Vive le rire !
Il faut dès lors rappeler que la religion et sa liberté d'exercice dans notre République laïque sont des corollaires de la liberté de conscience. Et donc celle pour tout citoyen de pouvoir nier aussi bien qu'Allah soit grand ou contester que Dieu existe.
Comme le disait fort justement le regretté Pierre Desproges «on peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui». L'apostrophe de l'époque qui visait l'extrême droite et Jean-Marie Le Pen vaut évidemment aujourd'hui alors qu'une nouvelle fois l'humour et la liberté d'expression sont visés par un autre fascisme, le fascisme vert de l'islamisme radical. Pour avoir osé nommer Mahomet rédacteur en chef de son édition d'hier matin, pour avoir caricaturé ces révolutionnaires arabes qui aujourd'hui de Tunis à Tripoli se réclament de la charia, Charlie Hebdo a retrouvé hier matin sa rédaction en cendres.
Même s'il faut évidemment toujours être prudent tant que les auteurs de l'attentat n'ont pas été identifiés, difficile de ne pas faire le lien entre ces dessins dans la veine outrancière classique du journal satirique et le cocktail molotov qui a été lancé l'autre nuit contre le siège de l'hebdomadaire. Cet attentat, doublé du piratage du site internet du journal, arrive en effet après qu'une série de menaces de morts ait inondé la rédaction.
Cet attentat contre un journal - le premier depuis la guerre d'Algérie - renvoie aux manifestations de haine qui avaient traversé le monde musulman et aux tentatives de meurtre contre un dessinateur du journal danois qui avait publié des caricatures de Mahomet. Caricatures qui avaient été reprises en signe de solidarité par plusieurs journaux occidentaux, dont Charlie Hebdo. Hier, parmi les réactions de soutien unanimes du monde politique, syndical et associatif on a pu noter celle du Conseil Français du Culte Musulman. Une évolution qu'il faut saluer quand on se souvient que celui-ci avait déposé plainte en justice pour «blasphème» contre Charlie Hebdo lors de l'épisode précédent.
Pour autant on aimerait que ceux qui réprouvent aujourd'hui l'attentat ne donnent pas en même temps la désagréable impression qu'ils condamnent préalablement et radicalement toute critique de Dieu, toute expression qui remette en cause le total primat du religieux. Quelle qu'elle soit, quelque Dieu qu'elle vénère, il faut dès lors rappeler que la religion et sa liberté d'exercice dans notre République laïque sont des corollaires de la liberté de conscience.
Et donc celle pour tout citoyen de pouvoir nier aussi bien qu'Allah soit grand ou contester que Dieu existe. L'attentat de l'autre nuit doit malheureusement nous alerter sur les risques de voir le fanatisme revenir en force dans notre pays. Il est tout à fait édifiant de constater que les manifestations qui se multiplient depuis quelques jours pour faire interdire les représentations de la pièce prétendument blasphématoire de Romeo Castellucci «Sur le concept du visage du fils de Dieu» amalgament aussi bien des intégristes catholiques, des jeunes de l'Action française, des nostalgiques de la royauté que des salafistes. Preuve que, comme disait un autre humoriste, «même quand on n'a rien contre Dieu, on peut avoir du mal avec certains de ses clubs de supporters».