«Appel du 21 avril»: la candidature unique à gauche est-elle la solution?
Neuf ans après le « séisme » du 21 avril 2002, le PS ne semble pas à l'abri de revivre le même scénario. Faut-il pour autant rationaliser l'offre politique à gauche et présenter un candidat unique ? C'est ce que prône le collectif derrière « l'appel du 21 avril », qui déplore « 15 ans d'alternance »...
La gauche a-t-elle tiré les leçons du 21 avril 2002 ? On se rappellela phrase désormais célèbrede Lionel Jospin à l’approche du premier tour de l’élection présidentielle de 2002, l’ancien Premier ministre considérant qu’il ne fallait «pas tout attendre de l’Etat». Une phrase qui pouvait être interprétée de mille et une façons, mais qu’on ne lui pardonnera pas et qui restera ancrée dans les esprits comme un terrible aveu d’échec de la gauche face à la machinerie broyeuse de la mondialisation.
Évidemment, l’impuissance de la gauche face à ce sentiment d’abandon, cette gauche qui voulait d’abord «changer la vie» en 1981, puis qui en 2002 en était rendue à «l'Etat ne peut pas tout», était cruelle. Elle n’avait pas su convaincre lors de cette présidentielle marquée par une forte abstention. Le deuxième tour était de toute façon connu d’avance : le Premier ministre sortant affronterait une deuxième fois le Président sortant, et risquait bien de l’emporter. Mais à 20h, sursaut de frayeur : la sanction des urnes avait porté Le Pen père au deuxième tour. Un traumatisme électoral à même de provoquer la fameuse «quinzaine anti Le Pen» de l’entre deux tours : un défilé non stop de la gauche « anti-raciste » pour en appeler à faire bloc contre une très hypothétique victoire du Front national.
Évidemment, l’impuissance de la gauche face à ce sentiment d’abandon, cette gauche qui voulait d’abord «changer la vie» en 1981, puis qui en 2002 en était rendue à «l'Etat ne peut pas tout», était cruelle. Elle n’avait pas su convaincre lors de cette présidentielle marquée par une forte abstention. Le deuxième tour était de toute façon connu d’avance : le Premier ministre sortant affronterait une deuxième fois le Président sortant, et risquait bien de l’emporter. Mais à 20h, sursaut de frayeur : la sanction des urnes avait porté Le Pen père au deuxième tour. Un traumatisme électoral à même de provoquer la fameuse «quinzaine anti Le Pen» de l’entre deux tours : un défilé non stop de la gauche « anti-raciste » pour en appeler à faire bloc contre une très hypothétique victoire du Front national.
Mais la gauche a-t-elle su entamer une autocritique ? Pas certain, la défaite de la gauche, c’était forcément la faute des autres ! Les abstentionnistes, la montée en épingle de faits divers dramatiques (l’affaire « Papy Voise »), et même celle… du troisième homme annoncé, Jean-Pierre Chevènement, finalement arrivé en cinquième position avec 5,33% des voix. Mais à ce compte-là, pourquoi ne pas accuser Christiane Taubira ? Après tout, ses 2,32% des voix étaient virtuellement suffisants pour faire passer Jospin devant Le Pen ! Mais la gauche dans son ensemble, y compris le PCF de Robert Hue, avait laissé filer dramatiquement une bonne partie de son électorat populaire…
UN PS TOUJOURS FRAGMENTÉ
Et voilà qu’en ce jour d’anniversaire du 21 avril, 9 ans après, on s’active à gauche. Pour mettre en avant le programme ? Pas suffisamment en tout cas : à sa sortie, sa durée de vie sous les projecteurs a été de quelques jours, après quoi ce socle commun à l’usage du ou de la futur(e) candidat(e) désigné(e) est pour l’instant retourné au placard médiatique.
L’attention n’est même pas fixée sur une personnalité forte et polarisante : c’était pourtant le phénomène « gagnant » en 2007 puisque Ségolène Royal était parvenue à rassembler assez largement, un pied dans le parti, un pied en dehors, en s’affranchissant tant bien que mal de l’image d’apparatchik dont elle aurait pu souffrir. Cela n'aura certes pas suffi à transformer l'essai contre Nicolas Sarkozy au deuxième tour, mais le tour de force de Royal aura été d'impulser une dynamique nouvelle au PS en s'affranchissant de son statut d'éléphant de la Mitterrandie et de la gauche plurielle.
