Vote pied-noir : pourquoi Sarkozy a convoqué Enrico à Villepinte
Vote pied-noir : pourquoi Sarkozy a convoqué Enrico à Villepinte
Mardi 13 Mars 2012 à 15:00 | Lu 1813 fois I 5 commentaire(s)
Cinquante ans que les accords d’Evian ont mis fin à la guerre d’Algérie. L’occasion pour le Cevipof, le Centre de recherches politiques de Sciences Po, de s’interroger sur la pertinence du fameux « vote pied-noir », traditionnellement considéré favorable à l’extrême-droite. Une initiative fructueuse puisque l’étude semble tordre le cou à un cliché tenace : on n’est plus FN de père en fils. L'info n'est pas tombée dans l'oreille d'un sourd...
Bouille typée, mine enjouée et R qui roulent, Enrico Macias monte sur l'immense estrade blanche de Villepinte. Il est venu soutenir son ami en meeting, Nicolas Sarkozy, qui « n'a jamais déçu les rapatriés d'Algérie et les harkis », selon le chanteur. « C’est un homme de parole, poursuit-il convaincu. Le seul qui a pu endiguer la crise mondiale qui nous frappe. »
Bien inspiré, le président-candidat, d'inviter l'ami Enrico. Parfait pour légitimer son action auprès de la communauté pied-noir. Car une étude du Cevipof, à partir de plusieurs enquêtes de l’Ifop, vient ébranler une certitude, jadis tangible : non seulement les rapatriés d'Algérie ne votent plus en masse pour le Front National mais en plus, ils se désolidarisent de l'UMP, pourtant plébiscité en 2007.
Conscient d'avoir négligé un bon filon, Nicolas Sarkozy tente de retrouver son aura d’antan auprès de cette niche. Déjà à Nice, lors d’un précédent meeting, le candidat faisait de l’œil à la communauté en reconnaissant les autorités françaises étaient coupables « d'injustices »envers les harkis après la fin de la guerre d'Algérie. Admettant même avoir une « dette »envers eux. Un mea culpa nécessaire après des promesses non tenues de 2007 : reconnaître« officiellement la responsabilité de la France dans l'abandon et le massacre des harkis ». A ce jour, aucune loi mémorielle n’existe.
Suite aux déclarations de Nice, le camp Le Pen avait évidemment pris ses dispositions pour défendre son bout de gras : « La chasse aux voix est ouverte mais les rapatriés et harkis ne seront pas dupes, a prévenu Louis Aliot, numéro deux du Front national, immédiatement monté au créneau. Durant quarante ans ils ont été trompés par la gauche et par la droite. »Le FN, dont certains fondateurs étaient « Algérie française », accuse aujourd’hui Nicolas Sarkozy de manipulation.
Bien inspiré, le président-candidat, d'inviter l'ami Enrico. Parfait pour légitimer son action auprès de la communauté pied-noir. Car une étude du Cevipof, à partir de plusieurs enquêtes de l’Ifop, vient ébranler une certitude, jadis tangible : non seulement les rapatriés d'Algérie ne votent plus en masse pour le Front National mais en plus, ils se désolidarisent de l'UMP, pourtant plébiscité en 2007.
Conscient d'avoir négligé un bon filon, Nicolas Sarkozy tente de retrouver son aura d’antan auprès de cette niche. Déjà à Nice, lors d’un précédent meeting, le candidat faisait de l’œil à la communauté en reconnaissant les autorités françaises étaient coupables « d'injustices »envers les harkis après la fin de la guerre d'Algérie. Admettant même avoir une « dette »envers eux. Un mea culpa nécessaire après des promesses non tenues de 2007 : reconnaître« officiellement la responsabilité de la France dans l'abandon et le massacre des harkis ». A ce jour, aucune loi mémorielle n’existe.
Suite aux déclarations de Nice, le camp Le Pen avait évidemment pris ses dispositions pour défendre son bout de gras : « La chasse aux voix est ouverte mais les rapatriés et harkis ne seront pas dupes, a prévenu Louis Aliot, numéro deux du Front national, immédiatement monté au créneau. Durant quarante ans ils ont été trompés par la gauche et par la droite. »Le FN, dont certains fondateurs étaient « Algérie française », accuse aujourd’hui Nicolas Sarkozy de manipulation.
LE « VOTE PIED-NOIR » EXISTE-T-IL ?
