La méthode de gouvernement du candidat Hollande

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

Nicolas Sarkozy veut les rayer de la carte pour se poser seul, face au peuple. François Hollande, lui, veut les encourager et en faire un pilier de la démocratie. Eux, ce sont les «corps intermédiaires», les syndicats, partis politiques, associations, parfois englobés dans la vaste appellation de«société civile». Depuis la primaire, et singulièrement depuis sa désignation comme candidat du PS, le député de Corrèze multiplie les rencontres, les discussions, voire les négociations avec les grandes confédérations syndicales, les syndicats de l’enseignement et, plus étonnant, les militants écologistes de Greenpeace ou del’association Négawatt.

 «Présider, pour François Hollande, c’est utiliser les corps intermédiaires. On a besoin de dialogue, de fond, pour structurer nos réponses, explique un des très proches du candidat socialiste, le député européen Stéphane Le Foll. Le principe de base, c’est de s’astreindre à dire que le temps est fini où le président décide tout seul. Il doit donner des impulsions et des orientations. Mais pour qu’elles soient effectives, il doit avoir des relais dans la société.»C’est pour les proches de Hollande la définition même d’une «vraie social-démocratie», telle que la rêve l’ancien premier secrétaire. Mais, prévient Le Foll, chargé de l’organisation dans l’équipe de campagne, «il faut le décider dès le départ». «Sinon vous allez voir : au début, c’est le ministre qui voit le responsable syndical. Puis, son directeur de cabinet. Et à la fin, c’est le conseiller technique !»

 

François Hollande reçoit François Chérèque le 18 janvier.François Hollande reçoit François Chérèque le 18 janvier.© Reuters

 

Pour l’instant, c’est bien le candidat en personne qui s’astreint à rencontrer les principaux représentants de ces «corps intermédiaires». Dans son équipe, les contacts téléphoniques avec la CGT, la CFDT, l’Unsa ou les fédérations d’enseignants sont permanents. Quand nous le rencontrons dans son bureau de l’Assemblée nationale, le député de Seine-Saint-Denis, Claude Bartolone, chargé des “relations extérieures” auprès de François Hollande – «je suis son ambassadeur social», dit-il , en témoigne :«Hier, j’ai eu un appel de la CGT de PSA qui souhaitait rencontrer un représentant de François… L’autre jour, c’est Stéphane Le Foll qui me dit : “Je viens d’avoir Bernard Thibault (CGT), il faut que tu le rappelles.” Tout cela, c’est le quotidien.» 

  En janvier, quand Hollande a organisé une sorte de contre-sommet social qui ne disait pas son nom, chaque confédération a été reçue en présence du candidat, de Bartolone et des chefs de pôles sociaux, les députés Marisol Touraine et Alain Vidalies. Stéphane Le Foll et le directeur de campagne Pierre Moscovici étaient aussi de la partie. Au PS, l’attitude est assez nouvelle. «Jospin ne recevait pas les syndicats, ça ne l'intéressait pas», tacle un syndicaliste proche de Hollande. Même Solidaires a été invité, alors que Ségolène Royal avait ostensiblement snobé cette organisation très à gauche en 2007.

«L'idée, c'est de s'inspirer de ce que faisait Raymond Soubie(ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy entre 2007 et 2010), théorise un proche de Hollande. Il a remis en scène le mouvement syndical pendant la crise, ce que la gauche n'avait pas su faire.»Dans l’équipe de campagne, le souvenir des premières années du gouvernement Jospin est encore douloureux. «Octobre 1997 reste un traumatisme», rappelle un cacique du PS. A peine arrivé au pouvoir, Lionel Jospin avait alors convoqué une grande conférence sur l'emploi et les salaires. Il annonce que les 35 heures seront faites par la loi. Jean Gandois, le patron du CNPF, l'ancêtre du Medef, dit avoir été trahi et démissionne. Un peu plus tard, son successeur Ernest-Antoine Seillière lancera main dans la main avec la patronne de la CFDT, Nicole Notat, la «refondation sociale» qui vise à autonomiser la sphère sociale par rapport à l'Etat.