Mais pour l'instant, le PS est loin d'être en ordre de bataille. Hollande rassure et s'affiche partout, Montebourg peine à sortir sa « démondialisation » de la confidentialité, Royal « bosse » et (re)commence à sortir de l’ombre alors que sa rivale Aubry pourrait être la candidate naturelle du parti, en tant que Première secrétaire. Et puis il y a bien sûr DSK, le directeur du FMI, candidat encore fantôme qui enregistre ses premières chutes dans les sondages. La récente accalmie médiatique autour du directeur du FMI y est-elle pour quelque chose, sa candidature n'étant toujours à l'heure actuelle qu'une hypothèse ? Du reste, peut-être les électeurs de gauche -à qui l'on a assené quotidiennement que DSK était l'unique espoir de battre Sarkozy- commencent-ils à se lasser de l'absence de l'homme providentiel.
Face à l'incertitude, faut-il pour autant en appeler rallier toute la gauche sous la bannière d'un seul candidat ?
L’attention n’est même pas fixée sur une personnalité forte et polarisante : c’était pourtant le phénomène « gagnant » en 2007 puisque Ségolène Royal était parvenue à rassembler assez largement, un pied dans le parti, un pied en dehors, en s’affranchissant tant bien que mal de l’image d’apparatchik dont elle aurait pu souffrir. Cela n'aura certes pas suffi à transformer l'essai contre Nicolas Sarkozy au deuxième tour, mais le tour de force de Royal aura été d'impulser une dynamique nouvelle au PS en s'affranchissant de son statut d'éléphant de la Mitterrandie et de la gauche plurielle.
Mais pour l'instant, le PS est loin d'être en ordre de bataille. Hollande rassure et s'affiche partout, Montebourg peine à sortir sa « démondialisation » de la confidentialité, Royal « bosse » et (re)commence à sortir de l’ombre alors que sa rivale Aubry pourrait être la candidate naturelle du parti, en tant que Première secrétaire. Et puis il y a bien sûr DSK, le directeur du FMI, candidat encore fantôme qui enregistre ses premières chutes dans les sondages. La récente accalmie médiatique autour du directeur du FMI y est-elle pour quelque chose, sa candidature n'étant toujours à l'heure actuelle qu'une hypothèse ? Du reste, peut-être les électeurs de gauche -à qui l'on a assené quotidiennement que DSK était l'unique espoir de battre Sarkozy- commencent-ils à se lasser de l'absence de l'homme providentiel.
Face à l'incertitude, faut-il pour autant en appeler rallier toute la gauche sous la bannière d'un seul candidat ?
UN APPEL CONTREPRODUCTIF ?
Que signifie cet «appel du 21 avril», lancé entre autres par le président de Terra NovaOlivier Ferrand, le patron de la radio Génération 88.2Bruno Laforestrieet la présidente du MJSLaurianne Deniaud? Ils avancent l'idée d'un « pacte générationnel », faisant écho au «pacte écologique» que Nicolas Hulot avait proposé aux candidats de 2007 de signer. A l'époque, il s'agissait en signant ce pacte de s'acquitter d'un droit de péage pour être labellisé candidat « écolo-compatible » à la présidentielle. Le « pacte générationnel » de l'appel du 21 avril proclame «la nécessité d'une double alternance : politique bien sûr, mais aussi culturelle et générationnelle » et prévient la vieille garde : «Ils n'auront pas nos voix sans nos idées.»
L'initiative est louable dans le sens où elle interpelle sur ce possible hold-up du FN sur les couches de la société qui devraient, sociologiquement, constituer l'électorat de la gauche. Un hold-up idéologique qui interroge sur la pertinence des candidats dits « de gauche » : l'appellation n'est-elle plus qu'une abstraction, qu'un label déconnecté de la réalité ou a-t-elle encore une vraie consistance idéologique ?
