scandent «Ségolène ! Merci ! Ségolène ! Merci !». La mine grave, le sourire forcé, elle prend la parole, entourée de ses plus proches fidèles (Jean-Louis Bianco, Dominique Bertinotti, Guillaume Garot, Delphine Batho, Najat Vallaud-Belkacem...).

 

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Prenant acte du «résultat très décevant» du premier tour de la primaire, Ségolène Royal se dit «très fière» de la campagne menée depuis plusieurs mois avec son équipe. «Tout le monde a constaté que nos idées ont fait avancer la gauche et les socialistes (...), notamment l'exigence d'une démocratie participative», affirme-t-elle devant un public conquis. Reportant à plus tard son choix quant au candidat qu'elle soutiendra lors du second tour, elle laisse bientôt la parole à ses proches qui se succèdent au micro pour se féliciter de la campagne, saluer le succès de la primaire et rendre hommage aux «idées novatrices» de leur candidate.

 

S. Royal et N. Vallaud-Belkacem © ESS. Royal et N. Vallaud-Belkacem © ES
Najat Vallaud-Belkacem remercie ceux qui, comme elle, sont restés fidèles depuis 2007, alors que «ça n'a pas été facile» de l'être. Delphine Batho, elle, dit«partager la déception»des militants, mais assure qu'il ne faut pas envisager les résultats comme une défaite:«Nous ne nous battions pas contre l'UMP, ce n'était donc pas un combat. C'est la gauche qui a gagné aujourd'hui.» Sur l'estrade, Ségolène Royal ne cache pas son émotion tandis que, dans la salle, les encouragements fusent:«On tient bon !»«On continue !»«Ce n'est pas un adieu, c'est un bonjour !»«On gagnera en 2012 !»«Fan de vous !»...

 

S'ils préfèrent attendre que leur candidate s'exprime avant de se prononcer, les militants réunis au QG de Ségolène Royal se disent très embarrassés pour voter au second tour: «Ce soir, je n'ai aucune idée de ce que je vais faire, confie Philippe, l'air morose. J'ai mal pour elle. Je n'arriverai jamais à voter pour Hollande, c'est impossible. J'attendrai de voir ce que Ségolène dira, mais dans tous les cas, ce sera soit Aubry, soit Mélenchon.» Philippe n'est pas le seul ce dimanche soir à évoquer la possibilité de se tourner vers le candidat du Front de gauche: «Après tout, il faudra aller vers celui qui incarne le mieux nos valeurs. Et ce n'est certainement pas Hollande !»

Ségolène Royal repartie, les troupes désenchantées se dispersent. Sur le perron de la Maison des Polytechniciens, chacun confie sa déception, tout en se disant confiant en l'avenir. Car au-delà du choc des résultats et des larmes de leur candidate, militants et fidèles restent convaincus d'une chose: la victoire de la gauche en 2012 ne se fera pas sans Ségolène Royal.

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Publié dans S.ROYAL

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