 

Stéphane Le FollStéphane Le Foll© DR.
«J’ai toujours pensé qu’on maltraitait les syndicats en France. Nous avons un manque de démocratie sociale, y compris à gauche comme l’a montré l’affaire des 35 heures», explique Le Foll (photo). Qui voit aussi là, sans le dire, une démarcation entre François Hollande et son ancienne concurrente de la primaire, Martine Aubry. Ministre de l’emploi sous Lionel Jospin, mère de la réduction du temps de travail, elle est réputée plus favorable à un Etat social centralisé, voire «étatiste archéo», selon un syndicaliste très proche de Hollande.

 

«La démocratie sociale est un enjeu clé si la gauche veut marquer la période qui s'ouvre. Il nous faut un dialogue social renouvelé, revaloriser le concept de compromis gagnant-gagnant dans la culture sociale», plaide Jean Kaspar, secrétaire général de la CFDT entre 1988 et 1992. Comme plusieurs syndicalistes, DRH d'entreprises et chercheurs, ce soutien déclaré de François Hollande appartient à un des nombreux groupes de travail qui planchent sur les mesures économiques et sociales.

Comité “Atacama”

Pendant ses onze années passées à la tête du PS, le candidat socialiste n'a pourtant guère fait figure de proche des syndicats. Son parti avait même peu ou prou disparu des grandes manifestations sociales, après plusieurs incidents, dont celui, resté célèbre, de Guéret en 2005 : lors d’un rassemblement pour la défense des services publics, Hollande avait été abondamment sifflé et avait rapidement rebroussé chemin… «François Hollande est compétent en économie et en finances publiques, mais les syndicats qu'il connaît, c'est en tout et pour tout ceux du conseil général de la Corrèze !», grince un proche de Laurent Fabius.

Reste qu'en tant que premier secrétaire, Hollande a régulièrement rencontré les grands leaders syndicaux. Et s'il a fait applaudir Bernard Thibault de la CGT lors du congrès socialiste de Dijon en 2003, en plein conflit sur les retraites, cet ancien des “clubs Témoin” de Jacques Delors est aussi très à son aise avec la culture du contrat et du compromis baignée d'influences catholiques de la CFDT. Le numéro 2 de la très réformiste Unsa, Jean Grosset, membre du PS depuis 1984, fait aussi partie de ses amis personnels.

Hollande a commencé son offensive de charme envers les syndicats dès 2009. Il fait alors figure d'outsider dans la course à la primaire socialiste, loin derrière Dominique Strauss-Kahn, en embuscade au Fonds monétaire international. Chaque lundi, Hollande réunit alors ses très proches, avec une dizaine de politiques (Le Foll, Michel Sapin, Bernard Poignant ou Jean-Yves Le Drian…), des technos comme Dominique Villemot, un avocat qui connaît Hollande depuis l'Ena, mais aussi l’ancien dirigeant de la CFDT, Jacky Bontems.

 

Jacky BontemsJacky Bontems

 

Bras droit de Nicole Notat puis de François Chérèque, y compris pour les purges contre les “gauchistes” de la maison (un ancien cadre CFDT l'appelle le «Béria de la CFDT»), Bontems, adhérent du PS depuis 1975, ramène dans ses valises Marc Deluzet, un ancien responsable confédéral CFDT qui a fondé l'Observatoire social international (OSI), un think tank social abrité par GDF Suez. Deluzet est d'ailleurs lui-même salarié de GDF Suez au titre de l’OSI. Ce chrétien de gauche, conseiller municipal PS de Limeil-Brévannes (Val-de-Marne) et ancien strauss-kahnien, cultive de très bonnes relations avec le monde de l'entreprise – France Télécom, la RATP, Schneider, Rhodia ou Malakoff Mederic font partie des entreprises adhérentes de l'OSI.