Le texteintégral du « pacte générationnel », trouvable sur leur site, rend un diagnostic difficilement contestable de l'état du pays. Rien toutefois sur l'insécurité, le rôle de l'État, la remise en cause des effets pervers de la mondialisation. Le pacte générationnel porte surtout sur l'idée qu'il faut renouer le lien entre les générations, et n'a pas vocation à remplacer leprogramme socialiste, mais plus à y figurer en annexe. L'appel aurait pu ressembler àune déclaration de Premier secrétaire du PSsi l'on n'y trouvait - vers la fin du texte - cette critique isolée :
«Les partis de pouvoir à gauche, et particulièrement le Parti socialiste, ont failli ainsi à leur devoir de représentation de la société française. S'ils avaient été exemplaires, et si la composition du groupe socialiste à l'assemblée était radicalement différente de celle de l'UMP, nous aurions pu nous projeter, nous aurions pu essayer le mercredi à la télévision de trouver des gens qui nous ressemblent.» Une pique visant à acter l'indépendance du collectif, même si l'on sait que certains signataires « vedettes » de l'appel, nommés plus haut, sont proches des caciques du PS.
L'initiative est louable dans le sens où elle interpelle sur ce possible hold-up du FN sur les couches de la société qui devraient, sociologiquement, constituer l'électorat de la gauche. Un hold-up idéologique qui interroge sur la pertinence des candidats dits « de gauche » : l'appellation n'est-elle plus qu'une abstraction, qu'un label déconnecté de la réalité ou a-t-elle encore une vraie consistance idéologique ?
Le texteintégral du « pacte générationnel », trouvable sur leur site, rend un diagnostic difficilement contestable de l'état du pays. Rien toutefois sur l'insécurité, le rôle de l'État, la remise en cause des effets pervers de la mondialisation. Le pacte générationnel porte surtout sur l'idée qu'il faut renouer le lien entre les générations, et n'a pas vocation à remplacer leprogramme socialiste, mais plus à y figurer en annexe. L'appel aurait pu ressembler àune déclaration de Premier secrétaire du PSsi l'on n'y trouvait - vers la fin du texte - cette critique isolée :
«Les partis de pouvoir à gauche, et particulièrement le Parti socialiste, ont failli ainsi à leur devoir de représentation de la société française. S'ils avaient été exemplaires, et si la composition du groupe socialiste à l'assemblée était radicalement différente de celle de l'UMP, nous aurions pu nous projeter, nous aurions pu essayer le mercredi à la télévision de trouver des gens qui nous ressemblent.» Une pique visant à acter l'indépendance du collectif, même si l'on sait que certains signataires « vedettes » de l'appel, nommés plus haut, sont proches des caciques du PS.
Plus surprenant, l'appel qui se voulait « générationnel » s'achève finalement ainsi : «(...) Nous appelons tous les partis de gauche à travailler ensemble sur une plateforme commune visant la désignation d'un candidat unitaire dès le 1er tour, grâce à des primaires ouvertes.» Pourquoi finalement faire une telle déclaration ? En appeler à unir la gauche autour d'une seule candidature (comprendre, une seule candidature PS) comme un vaccin préventif contre un nouveau 21 avril ne risque-t-il pas au contraire de réitérer les erreurs de 2002 et d'empêcher le PS, grâce à la concurrence de ses alliés naturels, de proposer un projet plus audacieux pour la gauche ? Ce parti pris du moindre risque électoral pour assurer une alternance confortable, face à un Sarkozy supposé déjà battu, n'est-elle pas dangereuse ?
D'ailleurs, Daniel Cohn-Bendit, eurodéputé d'Europe Écologie, qui se trouvait hier en début de journée dans la liste des signataires,a depuis démenti avoir signé l'appel du 21 avril, visiblement en raison de l'appel à une candidature unique de la gauche. Une démarche étonnante alors que l'eurodéputé avait déjà fait savoir depuis un certain temps que si le risque d'un 21 avril « à l'endroit » s'amplifiait, il faudrait selon lui songer à ne pas présenter de candidat écologiste dans un an. Il a sur ce point étérejoint par sa camarade Eva Jolyqui elle, estime que cette candidature unique «appauvrirait notre débat démocratique».
