Z'avez pas vu Eva?
Au moment où la crise financière n'en finit pas d'asphyxier l'économie mondiale, alors que les héritiers des sinistres colonels - les dirigeants du parti d'extrême droite LAOS - viennent de faire leur retour au sein du gouvernement grec dans l'indifférence quasi générale d'Hellènes obnubilés par l'effondrement de leur pouvoir, de quoi se préoccupe-t-on en France?
En cet automne où malgré la nomination d'austères technocrates en remplacement du bouffon Berlusconi, l'Italie n'en finit pas de boucher son trou en empruntant à des taux de plus en plus prohibitifs, qu'est-ce qui fait l'actualité politique chez nous cette fin de semaine? La menace pour notre pays de perdre ce fameux triple A auquel le gouvernement s'accroche comme au radeau de la Méduse et Nicolas Sarkozy comme à l'indispensable talisman de son hypothétique réélection en mai prochain? Vous n'y êtes pas. Encore que l'affaire qui agite actuellement la médiasphère et l'opposition ait effectivement à voir avec la campagne présidentielle...
La grande question est en effet de savoir ce qu'est devenue Eva Joly. Depuis le pataqués de l'accord entre EELV et le PS sur le nucléaire, c'est silence radio du côté de la candidate des Verts à l'Elysée. Jeudi soir l'ancienne magistrate a fait faux bond à France 2 où elle devait débattre avec Jean-François Copé.
Qu'Eva Joly ait cherché en plein psychodrame entre PS et les Verts à ne pas s'exposer ce soir là (même si cette façon de faire faux bond ne la grandit pas), on le comprend. Mais voilà, alors que les choses sont enfin clarifiées entre les «alliés» de gauche, Eva Joly reste toujours aux abonnés absents.
Et que la question revient en boucle: et si, écoeurée par l'accord au rabais obtenu par ses «camarades», Eva Joly avait décidé de se retirer? Et si celle dont les amis louent la sincérité et l'intégrité et dont ses adversaires dénoncent la raideur intégriste avait, au vu des petits calculs politiciens des négociateurs et des sondages qui ne décollent pas, décidé de jeter l'éponge? Et si elle avait fini par écouter Cohn-Bendit qui depuis des mois explique à qui veut l'entendre que pour éviter un 21 avril à l'envers, il faut tout simplement qu'elle renonce à la Présidentielle alors que Marine Le Pen est aujourd'hui créditée de 19% des intentions de vote?
Noël Mamère, député vert de Gironde, même s'il ne cache pas que la candidate est «troublée», tente de dédramatiser cette fuite en lançant qu'elle n'est pas «allée à Baden-Baden»... Une chose est certaine c'est qu'Eva Joly a décidé de se mettre à la diète médiatique.
Une diète qui finalement lui réussit plutôt bien: il y a bien longtemps en effet qu'elle n'avait autant fait parler d'elle.