«C'est le grand capital qui paie !», lance-t-il en riant au téléphone quand il vous invite à un petit-déjeuner dans la Tour GDF-Suez, dans le quartier d'affaires de la Défense. «J'ai pris contact avec Le Foll dès 2009, raconte Deluzet. Il était déjà certain que Hollande allait se présenter à la primaire socialiste.» Le PS vient alors de subir une débâcle aux européennes. Juste après la défaite, en juin 2009, Hollande réunit ses fidèles à Lorient. Début 2010, ilpropose son «Pacte productif» pour la France, première esquisse de son programme. Dans l'anonymat général. 

 

 

Bontems, expert ès stratégies de mobilisation, use alors de son téléphone pour faire la retape de Hollande auprès des syndicalistes. Il est le poisson-pilote visible : délié de toute responsabilité syndicale, il peut faire du lobbying à découvert, tandis que certains pontes de l'Unsa s'activent plus discrètement. «A l'époque, quand je disais que j'étais pour Hollande, tout le monde se foutait de ma gueule, raconte Bontems. On regardait l'évolution des sondages à la loupe, et quand il augmentait de 0,1 %, c'était presque l'explosion de joie. Nous nous sommes mis à travailler sur le quadrillage du monde syndical en constituant des réseaux pour François.»

Bontems raconte cette période avec des airs de conspirateur. Il parle de «clandestinité» et d'un «comité national secret» au service du candidat socialiste, baptisé «le comité Atacama», du nom du célèbre désert aride du Chili – son épouse est chilienne. Dans l'entourage de Hollande, la façon dont Bontems se fait mousser fait un peu sourire, agace parfois.

 

Marc DeluzetMarc Deluzet© DR

Mais personne ne nie l'efficacité du réseautage. En janvier 2011, alors que Hollande n'est pas encore officiellement candidat à la primaire, son staff organise à la Maison de la chimie des Assises du dialogue socialOn y débat déjà emploi, jeunes et démocratie sociale, qui vont devenir les axes centraux de la campagne sociale de Hollande. Bontems et Deluzet animent. On croise aussiPatrick Bonnet, directeur du développement social de GDF Suez et militant PS à Nantes, qui préside un club de lutte contre l'exclusion ; un économiste de la CGT, Pierre-Yves Chanu ; l'ancien dirigeant de la CFDT, Jean Kaspar ; une dirigeante de la Jeunesse ouvrière chrétienne ; l’économiste Gilbert Cette et la chercheuse spécialiste de l’emploi, Lucie Davoine.

Le lobbying paie

 

 

Le 15 juin, un mois après l’affaire DSK, Hollande publie dans Le Monde une grande tribune sur la démocratie sociale. Il y prône l'inscription dans la Constitution d'une “autonomie normative” des partenaires sociaux. «Concrètement, écrit Hollande, le gouvernement et le Parlement seraient juridiquement liés par le contenu de conventions signées entre partenaires sociaux sur des sujets bien précis.» Le texte a été directement inspiré par l'Unsa – et se veut un clin d’œil aux strauss-kahniens qui viennent de perdre leur chef. Et tant pis si une partie du PS tique, inquiète de ce que la définition des lois sociales n'échappe au Parlement. Le député des Landes, Alain Vidalies, qui soutient alors Martine Aubry, dénonce d'ailleurs sur Mediapart une «idée piégée».

Depuis, la proposition a été édulcorée: le projet du candidat Hollande propose d’inscrire le principe de la négociation collective dans la Constitution, mais en conservant un droit de regard pour le Parlement.