Pour autant, d'autres candidats peuvent prétendre aux grâces des rapatriés. « Le vote pied-noir n'existe pas, assure d'ailleurs l'historien Jean-Jacques Jordi. Il n'a pas existé, sauf quand il s'agissait de battre De Gaulle. C'est la seule fois où les Pieds-noirs ont voté comme un seul homme », affirme-til en spécialiste de la communauté.
Cela ne veut pas dire voter pour mais contre : « En 1965, lorsqu'il y eu les élections présidentielles, des Pieds-noirs ont voté Jean-Louis Tixier-Vignancour au premier tour et François Mitterrand au second ! » explique l'historien. Le premier étant le représentant nationaliste de l'époque, pour qui Jean-Marie Le Pen fut le directeur de campagne. Il avait appelé à voter Mitterrand au second tour, contre l'avis de Le Pen justement. « Ils auraient voté n'importe qui. Le but était d'abattre De Gaulle. C'était un vote de circonstance », insiste-t-il dans une interview au journal La Croix. Suite à quoi, il y aurait eu un « éparpillement sur tout l’échiquier politique ».
Selon Emmanuelle Comtat, auteur de l'ouvrage Les Pieds-noirs et la politique, c'est parce que les Pieds-noirs ont une image critique de la politique et de leurs représentants qu’ils semblent plus politisés que les autres. Le traumatisme de la guerre d’Algérie a engendré une idéologie tournée vers le passé. Mais un traumatisme qui n'a pas orienté les rapatriés vers un parti en particulier. « Leur vote est multi-forme », analyse Emmanuelle Comtat. D'ailleurs, le vote communiste était considérable à Bab el Oued. Une tendance qui selon l'auteure a continué, même si le traumatisme est intervenu sur le positionnement gauche-droite. Et selon l'étude du Cervipof, bien que relativiste quant au cliché, plutôt à droite.
Cela ne veut pas dire voter pour mais contre : « En 1965, lorsqu'il y eu les élections présidentielles, des Pieds-noirs ont voté Jean-Louis Tixier-Vignancour au premier tour et François Mitterrand au second ! » explique l'historien. Le premier étant le représentant nationaliste de l'époque, pour qui Jean-Marie Le Pen fut le directeur de campagne. Il avait appelé à voter Mitterrand au second tour, contre l'avis de Le Pen justement. « Ils auraient voté n'importe qui. Le but était d'abattre De Gaulle. C'était un vote de circonstance », insiste-t-il dans une interview au journal La Croix. Suite à quoi, il y aurait eu un « éparpillement sur tout l’échiquier politique ».
Selon Emmanuelle Comtat, auteur de l'ouvrage Les Pieds-noirs et la politique, c'est parce que les Pieds-noirs ont une image critique de la politique et de leurs représentants qu’ils semblent plus politisés que les autres. Le traumatisme de la guerre d’Algérie a engendré une idéologie tournée vers le passé. Mais un traumatisme qui n'a pas orienté les rapatriés vers un parti en particulier. « Leur vote est multi-forme », analyse Emmanuelle Comtat. D'ailleurs, le vote communiste était considérable à Bab el Oued. Une tendance qui selon l'auteure a continué, même si le traumatisme est intervenu sur le positionnement gauche-droite. Et selon l'étude du Cervipof, bien que relativiste quant au cliché, plutôt à droite.
UN PENCHANT TOUT DE MÊME POUR LA DROITE ?
En 2007, 31% des Pieds-noirs votaient Nicolas Sarkozy et 18% pour Jean-Marie Le Pen. Soit 8 points de plus que la moyenne des Français.
Une tendance se dégage donc fortement à droite. D’autant que le centriste François Bayrou n’avait récolté que 7% de leurs voix (contre 18,6% en moyenne) et la socialiste Ségolène Royal 20,5% (contre près de 26% en moyenne). Un dernier écart certes faible mais qui prouve que les Pieds-noirs votent moins à gauche que l'ensemble des Français.
En 2002, l’étiquette de leur vote était encore plus marquée puisque 30% d’entre eux déclaraient voter Jean-Marie Le Pen ou Bruno Mégret. C’est à peine plus que leurs intentions de vote pour la fille Le Pen dans deux mois. Soit, là encore, 8 points de plus que les intentions de vote au niveau national. Selon l’étude du Cevipof, le penchant Front national se confirme donc pour la prochaine présidentielle. Il est en revanche moins le résultat d'une transmission intergénérationnelle d'une « tradition électorale » que d'une tendance générale.
