Une « vague bleu Marine » en trompe l’œil
Au
premier tour des élections cantonales, les candidats du Front National ont enregistré des résultats spectaculaires en pourcentage des bulletins exprimés. On ne saurait toutefois parler de « vague bleu Marine » ; encore moins de « déferlante », comme l’a prétendu Steeve Briois, secrétaire général du FN.
Celui-ci est certes arrivé en tête dans le canton de Montigny-en-Gohelle (Pas de Calais), avec près de 36% des suffrages exprimés. Dans ce canton, le FN a cependant recueilli 55 voix de moins en 2011 qu’en 2004. En pourcentage des électeurs inscrits, le score du FN a baissé de 14,7% en 2004 à 14,4% cette année.
Dans le Pas-de-Calais comme dans la plupart des cantons où il a présenté des candidats cette année, le FN a ainsi marqué le pas. Il a mobilisé moins d’électeurs qu’en 2004, lorsque les mêmes cantons furent soumis à renouvellement.
Le tableau ci-contre montre une sélection de cantons. Dans tous ceux de Marseille sauf un, le FN recule. Il a mobilisé moins
d’électeurs inscrits qu’en 2004. Le même phénomène s’observe à Vitrolles, à la Seyne-sur-Mer, à Dreux, à Roubaix, et même à La Ferte-sous-Jouarre (77), autre canton où ne FN est arrivé en tête en 2011. Il progresse certes à Poitiers-4, par exemple, mais à un niveau qui le situe dans la marginalité.
Le score du FN en pourcentage des bulletins exprimés n’a rien d’une vague déferlante. C’est tout sauf un mouvement d’adhésion. Ce n’est que la résultante d’un autre phénomène : l’extraordinaire démobilisation de l’électorat socialiste et surtout de celui de l’UMP. D’une élection cantonale à l’autre, le parti du président a perdu un million de voix sur deux millions et demi.
Et du coup, il s’agit bien d’une vague d’abstentions, voire d’une déferlante calamiteuse. Il faut être malheureux comme un ministre de l’Intérieur un soir de défaite, pour y voir une « bonne tenue de la majorité présidentielle ». Ou avoir un sens de l’humour ravageur pour affirmer, comme Hervé Novelli, que la majorité a connu dimanche “une belle stabilité”. Peut-être le secrétaire général adjoint de l’UMP cherchait-il à faire rire ses anciens amis du Front National - car il en vient.