Le 23 septembre 2011, en pleine primaire, 250 syndicalistes, et parmi eux beaucoup d'adhérents ou de sympathisants PS, sontinvités dans une salle de la mairie de Saint-Ouen. La réunion avec François Hollande est à huis clos. La poignée de journalistes présents ont la consigne de ne pas publier les noms de responsables en activité. Dans l'assistance, on croise des dirigeants de syndicats étudiants et ceux du Syndicat de la magistrature. L'essentiel des dirigeants de l'Unsa est là, tout comme l'ancien secrétaire général Alain Olive (lui aussi actif dans la campagne de Hollande). L'actuel secrétaire général Luc Bérille, soucieux de ne pas afficher un soutien trop visible, n'a pas fait le déplacement.

Aucun cacique de la CFDT n'est venu : la consigne est venue d'en haut, Chérèque n'appréciant guère que Bontems se prévale partout de son étiquette CFDT pour faire campagne. Néanmoins, des dirigeants de certaines fédérations des services publics sont là. On croise aussi quelques responsables de l'exécutif élargi de la CGT. Plus surprenant, «une bonne partie du bureau confédéral» de la CFE-CGC, le syndicat des cadres en général catalogué à droite, est venue, raconte un participant. Son secrétaire général, Bernard Van Craeynest, y est donc le seul responsable syndical national.

«Il est temps aujourd’hui d’écrire ensemble une nouvelle page des relations sociales, d’inventer un partenariat nouveau pour mieux protéger les Français face aux défis actuels et pour garantir la survie de notre système de protection sociale, dit Hollande ce soir-là. Il y a là une urgence sociale, car après dix ans de gouvernements de droite et bientôt cinq ans de sarkozysme, la France est exsangue, à bout de souffle.» Le message passe bien.«Le rejet du président sortant est massif dans les organisations syndicales, y compris à la CFTC et à la CFE-CGC, analyse Jacky Bontems. Le mouvement syndical s'est battu contre la réforme des retraites. La crise économique et sociale a créé dans les organisations une forme de défaitisme. Ces déconvenues contribuent à mettre en avant la dimension politique pour changer les choses, comme jamais sans doute depuis 1981.»

 

Claude BartoloneClaude Bartolone© Reuters

 

Après Nicolas Sarkozy qui a beaucoup convoqué les syndicats, plus qu’il n’a engagé une concertation – c’est du moins leur sentiment –,«François Hollande peut leur redonner de l’air», veut croire le député Claude Bartolone. «En bloquant toutes les négociations, Nicolas Sarkozy a de nouveau enfermé les syndicats dans la case protestataire. Ils se sont sentis instrumentalisés. Hollande, lui, a la volonté de discuter.» 

Selon un leader syndical qui n'a pas souhaité être cité, «le rejet de Sarkozy est tel qu'il n'a quasiment aucune chance de repasser». D'ailleurs, quand on lui demande de commenter sa présence à la réunion de Saint-Ouen, le patron de la CFE-CGC, Bernard Van Craeynest, ne fait pas mystère de sa volonté de tourner une page.«Je souhaite que cette campagne soit l'occasion de faire un bilan exhaustif de la situation, des promesses et des réalités, des réformes engagées et non abouties. Nous souhaitons retrouver le calme et la sérénité dans le débat social, éléments qui donnent confiance en l'avenir.» Un discours qui n’est finalement pas très éloigné des propos de Bernard Thibault qui a clairement souhaité le départ de Nicolas Sarkozy.

« Une organisation béton »

La primaire socialiste passée, François Hollande a réactivé les réseaux tissés par ses amis Bontems et Deluzet ou Jean Grosset, et les a élargis, victoire oblige. L’organisation s’est aussi professionnalisée. Avec Claude Bartolone aux relations extérieures, et les responsables de pôles thématiques : Alain Vidalies pour le travail et l’emploi, Marisol Touraine à la protection sociale et la santé et Vincent Peillon à l’éducation. Les compagnons de la première heure ont souvent perdu la main. Les politiques et les “technos” sortis des grandes écoles ont pris la relève. «On a bien vu qu'on n’était pas sur la photo, dit un syndicaliste. On a été éliminés parce qu'on n'est pas des technos. François n'arbitre jamais, il évite les conflits. Il n'allait quand même pas emmerder Moscovici et Sapin en mettant des syndicalistes aux premiers postes.»

