A quoi sert le projet socialiste ?

Publié le par DA Estérel 83

Mediapart

 

 

Que penser du projet socialiste, qui va être rendu public ce mardi? Ses grandes lignes ont été dévoilées dans Le Journal du dimanche. Elles laissent entrevoir l'affirmation d'une social-démocratie plus à gauche que le social-libéralisme d'antan, mais n'ambitionnant pas forcément de «changer la vie». Le titre qui pourrait être retenu, selon le JDD, pour définir le document final résume ainsi l'objectif: «Une autre France pour un autre avenir». Sous-entendu: elle est bien trop mal en point pour que la social-démocratie puisse la faire rêver ; il convient d'être responsable tout en améliorant les choses et en montrant qu'on est quand même plus «social» que la droite, afin d'envisager un nouveau futur.

Mise à jour lundi 22h30: pour lire le contenu du document discuté ce mardi en bureau national,  cliquer ici (PDF -946 Ko) ainsi qu'un résumé de 34 pages ici

Pour autant, l'essentiel du questionnement reste entier: ce projet va-t-il s'imposer au candidat qui sera désigné? Autrement posée, l'interrogation revient à s'interroger sur l'état du parti socialiste et sur son homogénéité idéologique. Travaillé par les fabiusiens Guillaume Bachelay et Alexis Dalem, ainsi que par le strauss-kahnien Alain Bergougnioux et l'eurodéputé philosophe Vincent Peillon, ce projet a été l'objet de plusieurs va-et-vient avec Solférino et Martine Aubry.

Il va être discuté et peut-être modifié durant un «conclave de chefs à plumes», ce lundi en conseil politique, puis mardi lors d'un bureau national qui débutera à 9h du matin et qui devrait accoucher d'une première «version définitive» en milieu d'après-midi. Ensuite, une fois passée sa validation en conseil national ce samedi, il sera temps pour les militants d'amender le projet, de le radicaliser ou de le recentrer, puis de voter le 19 mai, jusqu'à une adoption définitive le 28 mai.

Car aujourd'hui, comme lors de toutes les conventions et forums de réflexions du PS de l'ère Aubry, le rendu de l'exercice est un remarquable point d'équilibre entre les diverses sensibilités du parti, d'après les premiers éléments rendus publics. Un peu de «salaire maximum», mais réservé aux seuls patrons des entreprises dont l'Etat est actionnaire. Un peu d'«inversion du mix énergétique dans les plus brefs délais», mais pas de sortie clairement affirmée du nucléaire. Un peu de «zones de sécurité prioritaire», mais pas de retour à la police de proximité. Un peu de«parcours d'autonomie» pour les jeunes et la création de 300.000 «emplois d'avenir», mais pas de réelle allocation d'autonomie pour tous, ni de lutte frontale contre la précarité.

Mais une fois encore, ces observations n'ont que peu de sens si l'on fait crédit au PS de la réalité de ses procédures internes. Ces premières orientations sont le point de départ d'une discussion collective qui n'en est encore qu'à ses débuts. Les premières bribes révélées ne doivent pas faire oublier que le document final comporte une centaine de pages (sur lesquelles nous reviendrons dans les heures et jours à venir).

Toutefois, porté par la première secrétaire comme le fut en son temps le projet socialiste de 2007 par François Hollande, ce projet ne sera le programme du candidat désigné par les primaires d'octobre que si le chef du parti mène la bataille. Une hypothèse encore improbable, alors que les dites primaires devraient justement permettre à chacun des prétendants de faire valoir leurs différences sur le fond et sur leur vision de la société. Et il est ainsi fort possible que l'heureux élu ne se contente guère d'être le seul interprète de la partition idéologique aujourd'hui établie, lui préférant sans doute le rôle d'auteur-compositeur jouant sa petite musique propre.  

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Publié dans PS

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