Faut-il choisir LE candidat unique de gauche qui est le plus à même, selon les sondages, de faire gagner la gauche, au lieu de « s'éparpiller » ? La gauche a-t-elle plus besoin de propositions fortes ou d'une candidature unique qui lui servirait de talisman antilepéniste ? Faut-il à terme aller de plus en plus vers un système bipartite à l'américaine, entre démocrates et républicains, et où le FN serait l'équivalent desTea Parties? On pourra cependant arguer que le candidat unique émanerait du vote des militants de gauche, et qu'il n'y a aucune évidence à ce que Dominique Strauss-Kahn soit ce candidat. Mais peut-on écarter d'un revers de main la pression du « vote utile » sur les attitudes de vote dans de telles circonstances ?
Pire que le bipartisme, l'effet pervers de la candidature unique serait de prêter le flanc à la vieille antienne du FN : «l'UMPS», soit la dénonciation de la collusion supposée du système. Dans un premier tour resserré où subsisterait un candidat de gauche, un candidat de droite, et Marine Le Pen, peut-on prendre le risque de laisser Marine Le Pen devenir la seule candidature radicale et alternative revendiquée ?
C'est pourtant cet appauvrissement du politique que semblent craindre les membres du collectif, qui se déclarent «déçus par le jeu des alternances politiques des 15 dernières années qui [leur] laissent un sentiment de malaise et d'inachevé». Il ne s'agit pas de verser dans le procès d'intention à l'égard des auteurs de l'appel du 21 avril, appuyés dans leur démarche par latribune parue hier dans Libération, en faveur de «primaires pour toute la gauche». Seulement, en appelant à une candidature unitaire qui pourrait bien ne profiter qu'au PS, ne seraient-ils alors pas en train de promouvoir ce qu'ils dénoncent ?
D'ailleurs, Daniel Cohn-Bendit, eurodéputé d'Europe Écologie, qui se trouvait hier en début de journée dans la liste des signataires,a depuis démenti avoir signé l'appel du 21 avril, visiblement en raison de l'appel à une candidature unique de la gauche. Une démarche étonnante alors que l'eurodéputé avait déjà fait savoir depuis un certain temps que si le risque d'un 21 avril « à l'endroit » s'amplifiait, il faudrait selon lui songer à ne pas présenter de candidat écologiste dans un an. Il a sur ce point étérejoint par sa camarade Eva Jolyqui elle, estime que cette candidature unique «appauvrirait notre débat démocratique».
Faut-il choisir LE candidat unique de gauche qui est le plus à même, selon les sondages, de faire gagner la gauche, au lieu de « s'éparpiller » ? La gauche a-t-elle plus besoin de propositions fortes ou d'une candidature unique qui lui servirait de talisman antilepéniste ? Faut-il à terme aller de plus en plus vers un système bipartite à l'américaine, entre démocrates et républicains, et où le FN serait l'équivalent desTea Parties? On pourra cependant arguer que le candidat unique émanerait du vote des militants de gauche, et qu'il n'y a aucune évidence à ce que Dominique Strauss-Kahn soit ce candidat. Mais peut-on écarter d'un revers de main la pression du « vote utile » sur les attitudes de vote dans de telles circonstances ?
Pire que le bipartisme, l'effet pervers de la candidature unique serait de prêter le flanc à la vieille antienne du FN : «l'UMPS», soit la dénonciation de la collusion supposée du système. Dans un premier tour resserré où subsisterait un candidat de gauche, un candidat de droite, et Marine Le Pen, peut-on prendre le risque de laisser Marine Le Pen devenir la seule candidature radicale et alternative revendiquée ?
C'est pourtant cet appauvrissement du politique que semblent craindre les membres du collectif, qui se déclarent «déçus par le jeu des alternances politiques des 15 dernières années qui [leur] laissent un sentiment de malaise et d'inachevé». Il ne s'agit pas de verser dans le procès d'intention à l'égard des auteurs de l'appel du 21 avril, appuyés dans leur démarche par latribune parue hier dans Libération, en faveur de «primaires pour toute la gauche». Seulement, en appelant à une candidature unitaire qui pourrait bien ne profiter qu'au PS, ne seraient-ils alors pas en train de promouvoir ce qu'ils dénoncent ?
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