Au coeur de la tempête
Sale temps pour Nicolas Sarkozy et son gouvernement. Et la tempête Joachim qui a frappé hier le pays n'y est pour rien. Par contre ce sont bien des vents forts, contraires et tourbillonnants qui sont en train de secouer de plus en plus violemment l'équipage du bateau France. Les mauvaises nouvelles qui s'accumulent depuis quelques jours sont, à une petite encablure du premier tour de la présidentielle, en train de sérieusement saper l'image de capitaine visionnaire que Nicolas Sarkozy cherchait à se donner.
Lui qui se présentait comme le seul garant AAA, ce sésame délivré par les agences de notation qui permet d'obtenir des crédits à bon marché, a déjà commencé à en rabattre. En ce début de semaine, il confiait dans une interview au journal Le Monde que «si la France perdait son triple A» il affronterait «cette situation avec sang-froid et calme». Les ministres chargés de relayer le discours présidentiel n'ont cessé depuis de chercher à faire oublier que c'est ce même Nicolas Sarkozy qui précédemment avait dit et redit à quel point le AAA était sa priorité.
Il est vrai que revirement ou sens de l'adaptation, la nouvelle posture élyséenne ne fait que correspondre aujourd'hui à une réalité déjà actée par ceux qui prêtent à la France à deux points au-dessus des taux consentis à l'Allemagne... Après les avertissements de Standard & Poors, le deuxième coup de semonce est venu jeudi soir tard de l'Insee.
Selon les dernières enquêtes de conjoncture, la France est entrée en récession et ne peut espérer en sortir qu'en avril prochain. Même si Valérie Pécresse cherche à calmer le jeu en expliquant qu'il ne s'agit que de prévisions, force est de constater que les chiffres du mois de novembre sont déjà catastrophiques. Les ventes d'automobiles ont plongé de 30% et, signe encore plus alarmant, en raison de l'appétit bien connu des Français pour les nouvelles technologies, les produits électroniques ont chuté eux de 17% ce même mois.
Investissements gelés, croissance en rade, chômage en pointe: on voit mal comment les Français pourraient échapper à un troisième plan de rigueur. François Fillon peut bien vanter «la trajectoire politiquement structurée et budgétairement rigoureuse» de la France cela n'empêchera pas le recours à de nouvelles taxes et à d'autres coupes claires dans les dépenses si la France veut respecter ses engagements européens de réduction de déficit.
Et ce ne sont pas les rodomontades de François Baroin expliquant hier que pendant cette crise «il valait mieux être Français que Britannique» qui amèneront les agences de notation à continuer à mieux noter Londres que Paris. Sortir de la tempête ne va pas être simple pour Sarkozy. Et s'il écoutait ce que dit son ancienne ministre de l'Economie? Depuis qu'elle est à la tête du FMI, Christine Lagarde plaide en effet pour la mise en place de dispositifs pour stimuler la croissance.
Comme François Hollande et Laurent Fabius...