Une pucelle très courtisée
Le moins que l'on puisse dire c'est qu'hier, à l'occasion du 600e anniversaire de la naissance de Jeanne d'Arc, on en a entendu des voix! Officielles, autorisées, persiflantes, abracadabrantes, délirantes, chantant les louanges de la pucelle ou raillant les tentatives de récupération de l'héroïne nationale. Nicolas Sarkozy avait pourtant bien essayé de jouer les grands seigneurs et de mettre tout le monde d'accord dans son discours à Domrémy.
Il l'avait joué consensuel. Aussi désintéressé que peut l'être «un président jusqu'au bout» et «un pas encore candidat». Proclamant, la main sur le coeur: «Jeanne d'Arc n'appartient à personne, à aucun clan»! Au mot près ce qu'avait déclaré un peu plus tôt sur LCI le socialiste Harlem Désir.
Un moment on s'est pincé: l'esprit de Jeanne était-il en train de retomber sur terre et de réconcilier les adversaires? Venait-on d'entrer dans une période de grâce et de pardon des offenses? Etait-on en train de vivre le miracle de la grande réconciliation nationale? On a évidemment très vite compris qu'il ne fallait pas prendre les enfants de la pucelle pour des canards sauvages et que derrière les mêmes mots, les appréciations étaient bien différentes.
Aux yeux du PS, Sarkozy est précisément à l'opposé de celle à qui il rendait hommage hier. D'un côté «celle qui galvanisait les énergies en rassemblant les Français», de l'autre celui qui «passe son temps à diviser les Français»...
Autre voix à se faire entendre, cette fois pour crier à la captation d'héritage, au vol de copyright: celle de Marine Le Pen. Comme attendu, la candidate frontiste dénonce cette manoeuvre de récupération élyséenne de la bergère de Domrémy. Laquelle, si on l'écoute serait encore dans la naphtaline de l'Histoire ou au mieux dans le dernier livre de Max Gallo si Jean-Marie Le Pen ne l'avait pas sortie de l'oubli.
Et comme Jeanne d'Arc inspire décidément beaucoup de monde, elle ne pouvait laisser indifférente l'inénarrable Eva Joly. L'écologiste en chef n'a pas pu s'empêcher de porter un de ces jugements définitifs qui, rétrospectivement quand on connaît son passé de magistrate ont de quoi glacer le sang. Voici donc Jeanne d'Arc cataloguée comme une «personnalité médiévale» et un «symbole ultranationaliste». Heureusement que le temps des bûchers est révolu...
Quant à Nicolas Sarkozy - dont on sait que lui aussi se pique d'histoire de France depuis qu'il a convoqué l'esprit de Jean Jaurès lors de sa campagne de 2007 - on aura du mal à ne pas penser que les hasards du calendrier font bien les choses. Souffler les 600 bougies de la naissance d'une «sainte laïque» à cent jours du premier tour de la présidentielle, qui laisserait passer pareille opportunité? Sûrement pas celui qui hier, matois, glissait «c'est un évènement, qu'est-ce qu'on aurait dit si je n'étais pas venu?»