Les groupes d'experts rassemblés autour de Deluzet et Bontems (constitués de syndicalistes, d'économistes proches du PS comme Michel Godinot, le père de la CSG sous Rocard, de DRH ou même d'anciens ministres, comme l'ancienne secrétaire d'Etat au budget, Florence Parly) continuent de produire des notes, mais sans trop savoir ce qu'elles deviennent. «On n'est pas pris au sérieux», se désole l'un d'entre eux. «Hollande m'a semblé attentif à mes réflexions mais sa volonté de construire une nouvelle démocratie sociale reste à concrétiser», lance l'ancien responsable de la CFDT, Jean Kaspar. La ruée des technos dans la campagne l'inquiète : «On ne peut pas construire l'avenir uniquement avec l'intelligence d'une avant-garde éclairée.»

«On tacle beaucoup Hollande sur le manque d'expérience. Il faut être en capacité de montrer que, dès les premières semaines, l'Etat tournera s'il est élu président», rétorque un proche de Marisol Touraine, qui se définit lui-même comme un «horrible techno». Loin des joutes médiatisées de la campagne, ces«cerveaux» de l’administration (dont les noms sont soigneusement effacés des organigrammes) travaillent en toute discrétion aux premières mesures sociales du candidat Hollande. Ils échangent des notes, ménagent les équilibres, préparent minutieusement l'agenda du possible prochain président de la République. Le candidat ou ses proches livrent régulièrement des arbitrages, comme dans un gouvernement fantôme.

 

Marisol Touraine et François HollandeMarisol Touraine et François Hollande© Reuters.

 

«On a une organisation béton», se félicite Marisol Touraine, députée d'Indre-et-Loire présentée comme une possible future ministre des affaires sociales. Elle travaille avec trois groupes d’experts séparés, dont une trentaine de «technos» bardés de diplômes (et notamment de l'Inspection générale des affaires sociales), coordonnées par une haute fonctionnaire. «Elle les rencontre toutes les semaines, je les vois au moins tous les quinze jours, ils sont sollicités au moins quatre ou cinq fois par jour, même les week-ends», explique Touraine.

Son camarade du pôle emploi, Alain Vidalies, privilégie lui son vieux réseau de juristes, de syndicalistes et d'inspecteurs du travail, mais il a aussi intégré des hauts fonctionnaires aux dents longues. «De toute façon, les technos arrivent même quand on ne leur a rien demandé !», dit en souriant le député des Landes. En ce moment, les offres de service affluent. «C'est fou le nombre de DRH de gauche qui vivaient cachés et veulent jouer les intermédiaires avec leurs patrons ! A croire que pendant toutes ces années où on ne les a jamais vus, ils ont souffert en silence», ajoute avec quelque ironie un responsable socialiste.

«Je dois dire que j'ai été agréablement surpris en intégrant le dispositif : par rapport au bazar de 2007, on est en mode pré-cabinet ministériel», témoigne un de ces technos anonymes qui a rejoint le cercle de plus en plus large des conseillers de l'équipe de campagne, alléchés par les postes à pourvoir après une éventuelle victoire. Pour certaines mesures, les projets de lois et les décrets d'application ont déjà été rédigés et transmis à Laurent Fabius, chargé d'écrire la partition de la première année d'un éventuel quinquennat Hollande.

