Vent de révolte dans le Larzac

Publié le par DA Estérel 83

LaDepeche

 

Le Larzac, toujours en en résistance . Ici, en 2003 contre la mondialisation. Aujourd'hui, près de 4 000 km2 du plateau sont concernés par les futures explorations de gaz de schiste en Aveyron./ Photo DDM, archives.

Quarante ans après leurs premiers combats sur le Larzac, les écologistes se préparent pour une nouvelle croisade. Les permis de recherches exclusifs accordés par l'État pour identifier les gisements de gaz de schiste, inquiètent les populations.


Gardarem lou Larzac… Quarante ans après, le slogan entend garder toute sa force, même si « l'adversaire » a changé de visage. Cette fois-ci, ce n'est plus contre l'extension du camp militaire que se battent les écologistes, mais bien contre les compagnies pétrolières qui viennent d'obtenir le feu vert de l'État pour rechercher de nouvelles poches de gaz de schiste (notre édition du vendredi 15 octobre). Certes, il ne s'agit pour l'instant que de permis exclusifs de recherche et non pas d'autorisations d'exploitation. Il n'empêche. Pour les défenseurs de la nature, il se prépare peut-être un véritable saccage des hauts plateaux aveyronnais et héraultais avec des techniques d'extraction très contestées puisqu'elles déstabilisent les sols et impliquent le recours à des substances chimiques.


Dans le Grand Sud de la France, les demandes d'exploration ne datent pas d'hier. La présence de gaz et de pétrole fait même partie intégrante de notre histoire énergétique entre les gisements de Lacq, de Ger, de Pecorade, ainsi que tous les sites de la région Aquitaine. Mais cette fois-ci, changement de décor : la Dreal (anciennement Drire) est saisie depuis un an de très nombreuses demandes émanant de firmes pétrolières de second ordre ou de géants comme Total pour identifier ce fameux gaz de schiste (lire par ailleurs).


En mars, l'ancien ministère Borloo a accordé pour trois ans un permis exclusif de recherches, dit « permis de Nant », à l'américain Schuepbach Energy. La zone concernée couvre 4 400 km2 en Aveyron. Dans le même temps, l'État attribuait à Total le permis de « Montélimar », dans la Drôme pour une surface équivalente, tandis qu'un troisième gisement possible doit être exploré tout autour d'Alès par le Suisse Mouvoli. Le même Schuepbach s'est associé à GDF Suez pour l'obtention d'un autre permis en Ardèche. Et le territoire lotois est concerné à son tour pour un territoire étendu qui couvre pas moins de 5 710 km2 !

Pourquoi l'extraction de ce gaz pour laquelle les pétroliers sont prêts à investir des millions d'euros resurgit-elle dans l'actualité ? La raréfaction des énergies fossiles n'est pas la seule explication. Les techniques employées, dont celle de la fracturation hydraulique, ont accompli un pas important, autorisant aujourd'hui l'exploitation de ce gaz prisonnier d'une roche peu accessible. Et c'est justement ce qui inquiète les riverains potentiellement concernés. Les relevés sismiques par dynamitage, l'utilisation massive d'eau, la violence des systèmes de perforation, la perspective de voir émerger de très nombreux puits, la circulation inévitable de camions lourds dans des paysages encore préservés, sont refusés par une population très peu informée au demeurant de cette campagne de prospection tous azimuts.

Jean-Marie Decorse

 

coup de gueule

« Il va y avoir une levée de bouclier ! »

José Bové, député européen Europe Écologie, vit sur le Larzac.

Quarante ans après, le Larzac se prépare-t-il à une nouvelle mobilisation ?

Ce n'est pas seulement sur le plateau, mais bien au-delà, de Montélimar aux portes de Montpellier que les gens vont se mobiliser ! La réunion du 21 décembre à Saint-Jean-du-Bruel a été le lancement de cette campagne pour faire stopper les prospections. Nous voulons un débat public, un moratoire sur les autorisations de prospections.

Pourquoi vous opposez-vous à ces prospections ?

Si les projets vont à leur terme, ils modifieront la vie rurale, agricole, le paysage du Larzac ! Extraire ce gaz des schistes suppose des forages très serrés, des routes de 15 mètres de large. De grandes infrastructures, comme des lieux de stockage pour l'eau polluée, des bassins grands comme des terrains de foot… Aux États-Unis et au Canada, les problèmes les plus importants concernent la pollution des nappes phréatiques. On sait que les analyses ont montré des remontées d'uranium ; et pour l'instant il n'existe pas de filtre à uranium pour l'eau. Il y a beaucoup trop d'incertitudes. Je vous rappelle que le Larzac est le château d'eau du Grand Sud.

Mais ces forages ne pourraient-ils pas constituer une source de revenus pour le Larzac ?

Le sous-sol est propriété de l'État. En terme économique, il n'y aura pas de retombée sur le secteur. Et puis la question de l'énergie est complexe. Il faut d'abord lutter contre les gaspillages. On ne sait pas quelle sera la quantité de gaz produite, mais on sait que cette industrie sera aussi polluante que celle du charbon.

Alors, vous êtes sur le pied de guerre ?

Il va y avoir une levée de bouclier. Les élus, qui ont appris le projet par les médias, commencent aussi à se mobiliser. Jean-Louis Borloo, l'ancien ministre, n'a informé personne : ses services ont mis tout le monde devant le fait accompli. Nous ne pouvons pas accepter ces prospections sans un débat public.

Recueilli par S.B.

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Publié dans Ecologie

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