Université d'été du PS: les candidats se suivent mais ne s'affrontent pas
Les socialistes dévoilaient ce matin le programme complet de leur Université d'été à La Rochelle les 26, 27 et 28 août. Et il tient presque en quelques mots : à chaque candidat son débat. Le secrétaire national du PS, Emmanuel Maurel, a détaillé depuis le siège du parti ce qu'il qualifie pourtant de « week-end de débat intense et ouvert », le tout en toute «convivialité».
Outre les 35 ateliers consacrés à l'éducation, le logement, le travail, la santé... sept séances plénières rythmeront le week-end des militants, avec une prédominance des sujets économiques, autour des mots-clés crise, euro et dette. Une fois soustraites les séances d'ouverture et de clôture, reste cinq plénières. Cinq comme le nombre de candidats à la primaire citoyenne. Car ils se succéderont au micro mais ne s'affronteront pas. « C'est l'occasion pour les candidats de s'exprimer sur des sujets d'actualité qui leur tiennent à cœur », expliquait le secrétaire national Emmanuel Maurel, qui animait la conférence de presse rue de Solférino. Interrogé sur l'absence de face-à-face, il promettait : « Le temps du débat va venir. »
Même lors de la dernière plénière, à laquelle ils devraient tous assister, ils ne s'exprimeront pas. Question de « timing », expliquait-on lors de la conférence de presse. Patience donc, « La Rochelle n'est pas le lancement de la campagne », c'est la « rentrée du parti », justifiait-il devant les journalistes alors même qu'il insistait en introduction sur cette université « un peu particulière à moins d'un an de la présidentielle et des législatives »,et moins de deux mois des primaires...
Argument identique pour écarter le sixième homme des primaires, Jean-Michel Baylet, candidat du parti radical de gauche : « Il ne s'agit pas de l'acte 1 des primaires mais de l'Université traditionnelle du parti », martelait Emmanuel Maurel. Baylet est « invité » et « s'il le souhaite, il pourra s'exprimer ». En tout cas, pour l'instant, rien n'est prévu. Quant au rassemblement à gauche « qui ne manquera pas d'arriver, nous en sommes sûrs », aucun atelier ne lui est consacré. Explication ? Une voix la donne depuis le fond de la salle, c'est Benoît Hamon, le porte-parole du PS qui passait justement par là : « Nous sommes engagés dans des discussions sur le fond, extrêmement approfondies avec Les Verts, donc un atelier aurait peu de valeur ajoutée. »
Pour le reste, la répartition s'est faite sans heurt ni caprice, a assuré Emmanuel Maurel : « J'ai fait une liste de thèmes qu'ils se sont répartis entre eux. Aucun n'a rappelé pour dire "je veux ça ou ça".» Le comité national d'organisation a veillé au « traitement équitable des candidats » et, durant le week-end à La Rochelle, les candidats sont priés de la jouer fair-play, en respectant la « règle tacite » : pas d'interview pendant les conférences des camarades.
Ainsi, c'est Martine Aubry qui ouvre le bal le vendredi soir, Ségolène Royal passe en dernier. Entourée de Jean-Louis Bianco, Henri Emmanuelli et Elisabeth Guigou, la maire de Lille s'attaquera à la crise de l'euro tandis que l'élue de Poitou-Charentes terminera sur « Société précaire, société indignée ». Entre-temps, Manuel Valls se penchera sur la revalorisation du travail avec entre autres Benoît Hamon, Anne Hidalgo et Vincent Peillon. Samedi matin, c'est au tour de François Hollande avec « Croissance durable, croissance partagée ». Arnaud Montebourg monte sur l'estrade l'après-midi pour parler de démondialisation.
Un militantisme d'inspiration Obama pour les jeunes socialistes
Entre les prises de parole des têtes d'affiche, plusieurs temps forts : une conférence sur « Les lendemains des printemps arabes » et deux projections dans le cadre du festival du film politique, le documentaire Mitterrand, du verbe à l'image, et un autre sur les prisons A l'ombre de la République.
5000 personnes se sont d'ores et déjà inscrites et ont acquitté le droit d'entrée à 50 euros. Emmanuel Maurel attend une affluence record. Quant aux journalistes, ils sont entre « 350 et 400 » à avoir demandé une accréditation, soit le double par rapport à l'année précédente. Le budget, quant à lui, reste« stable », assure-t-on au PS, « aux environs de 150.000 euros », et le secrétaire national de commenter : « C'est pas cher pour une manifestation de cette ampleur. »
Huit cents jeunes militants arriveront dès le jeudi soir pour planter leur tente. Ils ont prévu de plancher principalement sur deux sujets : la mise en œuvre du parcours autonomie et l'attestation de contrôle d'identité, «pour mettre fin aux contrôles au faciès». Et pour être au top, le vendredi ils s'adonneront à une « répétition générale ». Les participants ou plutôt les « volontaires du changement » s'entraîneront à répondre à des interviews télé ou encore à faire du porte-à-porte (une fausse porte sera installée); ils apprendront aussi à s'organiser et à être influents sur le net, notamment via les réseaux sociaux. Le tout est inspiré des « Obama camps »: « L'objectif est de permettre à chacun de devenir un "micro-directeur de campagne" à son échelle, en l'initiant à toutes les facettes d'une campagne moderne », explique le MJS. Et pour que les militants ne perdent pas de vue l'objectif (gagner), leur week-end sera ponctué de tables rondes avec des « acteurs internationaux des mobilisations victorieuses à l'étranger », des sources d'inspiration comme Susan Nash (syndicaliste britannique qui a milité contre l'augmentation des frais universitaires) ou encore Daraka Larimore-Hall (président du Parti démocrate de Santa Barbara, Californie).
Tous les candidats ont accepté de s'exprimer devant le Mouvement des jeunes socialistes (MJS), affirmait Lauriane Deniaud, présidente des jeunes socialistes. Après s'être vu remettre le pacte pour les jeunes, ils devront s'exprimer sur ces propositions. A la fin de l'Université ? Tous ensemble ? Chacun séparément ? « Toutes les modalités pratiques ne sont pas encore réglées », bredouillait la jeune femme alors que les journalistes la pressaient, n'ayant pas complètement renoncé à l'idée d'une confrontation. Dernier espoir : l'apéro organisé par le MJS le samedi soir, « en 2011 on trinque, en 2012 on gagne ». Encore faut-il qu'ils se pointent. Mais les jeunes n'entendent pas jouer les arbitres. Le MJS « ne prendra pas position » pour un candidat ou pour un autre « mais s'efforcera de donner des clés de compréhension », a prévenu Lauriane Deniaud.