L’ancien premier ministre de Mitterrand a lui-même réuni un pôle d'experts sociaux regroupant inspecteurs de l'Igas, hauts responsables de Pôle emploi, DRH. Ils doivent examiner la copie que certains membres de l’équipe leur rendent. «Moi, j'ai remis 72 pages le 16 février, raconte Vidalies. J’y explique ce qu'on ferait en matière de travail et d'emploi entre la présidentielle et la législative, puis ce qu'on ferait la première année. Pour chaque mesure proposée, il fallait expliquer l'objectif, le contenu, son financement, la méthode, les acteurs en présence, et rédiger un avant-projet de loi ou un décret.»

Une fois arbitrées, ces propositions pourront être distillées au fur et à mesure de la campagne, mais plus sûrement précisées après la présidentielle, si François Hollande est élu. «Il y a une demande légitime de creuser les sujets mais ce n'est pas du niveau d'une élection présidentielle, surtout avec en face un candidat qui n'a rien annoncé sinon qu'il allait faire des référendums», affirme Marisol Touraine. En gros : le staff jure que tout (ou presque) est prêt sur les grandes orientations sociales mais que le temps n’est pas venu d’en livrer les détails aux électeurs.

« Assises de la démocratie sociale »

 

Hollande devant les salariés d'ArcelorMittal, février 2012.Hollande devant les salariés d'ArcelorMittal, février 2012.© Reuters

 

Là encore, Hollande veut privilégier la concertation avec les partenaires sociaux. Patronat compris. Début mars, Claude Bartolone a prévu d’organiser une rencontre entre le candidat socialiste et les représentants des patrons français. «Je sens chez bon nombre de représentants patronaux le sentiment qu’ils ne peuvent pas se permettre de ne pas rencontrer Hollande. Bien sûr, il y a des désaccords avec le Medef et la CGPME, explique le député. Mais je suis très surpris de voir certains textes del’UIMM.»

Avec la toute-puissante fédération patronale de la métallurgie, les contacts sont facilités par la présence à sa tête de Frédéric Saint-Geours, directeur des marques de PSA Peugeot-Citroën, qui a aussi dirigé le cabinet d'Henri Emmanuelli lorsqu'il était secrétaire d'Etat au budget, entre 1984 et 1986. Récemment, Saint-Geours a été reçu par le “club Fraternité” de Laurent Fabius. Les deux hommes se tutoient.

Avec les artisans de l'UPA, le dialogue est «ouvert et positif», explique Alain Vidalies. Hollande rencontre aussi plus discrètement des grands patrons, notamment par l'intermédiaire du réseau de son ami Jean-Pierre Jouyet, ancien ministre de Sarkozy et président de l'Autorité des marchés financiers. «Les patrons sont des types réalistes, et ils se disent qu'il y a des chances raisonnables que cet homme soit président. Et à de rares exceptions près, beaucoup de chefs d'entreprise de tous les niveaux trouvent que la France est aujourd'hui mal gouvernée», explique un DRH, ami de trente ans de Hollande, qui fait pour lui la retape dans le monde de l'entreprise.

 

Alain VidaliesAlain Vidalies© DR
Syndicats et patronat sont en tout cas appelés, en cas de victoire du PS, à se retrouver au lendemain de la présidentielle pour une «conférence sociale», qui pourrait s’appeler «Assises de la démocratie sociale». Elle pourrait se tenir avant même les élections législatives. «Il s'agira d'évoquer le calendrier des négociations sociales entre les partenaires sociaux sur toute une série de sujets, mais aussi de lancer les mesures urgentes pour l'emploi et d'évoquer une éventuelle revalorisation du Smic», affirme Alain Vidalies. Selon lui, l'idée d'un coup de pouce au salaire minimum, qui n'a pas été revalorisé au-delà de l'inflation depuis 2007, a été validée par l'entourage du candidat. Les conditions de travail ou encore le fameux contrat de générationvanté par Hollande devraient également faire partie des négociations.

