Urvoas (PS) dénonce le grand désordre dans les renseignements

Publié le par DA Estérel 83

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Derrière le récent scandale sur lesméthodes du patron de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), décrites par trois journalistes dans L’Espion du Président, se cache un autre problème, celui du renseignement en milieu ouvert, réduit à peau de chagrin par la réforme de 2008. A sa création, la DCRI, « le FBI à la française » voulu par Nicolas Sarkozy et doté de 3.500 fonctionnaires, a récupéré la majeure partie des moyens des anciens renseignements généraux (RG), au détriment de la nouvelle sous-direction de l’information générale (Sdig).

A Marseille, septembre 2011.A Marseille, septembre 2011.

Secrétaire national à la sécurité du PS, le député Jean-Jacques Urvoas estime qu'en affaiblissant la Sdig, « on a cassé le thermomètre » permettant d'anticiper les mouvements sociaux et économiques sur le territoire. Il y consacre une note, « Les RG, la Sdig et après. Rebâtir le renseignement de proximité », pour la fondation Jean Jaurès. Entretien. 

Pourquoi a-t-on conservé deux services de renseignements, la DCRI et la Sdig, lors de la réforme de 2008 ?

Jean-Jacques Urvoas. Ces deux services sont basés sur une distinction assez hypocrite entre milieu fermé et milieu ouvert. La DCRI s’occupe du premier, qui nécessite des tentatives actives de recherche d’information, et la Sdig du milieu ouvert, où l’information circule et où il s’agit surtout de la collecter et de l’analyser.

Dès 2008, tout le monde s'accordait à reconnaître que cette distinction n’était pas pertinente. Par exemple, pour combattre l’islamisme radical, il faut travailler dans le milieu fermé, mais la fréquentation des mosquées par des fonctionnaires du Sdig amène également des informations utiles pour repérer des individus radicalisés !

Tout aussi ridicule est la distinction faite en matière de surveillance du radicalisme politique entre les renseignements intérieurs, qui assurent le suivi des individus, et la Sdig chargée des groupes. Un groupe n’est jamais qu’une somme d’individus ! 

Ces deux services semblent, de plus, avoir du mal à collaborer…

En 2008 quand la partition s’est faite, ça a été une véritable foire d'empoigne pour récupérer les moyens humains et matériels des anciens RG. Les patrons régionaux des RG ont attiré avec eux leurs équipes, soit vers les renseignements intérieurs, soit vers l’information générale. Les locaux étant souvent les mêmes, on a soudainement monté des cloisons.

La mémoire de l’Etat a été supprimée. Dans un département, le fonctionnaire qui s’occupait de l’islam est ainsi parti avec la totalité de ses archives, et son successeur à la Sdig a dû recommencer à zéro. Quand il lui a demandé un coup de main, la réponse a été : « Impossible, je suis secret-défense. » Les personnels de la DCRI recourent volontiers au confidentiel ou au secret-défense pour justifier leur refus de transmission de données à leurs collègues de la Sdig. 

Nous nous retrouvons également avec des sources traitées par les deux services, à l’insu de ces derniers, et qui font monter les enchères, alors que la réforme avait précisément été faite pour éviter ce genre de chevauchements et de compétition contreproductive. Trois ans après la réforme, il a même fallu conclure en 2010 un protocole entre la DCRI et la direction centrale de la sécurité publique (dont dépend désormais la Sdig) pour prévoir des réunions régulières au niveau local. C’est la première fois que l’on doit requérir à un protocole afin que deux services de la direction générale de la police nationale se parlent !

Vous décrivez un véritable malaise à la Sdig, mais a-t-on encore besoin d'un renseignement en milieu ouvert ?

Bien sûr ! Nous sommes en train de tuer un service indispensable à l’Etat. L’information générale remplit une véritable mission de renseignement intérieur, à moins bien sûr de considérer, comme le président de la République, que celui-ci se résume au contre-espionnage et à la lutte anti-terroriste… Quand on appelle ce service « information générale », c’est d’ailleurs une façon d'humilier les personnels en les enlevant de la communauté du renseignement. 

Nous avons pourtant besoin d’information sur ce qui peut porter atteinte à l’Etat, à nos entreprises, etc. Nous sommes par exemple très bien renseignés sur les attaques économiques venant de l’étranger, mais aucun service ne s’occupe de la prédation entre entreprises françaises. Il est également utile d’avoir de l’anticipation sur les événements sociaux et sur le climat de n'importe quel territoire de la République. La contestation sociale de la réforme des retraites, à l'automne 2010, a ainsi été gérée avec succès, grâce à des fonctionnaires habilités.

Malheureusement, ces informations ne sont plus collectées aujourd’hui et nous sommes en train de perdre tout un savoir. Les moyens des ancien RG ont été anémiés. Les personnels sont écœurés, ils partent en retraite ou se font muter, en emportant tout leur savoir-faire.

Pourquoi, alors que nous sommes en pleine crise économique, aucune synthèse n'est-elle faite des notes alarmistes remontant du terrain sur les fermetures en cascade d'entreprises ? C’est une urgence, alors que tous les voyants sont au rouge. Les préfets ne sont absolument pas dans l’anticipation des conflits. L'Etat découvre les mobilisations quand les salariés sortent des usines et font grève !

Au niveau local, ce manque d'information se fait d'abord ressentir dans les préfectures ?

Même les préfets râlent, car l’information leur arrive désormais filtrée par les directeurs départementaux de la sécurité publique (DDSP). Auparavant les RG étaient en contact direct avec le préfet. Aujourd’hui, certains DDSP leur interdisent tout accès au préfet, afin de pouvoir taire les problèmes. Quand les fonctionnaires de la Sdig font remonter que dans tel ou tel quartier, la situation est hors de contrôle, le DDSP peut en effet préférer le passer sous silence, car c’est sa gestion qui est directement en cause.

La Sdig n’a plus la liberté de ton et les moyens de construire une analyse pertinente. Un exemple : une grande partie du travail en milieu ouvert se trouve sur Internet. Mais du fait du vieillissement d’un service qui n’est pas attractif auprès des jeunes commissaires, certains policiers du Sdig ne connaissent pas Facebook et les réseaux sociaux. Pour eux, la seule info valable est toujours celle récoltée au coin de la rue.

Vous citez également le cas d’une commissaire du Sdig qui avait créé une base de données non nominative sur les quartiers sensibles (répertoriant au quotidien les statistiques disponibles, les caractéristiques d’urbanisme, les éléments de la politique de la Ville, les services, les derniers incidents, etc.) qui n’a jamais été exploitée.

C’est un exemple édifiant d’outil qui pourrait servir à la fois aux services de police et aux décideurs, mais qui est aujourd’hui abandonné. Certaines personnes au sein des services concernés ne connaissent sans doute même pas son existence. Peut-être car à tel endroit tel responsable a intérêt à ce que la situation se tende, ou, peut-être, simplement, parce qu'on préfère casser le thermomètre pour ne pas voir les problèmes.

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Publié dans PS

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