Vestric-et-Candiac: «Sarkozy est venu pour se faire mousser»

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

Les quelque 1324 âmes de Vestric-et-Candiac, à une vingtaine de kilomètres au sud de Nîmes, s’éveillent tranquillement en ce lundi matin. Point d’affluence particulière à l’épicerie, près du rond-point à l'entrée de la ville. Des dames viennent chercher leur baguette. Point de foule au bar-tabac. Quelques ouvriers prennent leur café avant d’aller pointer. Des anciens lisent le journal en cochant une grille de jeux. Des hommes pressés achètent leur réserve de cigarettes pour la journée. Dehors, à l’entrée du village, des lycéens attendent le bus. Les rues sont vides. Calmes et silencieuses. Un peu comme si jamais Nicolas Sarkozy n’avait foulé les pavés de cette bourgade tranquille.

N. Sarkozy dans le Gard, le 29 mars.N. Sarkozy dans le Gard, le 29 mars.© Reuters.

Et pourtant. Jeudi, entre 14 heures et 17 heures, il en a été tout autrement. Trois heures de presque extase, d’euphorie fulgurante, de«Sarkozy président !»égosillés, de flashs intempestifs, de smartphones brandis pour filmer la visite président-candidat au bar-tabac L’Avenir. Pendant ces trois heures – des préparatifs à la fin de la visite –, le village a été transformé, bordé à chaque extrémité de gendarmes, policiers et autres messieurs en costume sombre, le regard concentré.

Trois jours après, qu’en reste-t-il ? Pas grand-chose ou presque. Comme une brioche sortie trop tôt du four, l’enthousiasme est retombé. La vie a repris son cours. Voire, pour ceux qui ne l’avait jamais interrompu, a tout simplement continué.

Encore eût-il fallu avoir été prévenu de cette visite. « On n’était même pas au courant de sa venue !, s’étonne Graziella, qui a repris en famille l’épicerie-dépôt de pain en août dernier. Il paraît que ses gardes du corps seraient passés pour acheter des bouteilles d’eau, mais comme on n’ouvre qu’à 17h30, on n'a pas vu Nicolas Sarkozy. »

Au bar-tabac L’Avenir, Dias, un habitué, retraité du bâtiment, n’en savait pas davantage : « Le mot est passé deux heures avant, par le bouche à oreille. » Pas étonnant, le secret a été gardé jusqu’à la dernière minute. Un secret dans lequel même le maire, Jean-François Laurent, n’était pas.

Alain Peyro, patron du bar L'Avenir, Vestric-et-CandiacAlain Peyro, patron du bar L'Avenir, Vestric-et-Candiac© VO

Alain Peyro, le patron du bar, qui a troqué la chemise blanche de jeudi contre un polo décontracté, raconte le ballet de l’équipe de Nicolas Sarkozy : « Ils sont d’abord venus lundi, me dire qu’un ministre allait passer. Puis ils sont revenus mardi soir. Là, ils m’ont dit qu’en fait, il s’agissait de Nicolas Sarkozy. Mercredi, ils sont passés une dernière fois. Je leur ai demandé si le maire était au courant. Ils m’ont répondu qu’ils avaient un rendez-vous avec le préfet et qu’ils verraient à ce moment-là. » Le maire finit par être prévenu... le mercredi à 20 heures.« Mon fils ne m’avait rien dit ! » confie Yves Peyro, qui donne un coup de main le matin derrière le bar.

Il se tourne vers le comptoir et attrape une photo : celle de son fils avec Nicolas Sarkozy et une dizaine de clients dans son café. Plutôt « content qu’il soit passé », il n’en reste pas moins circonspect. Il repose la photo. « C’est de l’éphémère tout ça. Il ne se rappellera pas qu’il est venu à Vestric! »

— Moi je m’en rappellerai», lui répond Dias.

 Qu’il me donne 100 euros de plus pour ma retraite et on s’en rappellera ! » rétorque Monique Peyro, l’ancienne patronne, juchée sur un tabouret pour dépoussiérer les étagères de verres.

Pendant la visite de Nicolas Sarkozy, la septuagénaire était tranquillement installée chez le coiffeur. Elle montre sa mise en plis impeccable d’un fier geste de la main. Un fidèle client du matin finit son café. « Sarko est bien brave, mais si on travaille pas... » Et s’en va.

« Mais qu’est-ce qu’il vient se perdre ici ! »

À quoi peut servir une visite éclair − une heure à peine − dans un village où Nicolas Sarkozy a été élu à plus de 63 % des voix ? Sans discours ni discussion publique, comment convaincre ceux qui n'avaient pas voté pour lui ? D'autant qu'il n’était pas question de rencontrer la population. Tout le monde n'était donc pas bienvenu. Faute de place, sans doute. Mais surtout, il fallait correspondre au casting. Trois jeunes professeurs du collège d’Alzon, à Vestric-et-Candiac, venus en curieux, ont dû sortir quelques minutes avant l’arrivée du président-candidat. « Si vous n’avez pas reçu d’invitation, je vais vous demander de bien vouloir sortir », leur avait dit un des gardes du corps. Et tant pis, si eux aussi avaient envie de discuter avec le Président.

Officiellement, il s’agissait de discuter avec des buralistes et quelques clients triés sur le volet. Officieusement, il s’agissait de faire passer des messages bien précis aux journalistes, au moyen de cette technique de communication désormais bien établie, le « off » (raconté ici par Mediapart).

Eric devant sa maison, Vestric-et-CandiacEric devant sa maison, Vestric-et-Candiac© VO

Une mise en scène dont Carine n’est pas dupe. Elle, n’est pas allée« voir le président ». « C’est une campagne électorale, c’est de la pub. Ils font des promesses. Bon, comment voulez-vous qu’ils tiennent leurs promesses ! » Eric, son mari, s’amuse avec distance et ironie de ce folklore politique. « Mais qu’est-ce qu’il vient se perdre ici! lance-t-il, rigolard. Se faire mousser, se faire voir... parce que si on lui avait demandé la veille s’il connaissait Vestric...» Inutile qu’il finisse sa phrase pour qu’on en comprenne le sous-entendu.

Ce chauffeur de bus de métier est bien plus préoccupé par son invalidité due à une spondilarthrite ankylosante. À 47 ans, il ne peut plus travailler. Grimace en le disant. Nicolas Sarkozy ? En passant au tabac acheter des cigarettes, il a emmené sa fille le voir : à neuf ans, la fillette ne manqua pas d’humour lorsque de retour, elle dit à sa mère : « Maman, il est aussi petit que toi ! »

Chaque matin ou presque, à l’entrée de son jardin, il a l’habitude de discuter avec Ali, 51 ans, ouvrier aux Verreries du Languedoc de Vergèze, à quelques kilomètres de là. En repos hebdomadaire, il reprend les trois-huit mercredi. L’un comme l’autre ne se retrouvent pas dans la politique de Nicolas Sarkozy. «Soyons sérieux, dit Eric. Il faut quand même dire qu’il travaille pour les riches, pour ses copains.»

Publicité

Publié dans SARKOZY

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article