 

Même chose dans l’Education nationale : si Hollande est élu, les négociations avec les fédérations d’enseignants doivent officiellement commencer au lendemain du 6 mai, pour être bouclées durant l’été. Une loi-cadre pourrait être votée dès l’automne. En réalité, les discussions sont déjà bien entamées. «Vu l’ampleur des sujets, François Hollande nous a demandé au mois de novembre de démarrer la discussion avec l’ensemble des acteurs. Un premier round a eu lieu. Un deuxième commence ce mois-ci, avec Bruno Julliard, Yannick Trigance et toutes nos équipes»expliquait récemment à Mediapart Vincent Peillon, chargé de l’éducation dans l’équipe de campagne«On a le sentiment que des choses avancent au PS, estime, sous couvert d’anonymat, un responsable syndical de l’Education nationale. Par rapport à la primaire, des projets se précisent. Les équipes bossent.» Même avec le Snes, les relations, un temps très tendues, semblent s’être apaisées. Sans que cela vaille accord.

Car les syndicats pourraient aussi être déçus quand les arbitrages seront rendus. «Quand on a rencontré François Hollande, on a insisté en disant : on ne vous demande pas de reprendre les positions de Solidaires mais si vous voulez éviter un désenchantement assez rapide, il faudrait une réorientation fondamentale de la politique sociale, raconte Annick Coupé, porte-parole de Solidaires (Sud). Il y a beaucoup d'attentes et si François Hollande ne prend pas quelques mesures fortes pour tourner la page, il risque d'y avoir des déconvenues.» Le candidat a écouté. Poliment. Comme à son habitude. Mais il n'a pas fait de commentaires.

C’est un peu l’expérience qu’ont faite les militants écologistes. Depuis la primaire (et une tribune publiée dans Le Monde), Hollande et son équipe ont affiché leur fermeté vis-à-vis des défenseurs de l’environnement et de la sortie du nucléaire, rompant avec les liens de travail tissés autour de Martine Aubry. Le candidat a prévenu qu’il n’appliquerait pas dans son intégralité l’accord noué entre le PS et Europe Ecologie-Les Verts et que seule la centrale de Fessenheim serait fermée au cours du quinquennat. 

Depuis, Hollande a reçu à plusieurs reprises experts et responsables écologistes. Souvent en toute discrétion. Le candidat socialiste a ainsi rencontré personnellement des représentants de Négawatt, ce réseau d’experts en énergie qui ont produit le seul scénario précis de transition énergétique et de sortie du nucléaire. Il a aussi vu des responsables de Greenpeace, l’une des ONG françaises les plus farouchement anti-nucléaires. Lors de ses discussions à huis clos, il s’est montré ouvert à l’idée que le grand débat citoyen sur l’énergie qu’il compte organiser étudie l’hypothèse de la fermeture d’autres réacteurs que ceux de Fessenheim pendant le quinquennat. Son porte-parole sur l’énergie, le député François Brottes, a, lui, parlé autoproduction, autoconsommation et sobriété énergétique avec des accents de sincérité qui ont touché ses interlocuteurs, et soulevé chez certains l’espoir que les socialistes mènent, une fois au pouvoir, une politique plus verte qu’annoncé.

Mais publiquement, la partie semble nettement plus fermée. Voire de moins en moins favorable aux idées écologistes. Ainsi, alors que François Hollande s’opposait jusqu’ici au projet de deuxième réacteur EPR, à Penly, il nuance désormais ce refus. Son calendrier de fermeture des réacteurs paraît lui aussi s’embrouiller : 50 % d’électricité d’origine nucléaire (contre 75 % aujourd’hui), ce sera«en 2025 ou en 2030», a annoncé François Brottes mi-février.

«C’est typique de la méthode Hollande !, souligne un de ses camarades. Avec lui, on peut toujours négocier...» Mais, rétorque un autre, «à chaque fois qu'il promet quelque chose, le plus sûr est qu'on ne l'aura pas». Réponse à partir du 6 mai. S’il est élu.

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Publié dans HOLLANDE

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