Une tendance se dégage donc fortement à droite. D’autant que le centriste François Bayrou n’avait récolté que 7% de leurs voix (contre 18,6% en moyenne) et la socialiste Ségolène Royal 20,5% (contre près de 26% en moyenne). Un dernier écart certes faible mais qui prouve que les Pieds-noirs votent moins à gauche que l'ensemble des Français.
En 2002, l’étiquette de leur vote était encore plus marquée puisque 30% d’entre eux déclaraient voter Jean-Marie Le Pen ou Bruno Mégret. C’est à peine plus que leurs intentions de vote pour la fille Le Pen dans deux mois. Soit, là encore, 8 points de plus que les intentions de vote au niveau national. Selon l’étude du Cevipof, le penchant Front national se confirme donc pour la prochaine présidentielle. Il est en revanche moins le résultat d'une transmission intergénérationnelle d'une « tradition électorale » que d'une tendance générale.
LES DESCENDANTS PIED-NOIR S’OUVRENT PLUS AUX AUTRES PARTIS
Si les restes d'une orientation droitière semble visibles, il est désormais difficile de considérer un vote pied-noir uniforme. Car si l’on prend en compte les 2 millions de descendants pied-noir, non inclus dans ces premiers sondages, le constat est sans appel : la transmission générationnelle du vote n’est plus d’actualité. Les enfants ne votent plus du tout comme leurs parents.
François Hollande, par exemple, est crédité de 31% d’intentions de vote pour le premier tour 2012 par les descendants pied-noirs. Soit 5 points de plus que par les Pieds-noirs de souche. Et plus étonnant encore, 2 points de plus que par l’ensemble des inscrits sur les listes électorales.
Nicolas Sarkozy quant à lui perdrait 11 points d’intentions de vote auprès des descendants par rapport à leurs ascendants. Le Centre récolterait 5 points de plus. Et Marine Le Pen, 4 points de moins.
En somme, la tendance extrême-droite persiste mais elle ne se fait plus au détriment des autres couleurs politiques. Seul lésé dans l’histoire, le président-candidat UMP qui, visiblement, ne convainc pas la jeune génération pied-noir.
François Hollande, par exemple, est crédité de 31% d’intentions de vote pour le premier tour 2012 par les descendants pied-noirs. Soit 5 points de plus que par les Pieds-noirs de souche. Et plus étonnant encore, 2 points de plus que par l’ensemble des inscrits sur les listes électorales.
Nicolas Sarkozy quant à lui perdrait 11 points d’intentions de vote auprès des descendants par rapport à leurs ascendants. Le Centre récolterait 5 points de plus. Et Marine Le Pen, 4 points de moins.
En somme, la tendance extrême-droite persiste mais elle ne se fait plus au détriment des autres couleurs politiques. Seul lésé dans l’histoire, le président-candidat UMP qui, visiblement, ne convainc pas la jeune génération pied-noir.
POIDS ÉLECTORAL : 3,2 MILLIONS DE PIEDS-NOIRS EN FRANCE
Selon les chiffres de l’Insee*, 2,7% des Français inscrits sur les listes électorales sont Pieds-noirs. Soit 1,2 million d’électeurs potentiels pour cette présidentielle 2012. Mais en élargissant aux personnes se revendiquant une ascendance pied-noir, la communauté pèserait 7,3% de la population hexagonale. Soit 3,2 millions de personnes. Inégalement répartie sur le territoire, compte tenu d’une forte présence dans le Sud de la France, la communauté pied-noir est minoritaires en Picardie et en Bretagne par exemple et très implantée en Paca (13,7%) ou dans le Languedoc-Roussillon (15,3%).
Elle occupe en outre des métiers très divers avec une légère prédominance dans les catégories socioprofessionnelles « cadres et professions intellectuelles supérieures » (11,6%) et « professions intermédiaires » (16,7%).
* Insee septembre 2011, sur la base de 43 millions d’inscrits sur les listes électorales.
Elle occupe en outre des métiers très divers avec une légère prédominance dans les catégories socioprofessionnelles « cadres et professions intellectuelles supérieures » (11,6%) et « professions intermédiaires » (16,7%).
* Insee septembre 2011, sur la base de 43 millions d’inscrits sur les listes électorales.
Publicité
IMPRIMER
AUGMENTER LE TEXTE
DIMINUER LE TEXTE